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Moudjahid et ancien ministre  Abelaziz Maaoui n’est plus

Le Moudjahid et ancien ministre, Abdelaziz Maaoui, est décédé vendredi dernier à l'âge de 89 ans. Ce grand homme politique méconnu, né le 10 avril 1929 à Rabat, avait commencé son parcours de militant en étant encore étudiant. Il rejoindra la grève des étudiants en 1956 et les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN). Il occupera plusieurs postes de responsabilité, notamment en tant que cadre au ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG) sous la direction de Abdelhafid Boussouf. Il sera nommé ministre du Tourisme dans les années 70 et ambassadeur dans plusieurs pays dont les Etats Unis, l’Espagne et la Tunisie…Maoui Abdelaziz s’en va dans un anonymat total, la presse n'a évoqué ni sa disparition, ni son parcours exceptionnel et historique. Il fut le plus grand ministre de l'histoire du tourisme depuis 1962. 

Moudjahid et ancien ministre
Abelaziz Maaoui n’est plus

Le Moudjahid et ancien ministre, Abdelaziz Maaoui, est décédé vendredi dernier à l’âge de 89 ans. Ce grand homme politique méconnu, né le 10 avril 1929 à Rabat, avait commencé son parcours de militant en étant encore étudiant. Il rejoindra la grève des étudiants en 1956 et les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). Il occupera plusieurs postes de responsabilité, notamment en tant que cadre au ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG) sous la direction de Abdelhafid Boussouf. Il sera nommé ministre du Tourisme dans les années 70 et ambassadeur dans plusieurs pays dont les Etats Unis, l’Espagne et la Tunisie…Maoui Abdelaziz s’en va dans un anonymat total, la presse n’a évoqué ni sa disparition, ni son parcours exceptionnel et historique. Il fut le plus grand ministre de l’histoire du tourisme depuis 1962. 


Said Boukhelifa, opérateur, expert en tourisme, 1975-2018 et Président du SNAV, l’a connu comme son ministre de tutelle. Il nous en parle avec admiration et tristesse.

« MAOUI ABDELAZIZ ETAIT UN MONUMENT DU TOURISME ALGERIEN »

QUI ETAIT VRAIMENT ABDELAZIZ MAOUI ?

Tout d’abord, je voudrais souligner que cette triste et subite mauvaise nouvelle de sa disparition, nous a  surpris, nous tous les anciens des sixties et seventies, elle nous affligea aussi. Son décès un vendredi n’a permis qu’un tout petit nombre mis au courant d’assister à son enterrement, sinon une foule immense serait venue. C’était le père des années glorieuses touristiques que je viens de citer. En effet, il fut chargé par Houari Boumédienne de diriger ce secteur économique important de 1965 à 1977, soit pendant douze années. Durant la révolution, il fut instructeur à l’école des cadres de l’ALN, crée par Boussouf, patron du MALG. Le directeur était Laroussi Khalifa,f utur boss d’Air Algérie et du secteur des transports à l’indépendance. Parmi les stagiaires dans cette école, un jeune,  Abdelaziz Bouteflika (formation de contrôleur) et un certain Toufik M.

QU’ELLE FUT SON OEUVRE ESSENTIELLE ?
Son oeuvre colossale fut la construction de stations balnéaires d’Est en Ouest et d’une belle série  d’hôtels dans les Oasis (Erg oriental  et dans la Saoura (Erg occidental), le tout dans une architecture inédite et fit l’admiration des plus grands architectes du monde. Grâce à l’apport et l’implication de Fernand Pouillon, un architecte de génie. Ainsi un essaimage de structures d’hébergement furent ouvertes à El Kala, El Mourdjane 4*, le Plazza international (Seybouse), 5*, Annaba, Le Rocher (El Mountazah) Seraidi, 4*, Essalem Skikda, 4*, Chelia 4*, Batna, El Hidhab 3*, Setif, El Minzah Moretti 4*, Le Port (El Marsa) 4*, El Riadh 4*, El Manar 3*, les trois à Sidi-fredj, auxquels il faudrait  rajouter la marina, port de plaisance, le centre de vacances, et le fameux restaurant Le Vivier (où le poisson vivant était servit après avoir été prélevé dans un vivier special, à l’intérieur de ce restaurant.).
Egalement Le Sables d’Or Zeralda 4*, le Mazafran 3*, le Centre  européen de tourisme (Club Med)  4* de Tipasa, le complexe de Tipasa -Matarésh,hôtel La baie 4* (dans lequel la reine Elisabeth en compagnie de Chadli Bendjedid, dejeuna le 25 octobre 1982, après avoir visité les ruines romaines), l’hôtel Résidences 3*, plus des biungalows. Enfin, à l’Ouest, le complexe des Andalouses Oran, qui fut inauguré le 16 juin 1973 par le président Boumédiène .
Quand, on investit dans la pierre, on doit investir dans l’homme. Maoui pensa à la formation. Il fit ouvrir les instituts de Boussada et de Tizi-Ouzou en 1971, puis celui de l’Aurassi, en 1976, pour les managers et l’encadrement supérieur. Et il fit envoyer toute une kyrielle de jeunes se former à Beyrouth (1968-1970), Paris (67-68), Vichy(70-71),Thonon-les Bains(1970),Torino (1970), Munich(1968-1970)…etc
Quand la construction des hôtels fut terminée et la formation entamée, il fit ouvrir des représentations de l’ONAT, afin de faire connaître la destination Algérie, à Frankfurt(RFA), Stokholm(Suède) qui  nous avait valut des charters de scandinaves, les descendants des vikings qui séjournaient à Moretti et à la Madrague. Ainsi des suédois et des danoise, allaient danser le samedi soir au night Blue Note de la rue Didouche Mourad à Alger. Et à Londres, Paris et Bruxelles des bureaux furent également ouverts pour faire de la promotion.

IL ETAIT ENTOURE PAR QUELS HOMMES ?
Par des coopérants techniques comme Michel Daviaud et Annick Garnier, mais par beaucoup de nationaux, à l’image de Abdelkader Khalef, DG ONAT, qui, sur le terrain suivait le chantier monumental de la construction des hôtels sahariens et complexes balnéaires. Ce dernier fut le président de la JSK et le fondateur du Jumbo Jet. Kaid-Hammoud, DG Sonatour, Abderrahmane Berrouane DG ATA,Belgreine Bouhadjar, DG des complexes de Tipasa, Cherif Rabhia DG ETT (entreprise des travaux touristiques), Hafida Mansour-Chaouch, la pionnière, chargée de la promotion …et tant d’autres

QUELS RESULTATS POUR CETTE POLITIQUE TOURISTIQUE, INVESTISSEMENT, FORMATION, PROMOTION ?
Entre 1973 et 1978, tous  nos  hôtels balnéaires étaient complets, six mois à l’avance par les réservations des grands tour-operators européens (Neckerman-RFA, no 2 en Europe, Thomson Holidays (GB) no1 en grande Bretagne. Aussi, les agences françaises, Cosmovel, Transtours, Soleil Voyages, Grandes Vacances, Climat, les agences belges et Hollandaises, Sunair, Transair…etc. Nos hôtels du sud, étaient également pleins six mois à l’avance pour les vacances d’hiver et de printemps à travers les circuits de la boucle des oasis et celui de la Saoura. Nos expéditions dans le Hoggar et dans le Tassili, étaient réservées trois mois à l’avance. Nous travaillions de jour, comme de nuit car les charters bondés de touristes arrivaient en nocturne à Dar-El Beida.
Et ce travail nous plaisait beaucoup, car voir cette foule cosmopolite, belle et parfumée, arriver souriante, parlant des langues différentes était une fierté pour nous et pour l’Algérie. Il faisait bon et plaisir de faire un tour dans nos complexes touristiques, où régnait une ambiance internationale.

ET L AMBIANCE TOURISTIQUE DANS LES GRANDES VILLES ?
Je parlerai d’Alger où je vivais. Les restaurants étaient pleins de touristes, on y servait  librement “l’assiette anglaise »(jambon) et le civet de marcassin. Les restaurants étaient ouverts durant le ramadhan,l es étrangers y mangeaient, ainsi que des algériens. La libre de culte, le vivre-ensemble, le respect d’autrui. Alger était vraiment méditerranéenne ! La capitale était propre, les taxieurs courtois, corrects et donnaient une belle image de l’Algérie. Beaucoup de bars ouvraient jusqu’à 23h et ils étaient nombreux, des dizaines. 90% ont été obligés de fermer cette dernière décennie (quand le père décède, les héritiers se voient refuser le renouvellement de la licence autorisant la vente d’alcool.

QU EN PENSEZ VOUS DE LA SITUATION ACTUELLE ?
Sur le plan réceptif du tourisme international, c’est une catastrophe. Le balnéaire, il faut l’oublier à jamais à l’endroit des étrangers, qui ne viennent plus pour nos plages depuis 1990. Ils vont vers les autres pays de la Méditerranée (au nombre de vingt). Il nous reste plus que le tourisme saharien, où la culture touristique existe encore et qui a disparu au Nord depuis une trentaine d’années. Ensuite le tourisme culturel avec nos 21 sites romains, dont la majorité demeurent méconnus, à part Tipasa, Djemila, Timgad, Hippone. L’Algérie est la deuxième destination mondiale en termes de vestiges romains, après l’Italie avec son antique Rome.

VOUS ETES NOSTALGIQUE DE CETTE BELLE EPOQUE ?
Comment ne pas l’être. La nostalgie vous prend quand les promesses du passé ne sont pas rendues par le présent. Ces trois dernières décennies furent désastreuses, cette déplorable situation nous a  laissé que de la frustration et de l’amertume car ce fut un immense gâchis, cette richesse dormante inexploitée, que représentent nos immenses potentialités touristique. Le regretté défunt, notre grand ministre a dû partir avec une immense tristesse, de voir sa monumentale oeuvre abandonnée et rendue obsolète.
Merci de m’avoir questionné sur ce grand homme et sur ses réalisations. Il mérite au moins que son nom soit porté sur le fronton de l’école nationale supérieure du tourisme, qui fut son oeuvre et dont je suis issue, parmi les premières promotions.

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