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Siham Fadli : De radio « El Bahdja » à « Radio Rameem »

Siham Fadli

De radio « El Bahdja » à « Radio Rameem »

Par Fayçal Charif

Rassurée et rassurante, déterminée et déterminante, passionnée et passionnante, Siham Fadli est une femme algérienne qui entreprend et qui va de l’avant. Elle ne recule devant rien, et rien ne lui fait peur. Elle qui couve un parcours professionnel déroutant fait de beaux moments et de terribles instants, parfois face à la mort lors de la décennie noire, elle s’est relevée à chaque fois pour poursuivre son chemin. Journaliste par amour à ce métier, elle vient de lancer sa Radio Web qu’elle a nommée « Rameem » ( رميم)…avec un clin d’oeil à son père qui ne la quitte pas des yeux comme ce fut le cas depuis qu’elle était toute petite. Siham Fadli se rappelle et raconte…

– Alors, le papa est toujours présent dans votre vie affective, mais aussi professionnelle ?

Oui, et il le restera à jamais. Depuis toujours, ma relation avec mon père est fusionnelle et complice. Je me rappelle que toute petite, il m’emmenait avec lui à la Radio, là où il travaillait depuis l’indépendance. C’est dans ces moments, je crois, que je suis tombée amoureuse de ce monde radiophonique. La voix derrière un micro, c’est du virtuel, mais en même temps, il n’y a pas plus vrai, plus sincère et plus attachant que la Radio. J’ai tout connu avec mon père qui avait été durant la guerre de libération dans la Radio clandestine « Sawt el Arab ». Au jour d’aujourd’hui, il me raconte cette époque avec fierté et nostalgie. A l’indépendance il était avec les premiers qui avaient hissé le drapeau national au siège de la télévision et radio algérienne. Il était toujours là pour moi (pour nous) et à ce jour, je l’appelle pour un conseil, un avis ou une approbation.

– Vous êtes installée en France depuis 17 ans. Pourquoi cet exil et pourquoi Bordeaux ?

Ce n’est un secret pour personne, les tragiques événements des années 90 et la terrible décennie noire dans notre belle Algérie ont poussé nombreux de nos compatriotes à quitter le pays vers d’autres horizons. Moi, j’étouffais au « Bled » et le terrorisme avait laissé des traces dans mon esprit et dans ma chair… J’ai choisi Bordeaux à cause de l’école de Magistrature dans le but de continuer mes études de droit, sinon, j’aurais choisi une ville proche de la mer comme Alger.

– Quel a été votre parcours professionnel en Algérie ?

Mon premier poste en qualité de salarié était à la cour suprême d’Alger au cabinet du président de la cour de l’époque, El Hadj Mohamed Takia. En 1991, j’ai intégré la Radio algérienne comme assistante de direction. J’ai travaillé avec feu Tahar Ouettar, directeur de la radio ENRS à l’époque. En parallèle à cela, j’avais créé ma société « Siley info » avec une amie. Une société d’import export en informatique bureautique et imprimerie, tout en réalisant des actions en événementiel.

– Vous étiez l’une des journalistes de la Radio El Bahdja à son lancement ?

Racontez-nous les débuts et votre expérience dans cette Radio ? En 1992, il y a eu la création de la Radio El Bahdja. J’ai eu l’honneur et la fierté d’être la première voix qui a inauguré cette belle radio, en présence du ministre de la communication et du directeur de la radio Algérienne Lamine Bechichi. J’ y suis resté jusqu’en 1999. A l’époque il n’existait pas de radio musicale FM. Avec le soutien et l’appui de Lamin Bechichi le projet a pris forme. Le premier directeur était Luc Cholet, le fils du des docteurs Marie et Pierre Cholet, et son adjoint était Farid Toualbi qui est devenu plus tard le directeur de cette radio. L’équipe était jeune et restreinte, mais très dynamique. Composée de 6 animateurs et 5 techniciens que je cite ici par amitié et pour le travail accompli avec brio : il y avait Zoubir Ketani, Jimmy, Walid Bendada, Rabie, Samy Slimani en qualité de techniciens, et Assia, Fodil, kamel Mjahed, Nabil Belounis, Mohamed Aknoun, Reda zerouk et moi même en qualité d’animateurs. Je me rappelle que nous avions réussi au concours de la création de cette radio sur un grand nombre de candidats. C’était la plus belle époque de ma vie de journaliste, bien que le contexte était difficile et bien que la situation du pays était des plus inquiétantes sur le plan sécuritaire. Mais les beaux moments passés avec des ami(e)s et collègues de cette Radio, en pensant à leur courage et leur détermination me font à chaque fois oublier les pires moments de cette terrible époque.

– Dans El Bahdja vous étiez très active avec des émissions qui ont marqué la Radio. Pouvez-vous nous faire un petit rappel ?

El Bahdja a toujours été un travail, d’équipe et c’est le secret de sa réussite. J’ai eu la chance d’être la première à animer la matinale « Sabahiettes », par la suite, j’ai produit et présenté une émission culturelle « kitab el Aniss » (le livre de chevet), puis une autre émission « Istirahat el Bahdja » (Pause Bahdja) et « El Bahdja Andkoum » (El bahdja chez vous). J’avais également animé beaucoup d’interviews et soirées en direct avec une belle brochette d’artistes Algériens.

– Vous avez touché le micro toute petite, puis vous avez aimé le journalisme. Pouvez-vous nous relater cette expérience dans le monde du journalisme de l’époque ?

La première fois que j’ai tenu un micro entre les mains, j’avais 5 ans. Etonnant, non ? Mais quand on a un père mordu de Radio, on a la chance de vivre de belles choses avec lui. J’ai enregistré avec lui plusieurs émissions sur la langue arabe (mon père était amoureux de cette langue) sous forme de cours. Mon père était le maître et moi l’élève. Toute jeune, j’ai également enregistré avec lui des émissions pour le commissariat politique de l’armée algérienne. C’était une autre époque, une autre approche et un autre challenge pour l’Algérie.

– Toute jeune vous avez aussi penché pour la presse écrite. Comment cela a pris forme ?

J’aimais lire et écrire et mon père y était pour beaucoup. Ma première découverte de la presse écrite était au lycée Omar Racim dans lequel je poursuivais mes études. J’avais 16 ans, et voyant mon intéressement et mon amour pour l’écrit, les professeurs m’ont confié la « rédaction en chef » de la revue du lycée « Erassimi » (الراسمي). Je ne vous dit pas ma joie à l’époque, une joie et une fierté que je ressens à nos jours.

– Par la suite, en devenant étudiante, les choses se sont enchaînées. Comment ?

En effet, dès l’université, tout s’est emballé, à mon grand bonheur. J’ai commencé au journal El-massa avec des interviews de personnalités du monde culturel et artistique. Une fois à la Radio algérienne, j’ai intégré la revue de la Radio El Athir. Puis, il y a eu l’aventure de l’écriture littéraire et la belle et grande expérience avec l’union algérienne de la jeunesse algérienne (UNJA).

– Après la radio, la presse en Algérie, vous êtes devenue chef d’entreprise en France dans un domaine qui n’a rien à voir avec le journalisme. Comment s’est faite la conversion ?

Il faut bien vivre et surtout s’adapter aux situations. Depuis mon arrivée en France, j’ai créé une société à travers laquelle j’ai acheté un restaurant italien à Bordeaux «pizzeria Siley». Bien plus tard, j’ai fait une reconversion professionnelle vers un autre secteur porteur, celui de la sécurité privée. J’ai suivi une formation diplomate en 2012 et depuis je suis parmi les premières femmes cadres à la tête d’une agence de sécurité privée dans le groupe Byblos filiale privilège sécurité à Bordeaux.

– On sait que vous êtes active dans le mouvement associatif et dans le monde de la culture. Quels sont vos projets immédiats et à long terme dans ce domaine ?

Avec un ami, je suis sur un projet de création d’association à dimensions culturelle, artistique et sociale sur la région Bordelaise. Le projet est en cours et devrait voir le jour fin septembre. L’autre projet qui a vu le jour il y a quelques jours seulement, est la mise en ligne de ma Radio « Rameem », c’est un peu « ma Bahdja » à Bordeaux. Elle est pour nos concitoyens à l’étranger et en Algérie, mais aussi, elle est à tous les citoyens du monde.

– Toutes ces années en France ont-elles pu vous faire oublier l’Algérie ?

Non Jamais !!! L’Algérie est dans mon cœur et dans ma chair à jamais. Tout ce que j’ai entrepris en France, c’était toujours avec l’image de faire honneur à mon pays. Un pays aux potentialités énormes, mais qui doute, ou qu’on fait douter.

F.CH

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