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MON SENTIMENT SUR LA GRANDE MOSQUÉE d’ALGER.

À propos de la mosquée construite lors de la période Bouteflika beaucoup de choses ont été dites. Sur l'opportunité de cet édifice religieux d'abord. A l'époque, le régime l'a voulu prestigieux et représentatif de la grandeur du pays. Il a l'voulu également représentatif de l'unité de la nation et de son appartenance historique at l'ensemble islamique mondial

MON SENTIMENT SUR LA GRANDE MOSQUÉE d’ALGER.

Oran par : Mahmoud Siyoucef *

Membre fondateur de la Fondation Emir Abdelkader

A mes amis de la Fondation.
(Du fait du confinement, je vous propose de lire en attendant de nous voir Inchallah)

 À propos de la mosquée construite lors de la période Bouteflika beaucoup de choses ont été dites.

Sur l’opportunité de cet édifice religieux d’abord.

A l’époque, le régime l’a voulu prestigieux et représentatif de la grandeur du pays. Il a l’voulu également représentatif de l’unité de la nation et de son appartenance historique at l’ensemble islamique mondial

A-t-il réussi ?

Ce n’est pas l’objet de mon propos, mon propos est tout autre.

Il est personnel et n’engage que moi-même.

Je voudrais, si vous le permettez, raconter à mes amis, comment j’ai vécu ce projet.

Je me rappelle un jour que j’étais en voyage dans les années 80 au Maroc, j’ai vu un engouement populaire réel pour la construction de la mosquée Hassan II avec la participation financière de l’ensemble de la population sur la base de l’appel de leur Roi qui a choisi lui-même l’emplacement de la mosquée à l’endroit où un célèbre musulman (Moussa Ibn Nousseir) s’est arrêté devant l’océan Atlantique et a prononcé sa fameuse phrase historique.

Je me rappelle avoir vécu, je le confesse, un moment de jalousie vis-à-vis du Maroc, en pensant que le régime de l’époque (Boumediene) n’a pas entamé un si grand projet pour rehausser notre patrimoine culturel architectural et musulman.

Or, je m’étais complètement trompé. Boumediene avait lui-même lancé les études de ce projet.
Un projet d’étude d’une grande mosquée a été confié à un très grand architecte (Le Corbusier) pour lancer le projet.

C’est ainsi que Le Corbusier a dessiné les plans d’une très grande mosquée aux allures très moderne mais qui n’a pas été lancée du fait de la maladie de Boumediene.

Boumediene, à l’époque, voulais faire de la mosquée un projet futuriste dont il était très fier. Il n’était pas question de faire quelque chose de banal mais plutôt de marquer son régime, comme le font l’ensemble des chefs d’états (surtout les rois et les dictateurs) Mais le projet a été abandonné pendant longtemps et c’est après le début du règne de Bouteflika que l’idée de construire une mosquée s’est concrétisée.

Mon souvenir de la mosquée Hassan II m’a permis de croire que le projet va dépasser en qualité et en historicité celui du Maroc.

J’ai adhéré donc immédiatement à ce projet (contrairement à l’avis de beaucoup de mes amis et malgré mon hostilité au régime de Bouteflika)

Je n’ai jamais voulu donner mon point de vue pour plusieurs raisons et d’ailleurs, Bouteflika n’a pas réussi à faire admettre à l’opinion publique la nécessité d’une pareille construction. Au contraire, beaucoup de gens se sont élevés contre ce projet du fait de son coût et du fait de l’impopularité du régime.

Une des choses que je regrette le plus est qu’il n’a pas été fait appel à une participation populaire même symbolique comme cela a été fait au Maroc.

Malheureusement, l’étude a été faite très rapidement, presque dans l’urgence (du fait de la maladie de Bouteflika ?), et on n’a pas repris le projet du Corbusier. Pire, « l’architecte en chef » était… Bouteflika lui-même !

Contrairement à la structure moderniste de Boumediene, Bouteflika a préféré une structure beaucoup plus classique. Mais force et de reconnaître, que le choix de l’emplacement de la mosquée est extrêmement judicieux.

Je m’explique :

Le choix de Hassan II pour la construction de sa mosquée a été judicieux historiquement parlant (à l’endroit même où le grand Moussa Ibn Nossair a prononcé sa fameuse phrase en 703) et audacieux du point de vue technique.

Il a fait appel à des techniques de construction moderne (le Français Bouygues) et la mosquée est pratiquement construite sur l’océan ! De même qu’il a fait participer l’ensemble des artisans marocains.

En ce qui concerne l’Algérie, la mosquée est construite sur un endroit extrêmement historique et très riche en symbole.

C’est l’endroit où la fameuse armada de Charles Quint et du pape en octobre 1541 a échouée dans sa tentative d’occuper le pays en envahissant Alger et sa région.
Avec une armada composée de dizaines de milliers de soldats et de plusieurs centaines de bateaux, réunie par le pape et l’empereur Charles Quint ainsi que des Allemands des Italiens, des Maltais, en fait tout le monde chrétien ,(plus le royaume de koukou),ils vont tenter d’occuper le pays en s’attaquant à Alger, sa capitale. Ce fut un échec

Et cela a retenti dans tout le monde et a permis à l’Algérie de s’affirmer pour la première fois en tant que nation parce que, contrairement aux affabulations des pseudos historiens européens, ce n’est pas un orage qui a détruit l’Armada de Charles Quint mais c’est surtout l’arrivée de troupes de l’ensemble du pays autour d’Alger et des régions de Tlemcen (les Zianides) et d’autres tribunes berbères de l’est du pays.

C’est ce qui a permis aux 5700 habitants de La casbah d’Alger de battre et refouler les envahisseurs à l’endroit même de l’embouchure de l’oued El-Harrach sur la plage que l’on appelle aujourd’hui Lavigerie du nom d’un grand prélat catholique (et non pas général) venu christianiser l’Afrique par les fameux pères blancs qu’il a lui-même créés.
Sans cette bataille historique l’Afrique tout entière serait catholique comme l’a été l’Amérique du Sud.

Cela est un des faits historiques fondateurs de notre Nation.

Et, l’idée de construire un monument historique islamique dans cet endroit m’a beaucoup plu. J’en ai été enthousiasmé et je n’ai pas compris pourquoi les « intellectuels » algériens n’ont pas insisté sur la dimension historique et culturelle de cet édifice.
Il est vrai que nous manquons beaucoup d’ hôpitaux , ll est vrai que le régime est complètement pourri ,il est vrai que Bouteflika n’as pas construit cette mosquée pour des raisons nobles ou pour des convictions personnelles, mais surtout pour des raisons populistes et démagogiques .

Mais cela ce n’est pas mon affaire. D’ailleurs, dans le monde, beaucoup d’édifices et de monuments historiques ont été construits par des régimes qui ne sont pas en odeur de sainteté …
Ce qui importe, pour moi c’est un peu ce que j’ai raconté plus haut, à savoir que l’Algérie, grâce à cet édifice en face de la mer Méditerranée a répondu 5 siècles plus tard, à la tentative de l’envahissement par la chrétienté de notre pays et a la christianisation sauvage de l’Afrique

Trois siècles plus tard, ceux qui ont occupée 1830 Sidi Fredj et Alger n’ont-ils pas dit  » Alger nous revoilà ! « Mots graves sur une plaque en marbre qui est restée à la rue Bab Azoun jusqu’en…1962 ! faisant allusion à l’échec de Charles Quint, et en affirmant sans détour que la colonisation du pays est un élément de la continuité des croisades, et ce, depuis plusieurs siècles.

Voilà donc, ma réflexion sur cette mosquée d’Alger.

Je ne crois pas qu’elle soit partagée par une petite partie du Hirak que, par ailleurs, je respecte. Mais je suis sûr que, un jour ou l’autre, la population algérienne se sentira très fière d’avoir ce symbole qui est le rappel, non seulement de son appartenance à l’islam universel tolérant et moderne, mais aussi le reflet de la profondeur historique de son Etat et de sa place dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme qui ont appauvri le monde et détruit nombre de civilisations.

La mosquée d’Alger mérite de la part de nos historiens, qu’ils se préoccupent davantage de ses aspects culturels et historiques.
Elle doit être présentée en dehors de la politique au sens étroit du terme, et ne pas être l’objet de conflits politiques.

La préserver de la crise sociopolitique que nous vivons, en tant que musulmans tout court mais aussi en tant qu’Algériens.

Je suis convaincu, qu’avec une meilleure communication de la part du pouvoir, cette mosquée peut être un plus pour l’unité nationale, sans complexe, en dehors des idéologies et en dehors des arrière-pensées antireligieuses ou antinationales.

Voilà donc modestement présentée, ma réflexion sur la mosquée d’Alger que je n’ai pas voulu publier il y a plus d’un an, du fait que c’est un régime qui ne me paraissait pas adapté à un tel projet culturel.

Je me rappelle le discours du Président Abdelmadjid TEBBOUNE qui a été ministre chargé de sa construction de la mosquée

Lorsqu’il était candidat à la Présidence, il a fait un discours et, à propos de la mosquée, a mis en évidence le fait que l’endroit s’appelait Lavigerie, et que les opposants au projet sont inspirés par des forces étrangères …

En l’écoutant, j’ai pensé au discours de Hassan Tani et à mon voyage au Maroc. Mon sentiment de jalousie de l’époque, s’est transformé en fierté.

Je regrette si certains de mes amis ne pense pas comme moi, mais c’est la réalité de mes sentiments à la fois nationaux, religieux et culturels que j’ai voulu modestement exposer aujourd’hui. Cela n’a rien à voir avec la politique.

Et, pour paraphraser un grand écrivain Algérien, je dirai que la Grande Mosquée d’Alger doit être, comme l’Emir Abdelkader « au-dessus de la poussière médiocre des combats politiques »

M.SY

* Mahmoud Siyoucef : Ancien Wali et ancien inspecteur général au Ministère de l’Information et de la Culture, ce diplômé de science politique et de l’ENA n’a cessé depuis sa retraite de militer au sein de la société civile et du PFLN dont il est membre du Comité Central

 

 

 

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