AFRIQUEMaghrebNewspolitique

Mauritanie : Marche citoyenne contre le discours de la haine et l’extrémisme

Mauritanie : Marche citoyenne contre le discours de la haine et l’extrémisme
 
Nouakchott par : Bakari Guèye

Des milliers de mauritaniens sont descendus très tôt ce mercredi 09 janvier dans les rues de la capitale pour prendre part à une marche citoyenne contre le discours de la haine et l’extrémisme.

Le pays dans son ensemble a vibré au rythme de cette marche à laquelle a pris part le président de la République Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz et les membres de son gouvernement ainsi que les fonctionnaires de l’administration.

Ainsi cette journée du mercredi a été déclarée chômée et payée selon un communiqué de la Présidence.
Dans un communiqué de presse rendu public le 03 janvier dernier, le cabinet du premier ministre avait annoncé l’organisation de cette marche « visant à manifester avec force et détermination une position nationale unifiée contre tout ce qui est de nature à compromettre la cohésion et la solidarité entre les composantes de notre peuple. »
Selon ce communiqué l’objectif visé c’est de: « manifester avec force et détermination une position nationale unifiée contre tout ce qui est de nature à compromettre la cohésion et la solidarité entre les composantes de notre peuple et de réitérer notre attachement à la cohésion nationale et à la défense des valeurs de tolérance et de cohabitation pacifique. »
La marche a été clôturé par un meeting populaire du président Ould Abdel Aziz qui a brandi des menaces à peine voilées à l’encontre de ceux qui appellent et vulgarisent le discours de la haine.
Le Président mauritanien a invité ses compatriotes à « se dresser contre le discours de la haine et de l’incitation à la division et à s’engager pour la préservation de la cohésion nationale, à la défense des valeurs de tolérance et du vivre ensemble dans un climat de paix et de sérénité qui ont fait la réputation de notre peuple. »
Il a affirmé que « la Mauritanie est un Etat sécurisé et stable qui se développe constamment dans tous les domaines, ce qui requiert de notre part de contribuer, tous, à le protéger contre les propagateurs de l’extrémisme, de la criminalité et de la dislocation. »
Une marche diversement appréciée
Cette marche a attisé les divisions au sein de la classe politique et la société civile.
Du côté du bloc de l’opposition dialoguiste, on a jugé que «la participation de tous est indispensable car il s’agit d’un devoir national ». Ce bloc estime que : « les discours de haine nuisible a la cohésion nationale » sont à combattre avec la dernière énergie.
Pour sa part, dans une déclaration datée du 6 janvier 2019,le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), le principal regroupement de l’opposition mauritanienne, a décliné la participation à cette marche « que conduira le chef de l’Etat et pour laquelle tous les moyens de l’Etat ont été mobilisés, et pour laquelle l’administration, les hommes d’affaires et les opérateurs sociaux ont été ameutés. » souligne le communiqué qui : « S’étonne de cet intérêt tardif pour l’unité nationale de la part d’un régime qui vit les derniers jours de son règne, après qu’il ait passé plus d’une décennie au pouvoir, sans aucun projet de société unitaire visant la consolidation de l’unité nationale et le renforcement de la cohésion sociale.»
Autre levée de bouclier, le Département de la Communication du Rassemblement des Forces Démocratiques(RFD), parti du redoutable opposant Ahmed Dadah a dans un communiqué datée du 07 janvier effacé d’un revers de la main les inquiétudes du pouvoir en affirmant :
« Nous considérons qu’il n’y a aucune forme de haine entre nos composantes nationales, ni parmi les patriotes, leaders nationaux ou d’opinion, malgré les manipulations entretenues ces derniers temps par des milieux inconnus. Le peuple mauritanien reste attaché, dans toute sa diversité, aux idéaux de fraternité, de coexistence pacifique, de liberté et de dignité »
Et le communiqué d’ajouter : « Durant tout son règne, le régime en place s’est focalisé sur le pillage des richesses du pays, affamant ainsi ses citoyens et érigeant l’injustice et la frustration en véritable système. »
Même son de cloche chez l’AJD-MR, autre formation de l’opposition radicale qui, dans un communiqué de son Bureau Politique en date du 07 janvier note que : « Le racisme en Mauritanie est l’émanation de l’Etat lui-même qui, en plus d’avoir été directement responsable d’un génocide physique et biométrique sur les populations noires, en fait preuve de manière éclatante dans ses recrutements. Il n’est pour s’en convaincre qu’à regarder la composition ethnique des élèves de l’Ecole militaire, des membres du gouvernement ou celle des dirigeants des corps constitués de l’Etat. »
Du côté des organisations de défense des droits de l’homme, on a noté le refus du FONADH (un des principaux regroupements des ONG des Droits de l’homme) de participer à cette marche.
Le FONADH estime dans son communiqué rendue public le 07 janvier que : « D’une façon plus générale, la situation des droits humains ne cesse de se détériorer, de nombreux citoyens sont quotidiennement victimes de discrimination et ne peuvent pas avoir accès aux pièces d’état civil, les rafles arbitraires dans les quartiers périphériques.
Cette discrimination touche de façon plus marquée les communautés noires qui sont exclues des postes de décision, de l’armée, instituions éducatives telles que : les écoles d’excellence les réduisant à des catégories de seconde zone. »
Quoiqu’il en soit, après cette marche on n’est encore loin de sortir de l’auberge et les problèmes demeureront tant qu’il n’y aura pas des actes concrets tendant à réconcilier les mauritaniens avec eux-mêmes.
B.G
Montrer plus

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer
Fermer
%d blogueurs aiment cette page :