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Mauritanie : S’achemine-t-on vers un coup d’état constitutionnel ?

En Mauritanie le mouvement invitant le Président Mohamed Ould Abdel Aziz à se présenter pour un troisième mandat en violation flagrante de la constitution, prend de l’ampleur avec depuis ce week end l’entrée des parlementaires dans la danse.

Mauritanie : S’achemine-t-on vers un coup d’état constitutionnel ?

Nouakchott : Par Bakari Guèye  

En Mauritanie le mouvement invitant le Président Mohamed Ould Abdel Aziz à se présenter pour un troisième mandat en violation flagrante de la constitution, prend de l’ampleur avec depuis ce week end l’entrée des parlementaires dans la danse.

En effet, certains députés de la majorité (près du tiers des membres de l’Assemblée Nationale) viennent de prendre l’initiative de proposer « un projet de révision des articles permettant au président de la République de se représenter pour un troisième mandat ».

Ces députés issus pour la plupart du Parti Union pour la République, le Parti au pouvoir, se donnent pour mission de trouver une astuce constitutionnelle afin de faire sauter les verrous qui empêchent l’actuel président de briguer un troisième mandat.

Si le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré plus d’une fois et à maintes occasion qu’il respectera la constitution du pays et qu’il ne briguera pas un troisième mandat, les bruits s’élèvent régulièrement, y compris au sein des membres du gouvernement pour demander au Président de rester au pouvoir.

Et curieusement ce dernier n’a jamais rappelé à l’ordre ses partisans les plus zélés, ce qui pousse certains observateurs à affirmer qu’il serait derrière toutes ces manœuvres.

Il y a aussi cette fameuse initiative qui a pour objectif de réunir un million de signatures et dont l’objectif déclaré est de demander au président Aziz de se présenter pour un troisième mandat, quitte à violer la constitution et à faire fi de son serment sur le saint coran.

D’ailleurs cette initiative est très active depuis plus d’un an. Elle a placardé des photos géantes du Président sur les principaux axes de la capitales, des photos sur lesquelles on peut lire, oui pour troisième mandat du Président Aziz.

Autre signe révélateur, c’est la prolifération ces derniers jours de ce qu’on appelle ici les initiatives régionales pour le soutien au Président Aziz. Il s’agit de gigantesques kermesses organisées à tour de rôle par les cadres de chaque région, en présence parfois de milliers de personnes et qui après les discours dithyrambiques mettant en exergue « les réalisations du Président » lancent un appel ce dernier à se présenter pour un troisième mandat.

Et pour revenir à cette initiative des parlementaires de la majorité, notons que le document élaboré par ces députés et qui est largement diffusé sur les réseaux sociaux  propose une modification partielle des articles verrouillés, notamment l’article 99 en plus de la modification du paragraphe 4 de cet article relatif notamment à l’entité de l’état, ses limites territoriales, la nature du régime et le caractère multipartite du système du pouvoir en Mauritanie.

La modification proposée supprime une grande partie du texte initial qui limite le nombre de mandats verrouillés en vertu de l’article 28.

Cette initiative ne fait pas encore l’unanimité au sein du parlement Mauritanien même si des députés influents comme Mr Ghassem Bellali, le député-maire de Nouadhibou font partie des signataires.

En effet, des députés de la majorité se sont déclarés opposés à cette initiative et certains d’entre eux, affirment qu’ils croient le Président Aziz qui a toujours déclaré qu’il respecterait la constitution et qu’il ne briguera pas un troisième mandat.

Par ailleurs, des blogueurs parmi lesquels figurent des soutiens du régime et du parti au pouvoir ont rejeté cette initiative et certains d’entre eux sont sortis tard dans la nuit du samedi pour la dénoncer devant le parlement.

Au niveau des parlementaires de l’opposition, on prend l’affaire très au sérieux. C’est dans ce cadre qu’une réunion d’urgence dans la nuit du dimanche 13 janvier, devait plancher sur la question dans  les locaux du parti islamiste Tawassoul.

L’objectif affiché de cette réunion c’est de discuter de la nouvelle situation politique du pays et étudier les voies et moyens à prendre devant ce qu’ils ont qualifié d’un « Coup d’État constitutionnel en perspective ».

Pour le professeur de droit Lô Gourmo Abdoul, Enseignant de droit public à l’Université du Havre et vice-Président chargé de la communication et des relations internationales de l’Union des Forces Progressistes (UFP), une modification constitutionnelle permettant au Président Aziz de briguer un troisième mandat est impossible, sauf coup d’État juridique.

Et Mr Gourmo d’ajouter qu’ « Une modification du nombre de mandats Présidentiels aurait des conséquences au-delà de la Mauritanie. Les chancelleries ont manifesté leur désir de voir respecter le principe de deux mandats seulement. »

Pour sa part, l’homme d’affaires mauritanien en exil à l’étranger et bête noir du président Aziz a lancé un appel aux mauritaniens ce 12 janvier, un appel à la résistance au coup d’Etat contre la Constitution.

Dans ce appel Mohamed Ould Bouamatou déplore : « La gestion désastreuse du régime au cours de ces dix dernières années s’est soldée par un échec retentissant sur tous les plans.

Les richesses minières et halieutiques ont été bradées au profit d’une poignée d’intermédiaires et de prête-noms qui accumulent des fortunes immenses au moment où la majorité des Mauritaniens vit dans l’extrême pauvreté, sans accès au service minimum de santé et d’éducation. » Et pour ce faire Mr Bouamatou déclare :

« Je lance un appel aux partis politiques, aux syndicats et aux organisations de la société civile pour prendre part à la résistance du peuple contre la tentative désespérée du dictateur de rester au pouvoir. J’appelle tous les jeunes et tous les citoyens attachés à la liberté et à l’alternance démocratique à résister à ce nouveau coup d’Etat contre la Constitution en occupant le parlement afin de défendre les acquis démocratiques arrachés de haute lutte par notre peuple au prix d’efforts et de sacrifices vaillamment consentis par des générations de Mauritaniens depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. »

Quoiqu’il en soit, cette tentative de forcing constitutionnel fera courir un grand risque à la Mauritanie, un pays qui se débat dans une crise politique depuis près d’une décennie et qui espérait enfin s’en tirer sans trop de dégâts et repartir sur de nouvelles bases surtout avec l’exploitation toute proche des énormes réserves gazières qui attisent les convoitises.

B.G

 

 

 

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