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Ségur de la santé : pourquoi le gouvernement n’a pas le droit à l’erreur

Éreinté par une crise sanitaire sans précédent, le personnel soignant mué en héros de la Nation, attend le plan d'Emmanuel Macron au tournant.

Ségur de la santé : pourquoi le gouvernement n’a pas le droit à l’erreur

Par : Anthony Berthelier

Éreinté par une crise sanitaire sans précédent, le personnel soignant mué en héros de la Nation, attend le plan d’Emmanuel Macron au tournant.

 POLITIQUE – “Vous pouvez compter sur nous, l’inverse reste à prouver.” Cette phrase, lâchée par le neurologue François Salachas à Emmanuel Macron lors de sa visite de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fin février, résonne trois mois plus tard.

Le gouvernement donne ce lundi 25 mai, le coup d’envoi de son “Ségur de la santé”, cinq lettres et quelques semaines de négociations pour soigner tous les maux de l’hôpital. Des “dysfonctionnements”, selon les mots d’Emmanuel Macron, exacerbés par plus de dix semaines de lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Contexte sanitaire oblige, les responsables syndicaux et collectifs de soignants appelés au chevet de l’hôpital ne seront pas reçus physiquement, mais réunis lors d’une visioconférence à partir de 15h30. Selon des sources syndicales, près de 300 personnes devraient participer à ce “Ségur de la santé”, du nom de la rue où est implanté le ministère.

Hausse des salaires, temps de travail, gouvernance des hôpitaux… “Nous irons vite, nous irons fort”, a promis le ministre de la Santé, Olivier Véran, visiblement conscient des innombrables attentes du personnel soignant. Ce même personnel qui manifeste ses revendications depuis des mois, se heurtant à plusieurs plans gouvernementaux jugés à chaque fois décevants ou inopérants. Mais cette fois-ci, l’exécutif n’a pas le droit à l’erreur.

Les promesses de Macron

Car Emmanuel Macron l’a reconnu lui-même, lors d’une nouvelle visite surprise à la Pitié-Salpêtrière le 15 mai: le gouvernement “a sans doute fait une erreur” stratégique dans sa politique en matière de santé. Le président de la République a même jugé que sa réforme présentée en 2018 et baptisée “Ma Santé 2022 “ne portait pas assez de sens” et avait “un rapport au temps et une ampleur qui n’étaient pas du tout suffisants par rapport à l’état où était l’hôpital”.

Dans le contexte actuel, le Ségur de la santé ne pourrait pas, comme ce plan précédent, accoucher d’une souris. D’autant que le chef de l’État a fait des promesses.

Depuis l’hôpital militaire installé à Mulhouse pour répondre à l’afflux de patients atteints du coronavirus, Emmanuel Macron a effectivement, dès le mercredi 25 mars, pris “l’engagement (…) qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital.” Assurant au passage que “cette réponse sera profonde et dans la durée”.

Un mois et demi plus tard, promesse réitérée à la Pitié-Salpêtrière. Face aux infirmières qui lui reprochaient de n’avoir pris conscience de leurs difficultés qu’à la lumière de la crise épidémique, Emmanuel Macron s’est engagé à

mettre fin à la “paupérisation” de l’hôpital et des soignants.

Échaudés, les soignants sont méfiants

Et la tâche est aussi immense, que les revendications sont anciennes. Le personnel soignant n’a effectivement cessé de défiler dans la rue depuis des mois pour réclamer (entre autres) des lits, du personnel, un bouleversement hiérarchique et de meilleurs salaires. C’est sans doute l’une des questions les plus emblématiques, quand l’on sait par exemple que la France est l’un des pays où le salaire des infirmières est le plus faible par rapport à la moyenne de l’OCDE. (28e sur 32).

Une situation connue de longue date, mais restée dans l’angle mort de l’exécutif depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Son “plan santé” de septembre 2018 ne prévoyait ainsi pour l’hôpital public qu’une refonte de la carte sanitaire, avec la création d’établissements “de proximité” sans chirurgie ni maternité.

La grève des blouses blanches à partir du printemps 2019 a bien obligé le gouvernement à lâcher successivement une prime en juin de 70 millions d’euros, puis un “pacte de refondation” en septembre et enfin un “plan d’urgence” en novembre.

Sauf qu’au début du mois d’avril, ces enveloppes successives s’étaient uniquement traduites par une prime de 66 euros pour 11% des infirmières seulement, selon Thierry Amouroux le porte-parole du syndicat d’infirmiers SNPI.

Le statut du héros

 Il y a donc un “fossé entre les discours et les actes, qui fait qu’on attend avec beaucoup de méfiance le résultat concret des paroles” du président, expliquait-il à Franceinfo, au moment de l’annonce du “plan massif” pour l’hôpital.

Reste que contrairement aux mouvements sociaux précédents, les soignants -qui ont parfois payé leur engagement de leur vie- sont désormais en position de force dans les négociations. Les applaudissements à 20 heures, les témoignages bouleversants dans les hôpitaux, et la prise de conscience globale de l’importance de ces métiers en “première ligne” sont autant d’arguments pour obtenir gain de cause.

Emmanuel Macron ne cesse lui-même de porter les soignants en héros de la nation. C’est en ce sens qu’il souhaite les mettre à l’honneur lors du prochain défilé du 14 juillet. Mais ce n’est pas tout: une promotion unique de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite sera publiée le 1er janvier 2021, et comprendra “une part importante de personnes ayant contribué à la lutte contre le virus à tous les niveaux et dans tous les domaines d’activité”.

C’est en ce sens également qu’il a ressuscité une médaille du mérite, créée en 1883 à l’occasion d’une épidémie de choléra. Elle pourra être attribuée à “ceux qui se sont particulièrement dévoués pendant les périodes de maladies épidémiques.”

Pas avare de gestes symboliques, l’exécutif n’a semble-t-il désormais plus d’autres choix que de passer au concret et d’aller au-delà des primes exceptionnelles déjà promises. Il apparaîtrait effectivement difficile pour ces héros, ceux “en première ligne” dans la “guerre sanitaire”, pour reprendre les mots du chef de l’État, de se contenter de lauriers et de breloques en chocolat.

Source : HuffPost 25/05/2020

 

 

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