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PARADOXES / La chronique de Mohamed Bourahla : Le SILA

PARADOXES
La chronique de Mohamed Bourahla
Le SILA

Revoilà le SILA ! Non, ceci n’a rien à voir avec le monstre marin, ni avec la série télévisée turque ou le dictateur romain qui guerroya contre notre Jugurtha national. Moi, ça me fait penser à Brel et sa chanson Rosa : sila sila silam silæ silæ sila ! Soyons sérieux, SILA c’est- je n’apprends rien à quiconque tant c’est connu – l’acronyme de Salon International du Livre d’Alger. Nous allons donc nous gaver de lecture ? Plutôt de sandwichs harissa/mayonnaise. Ça sera parfait pour réconcilier authenticité et modernité. Mais il n’est pas question de jouer ici à l’empêcheur de tourner en rond ; il y a bien là une occasion d’évacuer la pression et, en bonus, l’opportunité de figurer dans les statistiques d’un lectorat aussi transparent qu’un ectoplasme. Ne faisons donc pas les fines bouches… qu’importe le parfum du livre, pourvu qu’on ait son ivresse. Nous irons au SILA oublier nos chaines habituelles pour celles du livre. Nous aurions aimé y voir des ateliers d’écriture, de vraies rencontres, de vrais débats, mais il va falloir prendre notre mal en patience. Alors nous visiterons les maisons d’édition. Il existe quand même des éditeurs sérieux. Une poignée de passionnés, cependant c’est la galère. Que dire quand l’un d’eux ou d’elles – en même temps directeur de collection, correcteur, maquettiste et diffuseur – tire à cinq cent exemplaires et n’arrive pas à les écouler sur tout le territoire national. Rien à dire… il y a pire. Pour ne pas gâcher la journée, nous déambulerons entre les stands qui sacrifient aux goûts du jour : parascolaire, cuisine, exorcisme et oniromancie… ou vie amoureuse du mulet. Nous traînerons entre les tables rondes pour oublier les têtes carrés qui font notre quotidien. Nous pourrons même nous souler, sans risque d’excommunication, d’encre et d’odeur de carton. Les parkings, qui sont pris d’assaut très tôt, attestent que la masse a soif de lecture. Le glorieux peuple lit… gare à qui osera dira le contraire ! C’est dans nos constantes inconstantes. Nous ferons donc le SILA comme on fait du camping. Le débraillé sera de mise, les mioches s’en donneront à cœur joie ; il ne manquera plus que le réchaud à gaz et les faitouts. Les ouvrages de valeur sont hors de prix ; l’inflation fait des ravages. Silence, la planche à billets travaille ! Là, où tout le monde fait semblant, elle paraît la seule à le faire. Hormis quelques mordus incurables, personne ne s’en soucie. Nous fantasmerons face à l’habitus auctorial, ferons un selfie avec un auteur qui s’attendait à ce qu’on lui demande un livre dédicacé ou nous attendrirons face à un autre qui, devant une pile d’ouvrages inentamée, s’ennuie à mort en attendant Godot ou l’éventuel chaland. Nous irons voir les conférenciers. Nous nous y sommes tellement habitués qu’il règne chez eux une ambiance de famille. De tribu. On prend les mêmes, et on recommence. Le pays serait-il stérile ? Non, il regorge de talents : son ventre est fécond et il n’y a même pas besoin de forceps pour les accouchements. Il y a du génie partout : Dans les grandes villes, les patelins et les lieux-dits. La richesse, malheureusement, est sur la marge ou la paille, à ronger son frein, à songer à l’exil. Alors le SILA ? Bof ! Quand le responsable principal du Salon s’appelle commissaire, faut-il s’étonner que la culture appréhende les macarons ? Le nombre de visiteurs, que comptent les portiques, prouvera l’existence du lectorat. Ce sont les statistiques – l’art de mentir avec précision, en aurait dit un humoriste – qui le démontrent. Quid du lecteur, de son sexe, son âge, de ses préférences, du domaine de l’ouvrage ? Rien de tout ça, quantifier suffit. Pourtant, il y a un hic… la réalité est terrible. Les gens – universitaires inclus – ne lisent pas ou plus. Les éditeurs ferment. Les librairies ferment. Les esprits ferment et s’enferment. On mute en papeterie, vers le parascolaire si possible… sinon on s’improvise pizzaiolo. Ne jouons pas aux rabat-joie. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut s’offrir un sandwich en plein air même si, parfois, la chawarma ressemble à du papier mâché et le pain libanais à du carton-pâte. Alors, la grosse librairie SILA… quel but ? Prouver l’existence de la culture par le brouhaha et celle du lectorat par les parkings et les portiques ? En tout cas, c’est mieux que rien. Prenons donc rendez-vous et chantons quand bien même nous ignorerions les déclinaisons latines… Sila sila silam silalum solis solis !

Mohamed Bourahla 

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