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PARADOXES : La chronique de Mohamed Bourahla : Éloge de la brosse

La brosse fait des ravages. La société y sacrifie. Ce n’est pas un effet de mode ; ça tient du transcendant. Ceux qui s’y opposent rasent les murs. Ce sont le rebut de la société. D’autres n’y comprennent rien. On ne peut rien leur reprocher. Ce sont de véritables brosses. Ah oui, pour un phénomène, c’en est un.

PARADOXES
La chronique de 
Mohamed Bourahla

Éloge de la brosse

La brosse fait des ravages. La société y sacrifie. Ce n’est pas un effet de mode ; ça tient du transcendant. Ceux qui s’y opposent rasent les murs. Ce sont le rebut de la société. D’autres n’y comprennent rien. On ne peut rien leur reprocher. Ce sont de véritables brosses. Ah oui, pour un phénomène, c’en est un. Les jeunes ont les cheveux en brosse ; dans les cénacles, chacun est tenu de la manier. Tous ceux qui désirent gagner du grade doivent jouer de la brosse à reluire. C’est un privilège, car ce n’est pas donné à tout le monde. Les contradicteurs sont montrés du doigt. Ils finiront comme subalternes. Tant pis pour eux, ils n’avaient pas à jouer les fanfarons. Qui aurait pensé que la brosse pouvait remplacer la pommade ? C’est fait. Les jours de cette dernière sont comptés. Le baume fait ringard, réac même. La brosse, c’est la modernité ajoutée au mystère. Ça amadoue les molosses, les colosses… Elle a le don d’ubiquité, réconcilie les classes. L’épidémie a gagné tout le monde. Les gosses ne vont plus à l’école, ils brossent. Les poivrots, de même. Les forts-à-bras, les artistes… tout le monde brosse. Les mariées en mettent dans leurs trousseaux, et on ne demande plus aux prétendants s’ils ont un emploi, mais s’ils ont une brosse. De quelle couleur. Quelle dimension. Neuve ou utilisée ? Enfin, on n’est jamais si prudents. Nous avons des brosses à cheveux à dents, à panser même. Nos blessures sont si nombreuses, et puis il est de plus en plus difficile de penser. La brosse qui fait fureur, c’est celle qui caresse dans le sens du poil. C’est le Stradivarius des brosseurs patentés. Ses utilisateurs sont des virtuoses. Hé oui, ça existe les Chopin de la brosse. On trouve la brosse même chez les intellectuels. Au point où dans ces milieux on ne pense plus, monsieur, on brosse. Je brosse, donc je suis. La brosse fait même partie des cours d’économie. Chacun sait qu’une bonne gestion est indispensable pour relever un pays qui a le genou à terre, c’est-à-dire le pied dans la tombe. Chez nous, on s’en balance. Rien de tel que la brosse pour faire briller nos illusions. Un prof d’économie aurait même dit à ses étudiants que la performance était le produit de la motivation à jouer de la brosse par l’incompétence. Le pauvre béotien que je suis n’y comprend rien. Ceux qui auront compris quelque chose pourront m’expliquer. Mais c’est en brossant qu’on devient brosseur, pas en causant… car c’est l’usage qui fait la brosse. Et puis, un brosseur émérite m’a dit qu’il ne faut jamais avouer son ignorance. Les brosses en perdraient leurs poils ! À propos de poils, il y en a qui sont faites en poils de cochon ou de sanglier. C’est sans problèmes, la brosse étant une nécessité vitale, c’est toléré, yadjouz ! Des hommes d’affaires, ayant flairé le créneau juteux, songent à importer des machines à brosser. On n’arrête pas le progrès ; et puis l’économie, c’est la loi de l’offre et de la demande.  Ce n’est même plus de la demande, il y a ruée, ça se bouscule au portillon. Il faudra faire vite ou sinon c’est la crise. Les machines à brosser, c’est propre, rapide et ça n’a ni odeur ni état d’âme. Ça bosse en racontant des berceuses ou en jouant de la musique. Des fois, ça brosse et ça vous gratte la tête. Deux en un. Et puis, c’est en brossant qu’on brasse des affaires. Le véritable casse-tête, c’est que ça va mettre des brosseurs invétérés au chômage. Alors des nationalistes, pur sucre, pressentant le danger, ont lancé une souscription nationale pour l’importation de brosseries clés en main. Les syndicats ont approuvé. Au nom de la nécessité de faire face à l’impérialisme et l’invasion culturelle. Il ne s’agit pas de jouer avec les constantes, ont-ils martelé. La brosse fait partie de l’identité nationale ! Il ne sera jamais question de livrer nos illustres ego aux mains de brosseurs étrangers ou à leurs machines diaboliques. C’est une question de souveraineté nationale. Le mot d’ordre approuvé par la Haute commission des brosseurs est : « De chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins en brosses ». J’ai applaudi très fort. On se groupe, aujourd’hui, pour chanter les louanges de la brosse. On manifeste pour exiger le droit à la brosse avec remboursement par la sécu ! On parle même d’une prochaine ordonnance pour légaliser le statut VIB de brosseur officiel. Ce n’est pas trop demander s’il s’agit de préserver notre modèle social. N’essayez pas d’en dissuader les mordus, vous aurez droit à une brossée.

Mohamed Bourahla 

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