« PARADOXES » La chronique de Mohamed BourahlaAlgérieNews

” PARADOXES ” : La Chronique de Mohamed Bourahla : Le vivre-ensemble

” PARADOXES ”

La Chronique de Mohamed Bourahla

Le vivre-ensemble

Le vivre-ensemble – la cohabitation harmonieuse des individus et communautés – est-il un objectif plausible ou ne serait-ce qu’un vœu pieu, un aveu d’impuissance et une façon de conjurer le malheur ? Ne serait-ce, encore, qu’un air à la mode qu’on rabâche sans trop y croire ou un artifice destiné à nous faire prendre notre mal en patience ? Pour le moment, c’est plutôt l’impression de vivre-en-sangles qui prédomine. Bradé. Bridé. Brisé. Ecce homo. Et ceci tant que ces valeurs (citoyenneté, liberté d’expression, droit à l’information, respect mutuel, etc.) tardent à naître. Cependant, peut-on s’atteler à une telle tâche sans mettre ou se mettre en question… sans douter de ce processus de fabrication de l’image dépréciée de l’Autre qui précède et fonde les charges, envenime les relations internationales et rappelle la curée. Oui, le peut-on sans contester un discours construit avec des textes truffés de préjugés dont la fonction est de prédiquer, asserter, ségréguer et requérir l’assentiment de l’allocutaire à des blocs de sens préconstruits. Les temples de l’hallali sont polymorphes. Y faire face relève, néanmoins, de la compréhension, surtout pas de la haine. Ainsi, déchiffrer le fameux discours papal de Ratisbonne, n’est pas rappeler l’Inquisition et Torquemada, y opposer Marcion de Sinope, les polémistes Celse et Porphyre ou l’anticléricalisme français du XIXe siècle. Ce n’est ni ânonner, par paresse et à tout propos, des sornettes sur la rupture avec l’Occident ni caricaturer une histoire où le Culte de la Raison et l’Aufklärung ne purent empêcher la Terreur et deux sinistres guerres mondiales. C’est, inlassablement, démonter les mécanismes d’un essentialisme qui ne peut imaginer l’Autre qu’en image contrastée, faire accepter et reconnaître la différence, changer la logique du vivre en chiens de faïence pour celle du vivre-ensemble dans la paix et le respect mutuel. C’est tourner le dos au cul de sac des levains de haine. Malgré le grand capital qui ne peut songer à un univers sans satrapes et ilotes. Peut-on, aussi, s’atteler à une telle tâche sans s’interroger, parallèlement, sur cette pièce de bois vermoulu ou de métal rouillé qui rappelle la patère et où pendent nos déboires et nait la compensation erronée que fait la fausse conscience du gap qui existe entre une société mythique et la triste réalité. L’Autre déprécié, confiné tout au plus à un rôle de vassal, est en proie à un sentiment de stupéfaction inavouée ; il est pareil au badaud qui n’arrive pas à s’expliquer qu’il puisse pousser un ridicule et misérable oignon à la place du sublime rosier que l’ancêtre jardinier aurait planté pour lui. Elle est une illustration des ambiguïtés de son monde et, en même temps, causes et conséquences de ses fausses lectures. Parmi celles-ci la croyance en la théorie du complot qui est sa réponse au revers, puis en une entité dotée du pouvoir de déformer son image. Il s’agit d’une solution miracle qui le dédouane et esquive toute perspective de changement. La patère est le prétexte idéal pour tourner le dos à la réflexion et différer l’action qui, toutes deux, sont déléguées à un démiurge omniscient et omnipotent qui fait un monde où le larbin se suffira de survivre par procuration. La dénoncer, ce n’est pas le faire par la morgue ou, par la grâce d’une science infuse, scotcher l’Autre, pour l’éternité, sur la marge de l’histoire. Ne serait-ce pas en se remettant en question, en réhabilitant l’esprit critique, en œuvrant à la démythification de l’imaginaire politique (complot, union sacrée, âge d’or, sauveur, identité immaculée, etc.) et à la déconstruction des « clôtures dogmatiques », à tout ce qui pourrait faire réintégrer aux damnés de la terre, comme acteurs, le mouvement de l’histoire. C’est aussi, pour l’intellectuel, s’embarquer pour le changement ; cesser de vouloir nager sans se mouiller. On reprochera à ce projet d’être chimérique et avare de yakas : cela est vrai, mais n’est-ce pas le fait de rêver éveillé (un autre paradoxe) qui suscite le changement. On l’accusera de pis-aller, de lubie… P.P.H donc ; peu importe ! Cette intention tient de la croyance en l’humain. Malgré tout. De la poésie, aussi. C’est-à-dire ce qui nous permet de tenir debout et différent. Une certitude : pour l’instant, le monde est fatigué, désemparé. Il sent qu’il est en train de foncer tout droit dans le mur. N’est-il pas, donc, temps de dépasser les dynamiques de la haine… de s’opposer à la fatalité d’une dialectique sanglante des relations qui serait l’inéluctable moteur de l’histoire des hommes ? 

                                                                                                                                      Mohamed Bourahla

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