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« PARADOXES » La chronique de Mohamed Bourahla : La terre est rose comme un ballon

« PARADOXES »
La chronique de Mohamed Bourahla

La terre est rose comme un ballon

La kermesse du football mondial a débuté. Des oiseaux de mauvais augure avaient prédit son échec. Ce n’était qu’un ballon d’essai. Plus que jamais : Du pain et des jeux ! Le Colisée ressuscite ; Ave César, ceux qui vont jouer te saluent. Mais, prudence, le feu est comme l’eau, il glisse à travers les doigts. Cependant, ne jouons pas aux rabat-joie. Là-bas, tout est cuir, fric et publicité. Il n’en fallait pas plus pour que ce qui reste de notre conscience se mette en veilleuse et que notre ego s’enfle comme une vessie. Rien, donc, de quoi inciter à crever des ballons. La clameur qui monte de l’arène fait chavirer les esprits et oublier de siffler des coups francs. Apollinaire l’avait bien vu. Dans le ciel, il y a plein de saucisses. Profitons de l’instant, nous dit la réclame, rien ne peut plus nous tomber sur la tête. M. lambda est heureux et disert ; rien ne fait autant son bonheur qu’un écran de TV, un sandwich et un ballon. Oui, mieux vaut être baudruche et ultra que génie et sans football. Il faut dire que lorsque les esprits chaussent des crampons, les rêves ont des ailes, les favelas dansent la samba, les éclopés se prennent pour Persée et le cerveau se met à regretter de ne pas avoir été pied. Le drame est pourtant là. On l’aperçoit chez le petit qui a la hantise de la dérouillée et le souci de faire bonne figure. Il sait qu’on l’attend au retour. On lui demandera des comptes. Quand on perd, on se fait harakiri. Quand on gagne, le maitre entrera au panthéon et le bon peuple aura droit à une journée chômée et payée où il pourra différer ses malheurs et défiler sous l’ombre de son auguste portrait. Soûl d’illusions, il acceptera avec constance la résolution qui lui demandera de faire ballon. La tragédie des gens de couleur est pire : Quand ils marquent, ils sont blancs. S’ils ne le font pas, ils redeviennent noirs. La colère des guides, elle, est blanche. Le petit fils d’immigré qui gagne est un témoin de la réussite de la politique d’intégration. S’il perd, celui de son échec. Conclusion : Haro sur le baudet. On ne mélange pas torchons et serviettes avaient prévenu les patriotes. On ne les a pas entendus. Ils avaient tout essayé : ballons de protection, ballons de barrage. Rien n’y fit, le football était plus fort. N’empêche, le bal continue. Couac : L’Allemagne tacle et diffuse en clair ; le Qatar perd la boule et la balle. La raison : Le premier pays croit en la fonction cathartique du football ; il cherche, par l’expurgation des passions, à prévenir la colère. Le second a l’oseille et n’a ni constipation ni cas de conscience. Il peut, donc, se passer de lavement et de soupape d’échappement. Le foot attire aussi les intellos. Camus lui doit, dit-on, sa morale. De là semblent venir ses propos ambigus sur la justice. Sartre aurait noté : « L’enfer c’est les autres » après avoir vu un match. Eco aurait écrit : “Le football est la superstition religieuse la plus répandue de notre temps. C’est lui le véritable opium du peuple aujourd’hui.”. Giraudoux avait dit la même chose à propos du mah-jong et du loto. Il vaut mieux, pourtant, fumer du foot que du hasch. Même Marx a eu tort face au football, ce n’est pas la lutte des classes qui fait le mouvement de l’histoire, mais bien le football. Le ballon crée le consensus et la compétition ; il désagrège les crises du capitalisme. Il cloue le bec aux beaux parleurs ; nul n’ose lui tenir tête. À Napoléon Bonaparte qui disait que « La bonne politique est de faire croire aux peuples qu’ils sont libres », il répond que c’est plutôt celle qui consiste à leur faire croire qu’ils jouent. Au baron Louis qui demandait de lui faire de bonnes politiques, pour qu’il puisse faire de bonnes finances, il réplique que c’est avec de bonnes équipes de foot, qu’on fait de bonnes politiques. Enfin, à Eluard qui écrivait que « la terre est bleue comme une orange », il fait remarquer qu’elle est bien rose comme un ballon. “Le chemin est le but”, avançait, dit-on, Confucius.

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