Analyse

Un tour de passe-passe qui n’a pas trompé grand monde

Un tour de passe-passe qui n’a pas trompé grand monde

Par : Kharroubi Habib

Pour justifier l’amendement retoquant l’imposition sur la fortune initialement prévue par le gouvernement dans son projet de loi de finances 2018, les députés de la majorité parlementaire membres de la commission des finances de l’APN qui en ont eu l’initiative ont argué que cette mesure est prématurée compte tenu que l’administration des impôts qui aurait été en charge de la fixation et du recouvrement ne serait pas outillée pour et que de toute façon son apport au budget de l’Etat en serait anecdotique.

Le gouvernement qui fait une grande publicité pour faire accroire que son intention de taxer la fortune a découlé de sa volonté de faire contribuer les nantis à l’effort de redressement budgétaire qui est l’objectif de son projet de loi de finances n’a que mollement répliqué à l’initiative des députés de sa majorité et n’a rien fait pour les dissuader de retirer leur amendement. Il en a résulté que leur amendement a supprimé la taxation des fortunes et que le gouvernement a fait mine de s’être incliné devant un fait accompli parlementaire qu’il n’avait pas pouvoir d’empêcher.

Croire qu’il en fut ainsi relèverait de la naïveté la plus crasse. Sachant que la majorité parlementaire est totalement soumise aux injonctions de l’exécutive, il est impensable que des élus en faisant partie prennent par eux-mêmes une initiative législative sans lui en référer. D’où la certitude que l’amendement supprimant l’imposition des fortunes soumis par les députés de cette majorité à la commission des finances de l’APN a reçu l’approbation gouvernementale préalable. Il se pose alors la question de savoir à quoi rime la mise en scène à laquelle le gouvernement et sa majorité parlementaire ont participé.

Il faut d’abord avoir présent à l’esprit que crise financière ou pas, Ouyahia et son gouvernement n’ont jamais eu réellement l’intention d’instaurer de taxe sur la fortune. Ils l’ont finalement incorporé dans le projet de loi de finances pour paraître un exécutif n’ayant pas de bienveillance prononcée à l’égard du monde de l’argent tel qu’il en a été soupçonné en prenant la relève de celui qu’a dirigé Abdelmadjid Tebboune dont la destitution a été perçue à tort ou à raison par l’opinion publique avoir eu pour motif sa volonté de soumettre ce monde aux rigueurs fiscales que la situation de crise financière impose à l’ensemble des couches sociales. Mais il fallait au gouvernement que se joue à l’Assemblée un tour de passe-passe qui sauvegarde la fiction qu’il a tenté effectivement de taxer les fortunes mais que respect de la séparation des pouvoirs oblige, il a dû s’incliner devant la volonté parlementaire. Nul n’a été dupe de cette fiction dont le gouvernement Ouyahia n’en est pas sorti grandi car il se retrouve être considéré comme ayant été plus sensible à la « détresse » qu’aurait été celle des « pauvres riches » avec une imposition de leurs fortunes qu’à celle réelle dans laquelle seront les classes à revenus modestes ou dans la précarité quand s’appliqueront les mesures prévues par la loi de finances 2018 entérinées par contre allégrement par la majorité parlementaire « godillot ». La mise en scène ayant eu pour but le retrait de l’article instituant taxe sur la fortune conforte aux yeux de l’opinion l’image d’un Ouyahia cynique mû uniquement par le désir de complaire à ceux qu’il pense être en capacité de lui renvoyer l’ascenseur le moment venu.

Kh.H

 

Montrer plus

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Close
Close