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« PARADOXES » La chronique de Mohamed Bourahla

Histoires d’intellectuels

« PARADOXES »

La chronique de Mohamed Bourahla

Histoires d’intellectuels

Un intellectuel c’est, en principe, quelqu’un qui sait. Donc qui a le redoutable privilège du discours. Ce qui fait que lorsqu’il n’affiche plus ses positions dans l’espace public, il est légitime de se poser des questions. Cela peut-être un enseignant. Pas forcément. Un journaliste, un écrivain, un artiste… ou un charbonnier. C’était possible quand Bagdad rayonnait au moyen-âge. Bien sûr qu’il en existe-t-il chez nous ! J’aimerais toutefois qu’on me dise dans quel sens doit-on entendre le terme. Je sais, nous avons toujours été géniaux, mais encore. Pour Socrate, il a l’allure de contrebandier ; il s’efforce de nous faire passer la frontière de la doxa pour aller au logos. Pour Arkoun, c’est un spécialiste de la pince monseigneur. Constamment à la recherche d’une issue aux clôtures dogmatiques. Pour Sartre, c’est « quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». Une espèce qui se fait rare. Il est vrai que, quand ça coffre fort, il est recommandé de rester près de ses pantoufles. Un intellectuel à qui on reprochait sa tiédeur montrait ses chicots ; un autre chantait Brassens : « Mourir pour des idées, d’accord… mais de mort lente ». L’idéal serait de nager sans se mouiller ; mais l’époque des miracles est révolue. Serait-ce au sens de Gramsci ? La bataille des idées et la subversion des esprits. Cette histoire de mêlée fait penser aux paniers. Ma grand-mère assure qu’on peut être brillant, mais n’être qu’un paneton. C’est-à-dire couver sa science, ne pas en faire profiter autrui, et éviter de pousser des gueulantes. Mon grand père lui répond que quand on a été mordu par un serpent, on sursaute à la vue d’une corde. Il n’a pas si tort, car, souvent, à côté du « panier percé du génie », comme l’écrivit Hugo à propos de Shakespeare, nous retrouvons le panier à salade. Ceci rappelle Diogène qui, ayant entendu rapporter que Platon l’avait qualifié de « Socrate devenu fou », aurait riposté : « A quoi peut bien nous servir un homme qui, ayant philosophé depuis longtemps, n’a encore dérangé personne ? ». L’intellectuel serait-il celui qui empêche le ronron ; Platon n’aurait-il été qu’une Koufa bla yiddin ? Mais ne mettons pas tout ce qui pense dans la même corbeille. Il existe d’autres types d’intellectuels : le spécifique, le médiatique et l’expert en mémorisation. Ceux qui ne cessent de pleurer le désert culturel et le rendez-vous raté avec la modernité. Il en est un qui brasse du vent et tient du bouffon. Celui là n’écrit pas, il est au turbin. Il ne pense pas, il panse. Cela fait une comédie où les mouillettes seraient côté cour et les rétributions, côté jardin. Les bouseux, près du lointain. Le clerc stigmatise sa population sur la base d’un argumentaire qui tient plus du pipeau que de la logique, et où se côtoient un essentialisme obsolète et des sophismes outranciers ; il crie au scandale et en tait la cause, notamment sa place dans la « pyramide des tyranneaux », selon l’expression d’Albert Memmi. Reconnaissons, à sa décharge, qu’il est plus facile d’être du côté du manche et de tancer l’arriéré qui pollue le lebensraum. Le sieur méprise les siens ; ils lui rappellent ses cheveux crépus ; il ne voudra pas, donc, les voir, en entendre parler. Quand on se prend pour une huile, les arachides nous effraient. Les critiques qu’on lui apporte sont injustes. En reportant son ire sur les prétendues tares congénitales d’une foule, qui n’arrive pas à comprendre ses saillies, il se pose, avec des trémolos dans la voix, en victime. Il ne faut pas jouer aux Halladj quand on n’en a pas la classe. Faudrait-il blâmer ou excuser la morgue de ce cérébral à l’égard de sa propre société ? La question ne mérite même pas d’être posée ; ses siens ne l’entendent plus. Peut-être me suis-je gouré ? Possible, avec cette digression sur les couffins. Peut-être que les intellectuels sont appelés à mourir… avec cette histoire de fin de l’histoire. Peut-être qu’il m’aurait fallu chercher à comprendre l’intellectuel à partir de l’objet assigné à l’intellectualité ? Serait-ce une modernité à atteindre à partir de soi, sans être fermé à autrui, en explorant, avec des yeux vivants, le réel et sans se suffire de déductions linguistiques et sémantiques… ou à partir d’un paradigme, jugé universel, et en se reconnaissant dans l’image contrastée définie par autrui ? Pourquoi se casser les méninges ? Il doit exister sur la toile une application pour résoudre ces colles. Cherchons donc ! Je vous souhaite, entre-temps, une bonne année en espérant y voir l’intellectuel prendre la place qui lui sied. Rêvons, ce n’est pas encore interdit. Mais rêvons éveillés.

M.B                                                                                                           

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