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« PARADOXES » : La chronique de Mohamed Bourahla : Emotions équivoques 

« PARADOXES »
La chronique de Mohamed Bourahla

Emotions équivoques 

L’administration américaine se retire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU après l’avoir fait pour les accords sur le nucléaire iranien et de Paris. Même si on est l’artificier en chef de la planète, on ne se désengage jamais d’une institution ou remet en question un pacte sans conséquences. En 1931, Tokyo répond à la condamnation par la SDN de l’attaque contre la Mandchourie en quittant l’organisation. En 1933, l’Allemagne quitte la SDN dont elle faisait partie depuis 1926. En 1935, Hitler viole le Traité de Versailles. La suite est connue. Mais qui peut, raisonnablement, faire la leçon à un élève qui, déjà en 2003, dépensait, dit-on, 42 millions de dollars par heure pour ses allumettes. Toutefois, plus que l’attitude US, ce sont ces cris d’orfraie qui indisposent ? L’émotion qui suivit ces retraits est-elle honnête ? Procès d’intention ? Quand on dîne le soir avec le loup et que, le matin, on pleure avec le berger, le haro qui fait écho aux claquements de portes est pour le moins douteux et certains de ces signaux de stupeur subite semblent simulés. Tout le monde sait que le monde actuel est mal fait ; l’architecture de ses institutions, également. Il ressemble à une mauvaise pièce de théâtre où l’illusion et le cabotinage hypocrite sont rois. Qui se joue dans un endroit où le poulailler s’appelle paradis. La politique n’ayant d’autre morale que la sienne, la seule vertu de cette indignation est de fustiger l’ombre pour mieux en masquer la source. Les pieds dans le plat ne sont pas des accidents, mais des éléments constitutifs de la nature du système mondial. Le maréchal de Bourmont déclara lors d’un débat parlementaire sur le traité de la Tafna : « Eh messieurs, les traités ne sont pas éternels ; ils ne doivent être respectés que dans la mesure où ils sont utiles. Le jour où celui-ci cessera d’être avantageux, rien de plus simple que de le dénoncer ». Hugo, quant à lui, en 1841, dans un lyrisme grandiose, écrivit à Bugeaud : « C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. […] Nous sommes les Grecs du monde ; c’est à nous d’illuminer le monde. Notre mission s’accomplit, je ne chante qu’hosanna. ». Ce n’est pas, pourtant, le parjure de de Bourmont qu’il faut seulement flétrir, ou l’ahurissante myopie de l’auteur qu’il faut dénoncer, mais bien le colonialisme. Ceci s’appliquerait aussi, mutatis mutandis, à la Controverse de Valladolid qui, en 1556, fut pour des théologiens l’occasion de polémiquer sur la nature des indiens : humains ou esclaves par nature ? Qui veut l’ivresse doit assumer ses frasques ; les deux sont insécables. L’indignation et l’acte de réprobation, aussi. Qui s’émeut, se meut… prend ses responsabilités, ne détourne pas la tête, ne fait pas dans le deux poids deux mesures. Et pourtant ! En 1139, l’Église s’émouvant des dégâts meurtriers causés par l’arbalète, le 2ème concile de Latran la déclara « haïe de Dieu » et en bannit l’usage entre chrétiens. Elle fut autorisée, cependant, contre les « infidèles » lors des croisades. En 1897, les participants à la Convention internationale de la Haye furent émus par les dommages causés par la balle dum-dum. La Convention la bannit de l’usage entre États civilisés ; elle la réserva, néanmoins, à la chasse au gros gibier et aux guerres coloniales. Cette façon de blesser le décorum est très ancienne. Elle apparait quand naît la sensation d’être au sommet de la puissance, c’est-à-dire avant la première marche du déclin. L’émotion feinte qui la suit a le même âge. La colère, aussi.

 

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