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Mohamed Demagh  : Le « loup blanc » des Aurès est parti

Mohamed Demagh 

Le « loup blanc » des Aurès est parti

Par : Fayçal Charif

Le célèbre sculpteur Mohamed Demagh, non reconnu à sa juste valeur, n’est plus. Il est parti des suites d’une longue maladie à l’âge de 88 ans dans la grande discrétion et dans l’humilité qui avait toujours collée à sa personnalité et son tempérament. Joyeux, l’artiste rejoint ses amis, l’écrivain Kateb Yacine et l’artiste-peintre M’hamed Issiakhem.

Il était reconnu par ses pairs comme étant l’un des plus grands maîtres de la sculpture en Algérie et en Afrique. Son art, apprécié au delà de l’Afrique, était à part, unique, féérique. Un art considéré dans son pays seulement par les connaisseurs, son grand entourage et ses élèves.

Le « loup blanc » des Aurès, un surnom d’une profonde signification qu’on lui a prêté, était sans équivoque un grand sculpteur, un monument de la sculpture en Algérie qui s’est imposé par des oeuvres d’une extrême beauté et d’une finesse inégalable.

Mohamed Demagh était aussi révolutionnaire et moudjahid de la première heure. Né le 4 juillet 1930, il avait survécu, durant la guerre de libération nationale, en 1956, à un bombardement de l’aviation française lorsqu’il était au maquis dans les Aurès où 35 de ses compagnons avaient péri.Il avait 26 ans.

On dit que la sculpture s’est révélée à lui au maquis alors qu’il était combattant dans les rangs de l’ALN. On le voyait lors des rares heures de répit collecter du bois et sculpter avec des objets. Avec le temps, le goût de la sculpture s’est ancré en lui, et son art est devenu une sculpture-témoin des temps qu’il traverse.

Son père, instituteur, l’avait poussé de l’avant et encouragé dans ses études. Il avait fréquenté l’école technique d’ébénisterie de Hussein dey, mais à la fin de son cursus, il laisse tomber le métier de menuisier-ébéniste pour aller vers sa destinée, l’art de la sculpteur. Il y consacrera toute sa vie.

Mohamed Demagh est repéré après l’indépendance. En 1966 grâce à des oeuvres artistiques qui interpellent, son art s’impose. C’est l’année de sa consécration comme un grand artiste. Il enchaîne les expositions personnelles et collectives en Algérie et à l’étranger et enchaîne les succès. Il créé des oeuvres dans une inspiration qui lui vient du maquis. Son oeuvre « La Mère et l’enfant » a été primée au Festival Panafricain d’Alger en 1969 avec un premier prix mérité.

Depuis, il ne faisait que créer en fascinant son monde. Des années durant, dans des contextes parfois joyeux, parfois houleux de l’Algérie indépendante. Après les attentats du 11 septembre aux USA, il avait réagi en artiste libre et engagé en transmettant un message, une lecture, un signe, pour interpeller le monde. Toujours avec cette inspiration qui lui revenait du passé, il créé une incroyable œuvre à partir de débris de bombes qui datent de la Guerre d’Algérie, pour rendre un hommage à sa manière aux victimes algériennes du colonialisme et de la guerre.

Après des années de création, il a avoué qu’il y avait entre toutes ses oeuvres, une sculpture qu’il lui tenait à coeur et qu’il gardait affectueusement dans son coeur. Une oeuvre particulière et unique au grand sens et grandes sensations. Il faisait référence à « Tef’faha » une oeuvre qui portait une histoire personnelle liée aux souvenirs des parents de l’artiste.

Qui mieux que le regretté Tahar Djaout pour parler de l’artiste !

” Dans son atelier de Batna, Mohammed Demagh maintient le bois en éveil. Il le moule pour libérer l’élan qui sommeille sous la gangue pesante de l’écorce. Bois abattu auquel le sculpteur infuse une  nouvelle vie, communique une autre dynamique pour le lancer à la conquête de nouvelles formes et de nouvelles significations. La sculpture de Mohammed Demagh est à la fois une sculpture charnière et une sculpture-témoin. De la gravure populaire sur bois, elle a gardé la spontanéité et l’état quelque peu brut; des conquêtes plastiques actuelles, elle a adopté la liberté des formes et l’audace des expressions. Le corps de    l’objet sculpté devient un champ de cris et de signes où chaque observateur peut loger ses propres visions et sa propre lecture…”

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