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Zinédine Zidane à “PSYCHOLOGIES” : « Etre timide, ça m’a aidé dans la vie »

A tous les étages, des mains charitables proposaient de tenir mon micro, des mères m’apportaient des photos de leur fils en footballeur à faire signer. Et pour le choix de la couverture, les filles de la rédaction s’extasiaient sur le vert de l’œil assorti au tee-shirt. Jamais un « Divan » n’avait déchaîné une telle effervescence. Preuve que Zidane est plus qu’une star : un héros. Il dit qu’il a eu la chance de jouer un peu mieux au foot que les autres et qu’il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Un héros qui se prend juste pour un footballeur, c’est craquant.

Zinédine Zidane à “PSYCHOLOGIES” :
« Etre timide, ça m’a aidé dans la vie »

A tous les étages, des mains charitables proposaient de tenir mon micro, des mères m’apportaient des photos de leur fils en footballeur à faire signer. Et pour le choix de la couverture, les filles de la rédaction s’extasiaient sur le vert de l’œil assorti au tee-shirt. Jamais un « Divan » n’avait déchaîné une telle effervescence. Preuve que Zidane est plus qu’une star : un héros. Il dit qu’il a eu la chance de jouer un peu mieux au foot que les autres et qu’il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Un héros qui se prend juste pour un footballeur, c’est craquant.

Propos recueillis par : Hélène Mathieu et Margie Igoa (Psychologies)
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Psychologies : Pourquoi avez-vous accepté d’accorder une interview à Psychologies magazine alors que toute la presse vous réclame ?
Zinédine Zidane : Parce que je le lis, donc ça m’a paru normal d’accorder cette interview. Enfin, je dois vous avouer que c’est mon épouse qui l’achète et c’est surtout elle qui le lit. Ça l’intéresse pour l’éducation des enfants… pour la vie. Tout passe par la psychologie, non ?

Alors, ça vous fait quoi d’être un jeune retraité ?
Attendez, pas encore ! Je ne vois pas de quoi vous parlez. [Il rit]. Il reste encore un truc important à jouer ! On en reparlera.

Est-ce qu’il y a une chose que vous rêviez de faire et que vous allez pouvoir réaliser quand vous aurez quitté le foot ?
Oui. Aller dans mon pays d’origine avec mon papa. Voilà. C’est une chose qui me tient à cœur et que je réaliserai. L’emmener là où il a grandi, dans le village de Bedjaï, dans la montagne, où il était gardien de moutons.

C’est ce genre de réponse qui fait que les gens aiment la personne que vous êtes avant d’admirer le joueur de foot. Vous êtes conscient que tout le monde vous adore ?
Je sais que les gens ont l’impression que je suis resté normal et c’est ce qui leur plaît. Ils me le font comprendre quand ils me croisent dans la rue. Ils aiment ce que je fais au foot, mais ils aiment aussi que je sois resté simple. J’ai la chance de jouer un petit peu mieux au foot que les autres, ce n’est pas une raison pour me prendre pour quelqu’un d’autre. Je reste celui que j’étais. Mes parents m’ont élevé comme ça, ils m’ont appris à être entier, honnête. Jamais je ne les en remercierai assez.

Vous les remerciez en étant ce que vous êtes. Ils doivent être très fiers.
Oui. Je sais qu’ils sont fiers de moi, surtout de voir que je suis resté le même.

Vous venez d’un quartier défavorisé de Marseille. Comment expliquez-vous que vous, vous en soyez sorti, contrairement à d’autres gamins qui jouaient sans doute aussi bien au foot ?
En grande partie grâce à ma famille. Avant d’être footballeur, j’étais un petit garçon aimé, protégé de tous parce que j’étais le dernier d’une famille de cinq enfants. Je n’ai pas reçu de l’amour en paroles comme celui que l’on donne aujourd’hui aux enfants, mes parents n’avaient pas l’expression. Mon père ne m’a jamais dit « Je t’aime, je t’aime, je t’aime », et pourtant, il m’aimait plus que tout. Il me le prouvait en me protégeant.

De quelle façon ? Vous aves un exemple de sa protection ?
Mes parents ne m’ont jamais laissé seul dans la cité. Jamais. Même quand ils allaient faire leurs courses au supermarché, ils m’emmenaient. Je n’étais pas content, mais ils m’y obligeaient. Et quand j’ai été sélectionné à 14 ans et que j’ai dû partir à Cannes, ils n’ont pas voulu que je reste au centre de formation où j’aurais été tout seul. Ils ont trouvé une famille pour m’accueillir. Ils ne m’ont laissé partir qu’à cette condition. Je les vois toujours, monsieur et madame Elineau. J’en garde un grand souvenir. La maman me faisait mes tartines ! Mes frères et sœurs aussi ont été des exemples pour moi. Ils travaillaient tous, on a tous reçu les mêmes valeurs et on s’en est tous sortis.

Comment le foot est-il arrivé dans votre vie ? Qu’aviez-vous de plus que les autres ?
Quand j’étais gamin, on était une dizaine de copains à jouer au foot ensemble tous les jours. Ce qui faisait la différence entre nous, c’est que moi, je n’avais que ça en tête. Mes copains aimaient beaucoup le foot, mais ils aimaient aussi aller au cinéma, sortir avec des copines. Moi, c’était le foot, le foot, le foot. Je ne réussissais pas dans mes études et je n’avais que le foot en tête. Je me suis dit : « Si je ne fais pas d’études, il faut que je fasse ça, mais il faut que je le fasse à fond. » J’avais compris que quand on veut vraiment quelque chose, il ne faut rien laisser au hasard, ne pas se laisser perturber par d’autres désirs.

Vous vous souvenez de votre premier ballon ?
[Silence. Il réfléchit.] Non. Je ne crois pas que j’ai jamais eu de ballon à moi. Mais je me souviens de ma première paire de chaussures à crampons. C’est mon père qui me l’avait achetée. J’avais 11 ans et il avait économisé longtemps pour pouvoir la payer.

Vous retrouvez des sensations d’enfant quand vous jouez ?
Pas tout à fait. Ça m’est passé ! [Il rit]. J’ai beaucoup de responsabilités. Surtout dans un club comme le Real de Madrid, on est sous pression, ce n’est plus un jeu. Jouer trois ans là, c’est comme en jouer dix dans une autre équipe.

Vous n’avez pas le sentiment d’être toujours déraciné ? Vous avez joué en France, en Italie, en Espagne…
Non, je suis très heureux d’avoir connu toutes ces cultures différentes. Aujourd’hui, j’adore entendre mes enfants parler espagnol !

Vous vous sentez plutôt français, algérien ou… marseillais ?
De partout… mais plutôt marseillais. Parce que c’est là où je suis né, là où j’ai grandi, là où j’ai le plus de souvenirs, c’est là que j’ai commencé à taper dans un ballon. Ces souvenirs sont gravés dans ma tête. Il faut toujours revenir à ses origines, à son quartier, aux gens que l’on a aimés. Ça vous fait garder les pieds sur terre.

Avec vos enfants, vous jouez au foot, vous faites des heures supplémentaires ?
Oui, je joue souvent. J’aime être avec mes enfants et ils aiment jouer au foot. Alors ça ne me change pas beaucoup, mais j’aime faire avec eux ce qui leur plaît à eux.

Vous êtes marié depuis longtemps avec la même femme…
… Oui, nous nous sommes connus très tôt.

Comment avez-vous fait pour préserver cet amour, ne pas être tenté par les top models, comme beaucoup de champions ?
Ça ne s’explique pas, ça se vit, c’est tout. C’est la rencontre de deux personnes.

Vous avez toujours voulu avoir une famille nombreuse ?
C’était obligatoire pour moi. Je viens d’une famille nombreuse, et avec mon épouse, nous aimons les enfants. Nous avons dû nous arrêter à quatre parce qu’elle doit subir une césarienne à chaque accouchement, mais sinon nous en aurions eu plus. Nous avons la chance d’avoir les moyens de pouvoir élever beaucoup d’enfants.

On a publié des chiffres sur les gains des joueurs de foot. Vous êtes le sixième mieux payé du monde. Vous n’avez pas mauvaise conscience vis-à-vis de vos parents ?
Pas du tout. Ce n’est pas de l’argent que j’ai volé. Si on me le donne, c’est que je le mérite, même si beaucoup de gens font des choses beaucoup plus importantes que moi sur un terrain. Vous savez, quand mon papa ne gagnait pas grand-chose, personne ne nous a aidés, il s’est débrouillé tout seul et il a fait de ses enfants des hommes. Aujourd’hui, on récolte ce que mon papa et ma maman ont semé, c’est juste et je suis content pour eux.

Vous êtes croyant ?
Je suis musulman, croyant – je pense qu’il y a quelqu’un là-haut qui a créé tout ça –, mais pas pratiquant. L’important, c’est ce qu’il y a au fond de nous. Si on regarde de près, les religions sont à peu près toutes les mêmes. L’important, ce sont les valeurs que l’on inculque plus que la pratique d’une religion.

Vous avez suivi ce qui s’est passé dans les banlieues ?
Je me tiens informé de ce qui se passe, je regarde beaucoup les informations, et je suis touché par tous ces problèmes. Mais il m’est très difficile de donner mon point de vue. J’ai mes positions, mais je n’ai pas envie de les étaler.

Vous avez toujours été timide. Ça ne vous gêne pas ?
Non, ça fait mon charme. [Il rit]. En fait, être timide m’a aidé. Quelquefois, il vaut mieux écouter et regarder que parler. Regarder et apprendre. Après, quand vous avez compris, vous pouvez prendre la parole. Il faut d’abord apprendre avant de prendre la parole.

Ce n’est pas trop pesant d’être un héros national ?
Non. C’est juste un peu pesant quand je cherche à être seul avec mon épouse et mes enfants, mais à part ces moments-là, je profite de tout ce qui m’arrive. Je n’oublie jamais la chance que j’ai.

Jacques Chirac vous a appelé au téléphone après avoir appris que vous alliez arrêter le foot. Qu’avez-vous ressenti ?
Ça me touche. Oui, ça m’a touché d’entendre le chef de l’Etat me dire son admiration.

Ça ne vous paraît pas excessif ?
Par rapport à tous ceux qui font du bien, par exemple aux grands médecins qui sauvent des vies, je ne sais pas si c’est tout à fait normal, mais à sa façon, le foot fait du bien, même si on ne peut pas comparer.

Qu’est-ce qui vous ferait dire que vous avez réussi votre vie ?
Si mes enfants pensent que j’ai été un bon papa.

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