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« PARADOXES »  La chronique de Mohamed Bourahla : Le temps des titres

« PARADOXES »
La chronique de Mohamed Bourahla

Le temps des titres

Le titre prend du galon. Ce n’est plus seulement un nom de charge et de fonction. Et encore plus qu’une distinction de rang et de grade qui met en avant une connaissance, un diplôme. C’est une source d’ivresse et de félicité incommensurable. L’élément incorporel d’une raison de vivre. Enlevez-moi la charge, aurait-dit un passionné, mais laissez-moi le titre. On le retrouve partout, souvent avec une redondance qui frise l’indécence, là où se retrouve la passion de ne plus être que par le précieux Sésame. Chez les politiques ou ce qui y ressemble, c’est le titre « président » qui fait fureur. Les retrouvailles de ces messieurs font penser à une table de ping-pong où la balle serait le terme « président » et la raquette, la langue bien pendue. Les règles sont simples : « Président » veut dire, ici, qu’on est sous-président. Cela veut dire, aussi, qu’on est arrivés, dans l’intimité des alcôves, de ceux qui ont réussi. Cela signifie, enfin, qu’on est zen. Tout au moins jusqu’à la prochaine élection. Alors on se balance du « Sidi Raïs » tout en priant pour qu’il n’y ait plus d’émeutes ou de coups bas de la part des pairs. Tout en mangeant. Il faut le voir le saâdaoui des mandibules présidentielles. Ça rappelle les mangetouts et le philosophe Alain qui disait à propos de Berkeley, qui considérait que la matière est une représentation de l’esprit, que c’était « un évêque à qui le diner venait tout fait ». Il y a quand même une hiérarchie. Faut connaître ses limites. Il y a les présidents dont on écrit le « P » en majuscules, d’autres, en grosses lettrines et il y a ceux pour lesquels tout le titre est écrit en capitales. Madame devra se plier aux règles et appeler son mari « président ». Des fois, ça foire. Les mégères ne sont pas toujours apprivoisées. Les mauvaises langues racontent qu’au temps où faire partie du Comité central était un symbole de réussite, un monsieur, fraichement élu, demanda à sa moitié qui lui faisait l’affront d’utiliser son prénom, de l’appeler dorénavant : « Monsieur le membre du Comité central » ! Quand la femme, qui n’avait pas froid aux yeux, lui confia à quoi il le devait, il se fit tout petit. Bonté divine, honni soit qui mal y pense ! Un Président, c’est toujours blanc comme neige. Dans l’administration, c’est kif-kif, le titre prime la personne. Ah que c’est bon de semer à tout vent du « directeur ». C’est bon pour l’ego, la réclame, parfait pour hameçonner. Le fonctionnaire semble grandir. « Monsieur le directeur » ça ressemble à l’ordonnance d’un toubib. Ça veut dire qu’on fait partie du gratin, qu’on est loin du tout-venant. Ça tient de l’enchantement, Mozart aurait pu composer sa flute enchantée en écoutant le titre. Directeur ? Vous vous imaginez… peu importe la fonction, l’essentiel est de l’être ! Voir une Direction – pas Venise – et mourir. Bien sûr, il y a le risque de se tromper de direction, mais, généralement, on ne fait pas de titres sans casser de principes. L’université n’est pas en reste, l’obsession du titre fait fureur. Là, c’est le terme « docteur » qui a le vent en poupe. C’est lui seul qui délivre le certificat d’identité. Quand on s’appelle « docteur », on a, ipso facto, le savoir. On est un érudit. Pas besoin de disputation, on est le magistère d’autorité. La reconnaissance de soi est acquise par le titre, puis vient celle d’autrui. On peut, même un tout petit peu, se prétendre supérieurs aux directeurs. Quand à se frotter aux présidents, il n’est pas recommandé de jouer avec le feu. Mais un docteur, ya baba… ce n’est pas de la rigolade ! Ça s’aborde la bouche béante et les yeux écarquillés. Il faut les entendre au petit matin gazouiller en prenant leur petit-déjeuner. Un véritable hymne à l’emploi ! Des croissants déconstruits parsemés de docteurs ou un nuage de lait cathartique saupoudré de graines de docteurs. Et je t’en donne du douktour… jusqu’à l’overdose, pour soigner ses contours ! On parlerait de béatification sans y voir mal. Il est passé par ici, il repassera par là ! Le docteur, pas le furet. Avec la différence que ce dernier ne s’est pas départi de sa curiosité coutumière, alors que pour le docteur, hormis le titre, rien ne semble plus compter. Oui, je sais, ils ne sont pas tous ainsi ; rien ne sert à ruer dans les brancards. Et puis si tous ces titres pompeux obsèdent tant ces messieurs-dames, la société – l’auteur de cette chronique – n’en est-elle pas un peu responsable ? Je me demande même s’il ne m’en faut pas un.

Mohamed Bourahla 

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