Analyse

Une procédure de vote inspirée par la méfiance

Une procédure de vote inspirée par la méfiance

Par : Kharroubi Habib

Si le pouvoir a craint d’être confronté à une mauvaise surprise à l’issue du vote au Parlement réuni en session extraordinaire consacrée à l’adoption du projet de la révision constitutionnelle, ce n’est pas de l’opposition qu’il l’attendait sachant que réduite à elle seule, elle est dans l’incapacité d’empêcher son avalisation pour peu que la majorité présidentielle fasse preuve de discipline dans son vote. Et de la discipline de vote de sa majorité parlementaire, le pouvoir n’en a pas été certain, ce que démontre la procédure du vote à main levée qu’il a retenue pour le vote parlementaire sur le projet de révision.

Cette procédure est le signe manifeste qu’il y a eu défiance de sa part qu’un vote à bulletin secret comporterait le risque que des parlementaires de sa majorité ne votent pas dans le sens qui leur a été indiqué par les instances dirigeantes de leurs partis respectifs. Il en résulte que l’adoption du projet de révision déjà sujette à la critique du fait même que c’est le Parlement et non le peuple souverain qui l’a votée, n’en est que plus contestable. Il est par conséquent clair que cette adoption dont la procédure pour l’obtenir est qualifiée de « coup de force » réalisé par le pouvoir ne va pas mettre fin à la controverse provoquée par la démarche de ce dernier.

L’opposition tant parlementaire qu’extraparlementaire, bien qu’ayant été impuissante à empêcher ce pouvoir à aller au bout de sa démarche, continuera à dénier à celle-ci d’avoir apporté à l’Algérie le changement que les citoyens ont réclamé. L’ancien chef du gouvernement et président du parti des avant-gardes des libertés, Ali Benflis, dont l’opposition à la démarche du pouvoir ne désarme pas, l’a clairement signifié en estimant que la Constitution adoptée par le Parlement n’est pas « celle de l’Etat démocratique que l’Algérie attend et à laquelle le peuple algérien aspire car la Constitution de la République que le pays attend sera l’œuvre d’autorités et d’institutions légitimes et représentatives dans le cadre d’une transition démocratique dont le but sera d’assurer le passage consensuel, ordonné et apaisé d’un personnel en bout de parcours à un Etat de droit bâti conformément aux normes universelles reconnues et admises ». C’est peu ou prou la même contestation que formulent les autres opposants à la révision constitutionnelle de Bouteflika.

Si le pouvoir escompte que le rejet de sa révision se limite au seul microcosme partisan oppositionnel, il se tromperait car des pans non négligeables de l’opinion publique qui ont pu convenir qu’elle apporte des progrès certains pour la démocratie et les libertés ressentent néanmoins la frustration d’avoir été ignorés tout au long du processus auquel l’initiative présidentielle a donné lieu et pour cette raison s’estimeront contre pour le principe. De « consensuel » qu’il a été voulu, le projet de révision endossé par le président Bouteflika s’avère au final une initiative qui va entretenir et accentuer la fracture entre le pouvoir, l’opposition et une partie allant en s’élargissant des citoyens du pays.
 

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