AlgérieNewsPARADOXES 

« PARADOXES »  : La chronique de Mohamed Bourahla : Juillet l’histoire

« PARADOXES »
La chronique de Mohamed Bourahla

Juillet l’histoire

Juillet sublime. Juillet ballet. Juillet fraternel et humain. Juillet, fils de novembre, des folies salutaires, des antiques circoncellions, des damnés de la terre, célébrant, sans faucille à la main, le temps venu des récoltes magiques. Juillet, d’amour et de tendresse indicible, essuyant les larmes des grottes enfumées, des terres brulées, des villages incendiés, des récoltes pillées, des futaies abattues. Juillet aux senteurs d’agrumes, vêtu d’ambre et de lumière. Juillet de joie et de beauté. Les anges descendaient des montagnes, nos yeux ahuris se mettaient à nous voir, dans nos mains crevassées naissait la fierté. Nous étions, enfin ! Nous étions réels, le futur ne pouvait qu’être radieux. La laideur, pusillanime, se cachait à notre regard frondeur et innocent ; la nuit s’en allait sans espoir de retour, nous prenions conscience de nos corps, nous nous rendions à notre propre rendez-vous. Nous partions tous de zéro, et avions de l’herbe à satiété. Quoi demander de plus ! Nous naissions à la vie, nous naissions debout et pouvions résister. Sans crainte des famines. Des bêtes à l’affut. Sans l’appréhension de redevenir chose. Juillet au front haut, des matins zébrés de vert et de rouge, juillet des espérances naissantes, des orgueils moribonds, qui, comme un pendule têtu, nous revient à heure fixe pour chanter à tue-tête qu’il n’est pas de rêves impossibles. Nous réécrivions l’histoire en dansant pour demain. Nous sautions autour d’un feu de joie où brulaient nos guenilles, nos blessures, des histoires d’éventail, de dettes et de parjure. Nous dansions follement. Nous n’étions pas souris, nous ne voyions pas les chats. Juillet basané, sans haine pour quiconque, qui n’était plus le mois de César, dont l’ancêtre faisait trembler la Bastille. Juillet qui enseignait à ceux qui croyaient n’avoir plus de jambes la saveur d’aimer, de marcher et danser. Juillet où le temps s’arrêta et se prit à rêver de ne plus être que juillet. Juillet qui vit s’ébranler les cortèges mythiques au goût de miel et de lavande. En tête marchait l’Espoir ; de près suivaient les certitudes et l’absence de frayeur. Juillet, où la peur, terrassée par d’audacieuses étoiles, se mit à craindre les nouvelles lueurs. Juillet où la raison prit congé pour que se poursuive la féérie. Juillet des cimes ardentes, des oueds asséchés, du laurier-rose songeur, des venelles ombragées à l’odeur de café et d’armoise. Juillet des plaines foudroyées par la mitraille où l’herbe refuse de se courber sous la botte des légions. Ivre de joie, la rue au teint vermeil, parée de son plus beau sourire, bercée par le chant des cigales, dansait avec le soleil. Juillet faisant reculer les orages, demain se faisait sourire, toutes les rues étaient nôtres, plus personne ne devait rester sur les bords, nous défions les marges, nous étions le centre, nous étions demain. Juillet des mers sans brisants où nous devenions majeurs sans pour autant écorcher l’image des pères, écorner les pierres qui font les annales. Juillet des aurores éternelles et des jours sans crépuscule où la jeunesse découvrait sa jeunesse et paradait sans ordres ni fanfare. Juillet des utopies qui effaçait les bleus et les stigmates, qui nous réconciliait avec l’humain, nous réapprenait à marcher debout. Et puis… Juillet redevenu jour, et seulement. Juillet qui voit s’ébranler le cortège des questions sans fins. En tête, le dépit. De près suivent les doutes, l’absence d’horizons. Un leurre aux cheveux blancs. Un cimetière marin. Juillet qui croyait mettre le pied à l’étrier. Juillet troublé. Juillet livide, des rêves confisqués. Juillet Dupé. Défiguré. Décoloré. Déclinant. Déclassé. Mis au pas. À genoux. Révoqué. Raide comme un souci. Réservé comme un tombeau. Rebelle comme un vœu. Qui rêve tout bas de redevenir juillet. Qui peste et jure de ne plus laisser la raison s’assoupir. Juillet phénix.

Montrer plus
Error, no Ad ID set! Check your syntax!

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer
%d blogueurs aiment cette page :