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“PARADOXES” / La Chronique de Mohamed Bourahla : Haro sur le bédouin

“PARADOXES”

La Chronique de Mohamed Bourahla

Haro sur le bédouin

Ça y-est ; on a déniché l’ennemi public, la source de tous nos problèmes. Vous ne le croirez pas ; c’est le Bédouin. Mais puisqu’on nous le dit. Nos villes croulent sous les détritus… c’est lui ! Sus donc au babouin. Malgré l’émir Abdelkader qui chanta sa vie ou Stendhal qui écrivit : « C’est sous la tente noirâtre de l’Arabe-bédouin qu’il faut chercher le modèle et la patrie du véritable amour. » Nécessité oblige ! Benguitoun comprendra. Mais qui sont ces balourds crottés ? Ce sont, sans doute, ces émirs du Golfe, adipeux et aux goûts dispendieux, qui, subitement, deviennent fréquentables quand ils se mettent à distribuer du fric ou, pour l’Occident, quand il s’agit de leur vendre des mirages. Au sens propre et figuré. Que nenni ! Les visas qu’ils nous imposent pour nous rendre chez eux ressemblent à des quarantaines. A croire qu’ils nous prennent pour des Bédouins. Il faut donc voir ailleurs. Enfin, ce sont des personnages qui ne peuvent pas être d’ici. Ici, nous sommes si intelligents. Ici, tout est luxe, calme et volupté. Baudelaire l’aurait écrit. Peut-être. Mais il y a quand même un problème parce qu’ils sont à chaque coin de rue. Comme cette mauvaise herbe- le mélampyre des champs ou bédouin – qui vit en parasite. Elle tend à disparaitre, mais ouvrons l’œil, ils sont partout. Même à Paris. Incroyable ! Si, si… il faut le croire, c’est le grand Hugo qui l’écrivit dans son Napoléon-le-petit : « Un capitaine, les yeux hors de la tête, criait aux soldats : Pas de quartier ! Un chef de bataillon vociférait : Entrez dans les maisons et tuez tout ! « On entendait des sergents dire : Tapez sur les Bédouins, ferme sur les Bédouins ! – […] Lorsque les soldats massacraient les habitants, c’était au cri de : Hardi sur les Bédouins ! ». Il faut préciser que les Bédouins sont, ici, les insurgés parisiens surnommés « les Bédouins de la métropole » qui, en 1848, se faisaient massacrer par le général Cavaignac de sinistre réputation. S’agirait-il des ruraux algériens ? Wallah !… Tout comme Les Gétules, les circoncellions ou Tacfarinas, ce paysan qui combattit l’envahisseur romain ? C’est-à-dire ceux que l’histoire, faite par le vainqueur, traitait de barbares et de hordes fanatiques. Faudrait-il, donc, comme les Romains, construire un autre limes pour refouler leurs sauvages descendants vers les montagnes infertiles ou les zones arides. Serait-ce, ainsi, ceux dont Pélissier – Maitre es enfumades – écrivait que : « L’instruction élémentaire en 1836 est pour le moins aussi répandue chez eux que chez nous. Il y a des écoles de lecture et d’écriture dans la plupart des villages et des douars ». Mais, enfin, ils ne peuvent pas être d’ici ! S’agit-il de ces forçats algériens qui, dit-on, dans les années 1845/1846, construisirent à Sète « La Montée des Bédouins » ? Nous, des Bédouins… impossible ! Ils ont d’autres tares. Ils sont islamisés… Quel malheur ! Et l’aïd venu, ils trainent un mouton. Le criminel étant connu, nos problème sont réglés : Supprimons le bédouin et les moutons, et nos cités seront propres comme un sou neuf. Mieux, supprimons l’aïd et il n’y aura plus ni bédouins ni moutons. Ni de mascarades électorales, vu que Naegelen était un bédouin. Mon Dieu… en serais-je un ! Quelle tragédie, to be or not toupie… devrais-je songer à m’éclaircir la peau… ou les idées ? Trêve de balivernes, la couleuvre s’avale difficilement ! Le pamphlet anti-bédouin au lexique agressif sent l’injure et la ségrégation ; il rappelle ces termes dont le colonisateur affublait nos semblables. Ceux qui, le premier novembre 1954, selon François Mauriac, avaient « pris les armes pour n’être plus jamais les ratons et les bougnoules de personne ». Le mépris affiché envers le bédouin est abject. Il reprend cet urbanisme colonial qui divisait la ville en quartiers européens d’une part et, d’autre part, en cité musulmane, quartier arabe ou village nègre. Il se fait fort de dépouiller l’autre de son humanité et de l’interpréter sans l’écouter, ressemblant en cela à ces préjugés qui consacraient la supériorité de la race aryenne. La philippique essentialiste tient aussi du pipeau. Elle occulte la nécessité du débat sur l’exode rural, la prérogative de puissance publique, le système éducatif, la démission des clercs. Elle conforte un mythe qui fait des populations des campagnes une classe homogène. Haro sur le bédouin, dites-vous ! Plutôt, sur la bêtise… la suffisance, l’ignorance de notre propre ignorance.

Mohamed Bourahla

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