Analyse

Retour à l’hypothèse d’une médiation algérienne

Retour à l’hypothèse d’une médiation algérienne

Par : Kharroubi Habib

C’est peu dire que les venues à Alger de hauts dignitaires du royaume saoudien se faisant fréquentes à Alger font spéculer sur leurs raisons. D’autant que ceux qui s’y adonnent savent que les concernés ne prisent nullement la destination Algérie. Ce ne sont certes pas les communiqués officiels rendus publics annonçant ces visites qui ont contribué à rendre leur fréquence moins intrigante et sujette à supputations. Il n’est pas étonnant par conséquent que celles-ci ont fait florès avec l’arrivée à Alger avant-hier du prince héritier du royaume saoudien Mohamed Ben Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud.

Il en est une que les Algériens estiment du domaine du probable: celle du sondage de l’Algérie par l’Arabie saoudite pour son éventuelle médiation dans le conflit yéménite. Elle leur apparaît plausible au vu que la visite du prince héritier saoudien est intervenue peu après que l’ex-président yéménite Ali Abdallah Salah ait déclaré que ses partisans et leurs alliés houtistes sont disposés à entamer des négociations de paix avec le royaume saoudien sous une médiation arabe que l’Algérie serait susceptible d’assumer.

Le conflit yéménite est devenu une dangereuse source de problèmes pour la monarchie saoudienne qui s’y est imprudemment engagée et dans lequel elle se retrouve enlisée alors qu’intérieurement la situation en Arabie saoudite s’est singulièrement détériorée du fait de la crise financière à laquelle elle est confrontée. Tout pousse l’Arabie saoudite à trouver une porte de sortie d’un conflit duquel il en a résulté pour elle l’isolement international et surtout d’être au banc des accusés pour la brutalité de son intervention militaire.

L’entremise de l’Algérie peut ne pas apparaître le choix préféré de la monarchie saoudienne sauf qu’elle n’a pas d’autres que lui dans le monde arabe. Bien qu’une kyrielle de différends oppose Ryadh à Alger, les Saoudiens se rendent compte néanmoins que sur le conflit yéménite ils auraient dû écouter Alger qui n’a eu de cesse de prôner le dialogue et la négociation entre les parties prenantes et la mise en garde que l’option militaire mènerait à l’impasse. La médiation algérienne est possible car envisagée par le camp des « rebelles » en tant qu’option acceptable.

Le ballet des visiteurs saoudiens à Alger indiquerait que la concertation entre Ryadh et Alger est intense. Alger ne se dérobera pas probablement à la recherche de la solution pour un conflit impliquant des Etats et des acteurs arabes, mais cherche à coup sûr à obtenir les garanties que son implication ne se fasse dans la méfiance des uns et des autres. Ce peut être aussi l’opportunité pour elle de mettre à plat avec l’Arabie saoudite tous les dossiers contentieux qui ont rendu leurs relations bilatérales si tendues à en devenir un frein à toute forme de coopération de quelque valeur probante.

 

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