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Mauritanie : Libération du député anti-esclavagiste

Le député d’opposition antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid a recouvré la liberté le 31 décembre au soir après un procès expéditif et rocambolesque qui s’est poursuivi tout au long de la journée du lundi, dernier jour de l’an.

Mauritanie : Libération du député anti-esclavagiste Nouakchott par : Bakari Guèye   Le député d’opposition antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid a recouvré la liberté le 31 décembre au soir après un procès expéditif et rocambolesque qui s’est poursuivi tout au long de la journée du lundi, dernier jour de l’an. En prison depuis le 7 août dernier pour une plainte du journaliste Dedah Abdalah avec comme chef d’accusation « atteinte à l’intégrité d’autrui et menace d’usage de la violence », le député a écopé d’une peine de six mois de prison dont deux mois ferme, une peine qu’il a déjà purgée. Le procès du tonitruant député fut très agité. Ses militants avaient pris d’assaut le tribunal dès les premières heures de la matinée grillant la politesse aux forces de police qui ont eu du mal à les contenir. Un procès qui s’est donc tenu sous haute pression et à un moment où les discours de la haine et les risques de confrontation intercommunautaires ont provoqué l’émoi de tous les Mauritaniens et sonné le glas de la mobilisation de la classe politique nationale qui, à l’initiative du Parti au pouvoir s’apprête à organiser dans les tout prochains jours une grande marche à Nouakchott en faveur de l’unité, une marche contre la violence, la haine et le racisme. Pour les avocats de la défense, ce procès est nul et non avenue car Birame est un député et il jouit d’une immunité parlementaire qu’il conviendrait de lever au préalable. Donc pour ces avocats, le dossier de leur client devrait être renvoyé au parquet. Après concertation le tribunal a rejeté les interjections en appel de la défense et a décidé de poursuivre le procès. C’est alors que Birame a demandé de se concerter avec ses avocats qui avaient décidé de quitter la salle peu avant. Puis, s’adressant aux juges il a qualifié la justice Mauritanienne de tous les maux, entre autres d’être inféodée au pouvoir qui l’utilise pour régler ses comptes avec ses opposants. L’accusé a demandé alors à ses avocats et au public de quitter la salle et il a tourné le dos à ses juges refusant tout dialogue avec eux. Malgré tout le procès s’est poursuivi devant les soutiens du journaliste à qui le tribunal a donné la parole. Il a d’emblée réitéré ses accusations mais, coup de théâtre, il va annoncer le retrait de sa plainte en tant que partie civile, car dit-il : « Mon objectif ce n’est pas d’emprisonner Birame mais de sauver mon honneur et celui de la presse et faire savoir à tous que les journalistes sont capables d’intenter un procès à tous ceux qui les maltraitent ». Et après une longue plaidoirie de l’avocat Général mettant en exergue les délits contre l’accusé, le verdict a été prononcé. Ce verdict a été bien accueilli par l’opinion publique Mauritanienne et notamment par tous ceux qui sont épris de justice et de paix pour ce pays à l’équilibre social fort fragile. Quant au principal concerné, le député Birame Dah Abeid, il a déclaré à la presse, je cite : « Je n’ai jamais commis de crime. C’est une manigance des services de renseignement, avec la complicité des juges qui sont inféodés au pouvoir politique ». Montée inexorable d’un révolutionnaire Aujourd’hui, le député Birame Dah Abeid est la bête noire du régime Mauritanien et de l’establishment local en général. Sa tentative de déconstruire le système en place en Mauritanie en y intégrant les classes marginalisées et notamment les haratines, anciens esclaves affranchis suscite une grande peur au sein d’une classe dominante qui face à ses assauts répétés et à son activisme débordant tant sur le plan national qu’international sera obligée de céder au risque de plonger le pays dans le chaos. En effet, ces classes marginalisées sont de plus en plus regardantes sur leurs droits et l’audace de la jeunesse montante au sein de ces classes populaires devrait donner à réfléchir à tous ceux qui dirigent ou dirigeront le pays dans un proche avenir. A noter que depuis qu’il s’est lancé dans la bataille de la lutte contre l’esclavage, l’homme a fait du chemin. Ce succès, il le doit certainement à la justesse de la cause qu’il défend, une cause dans laquelle semble se reconnaitre la plus grande frange de la composante haratine (maures noirs) qui constitue un poids démographique énorme. L’homme qui ne manque pas d’audace est passé outre toutes les voies traditionnelles de contestation et de lutte en adoptant sa propre méthode basée sur la provocation et les attaques frontales contre l’establishment féodal et religieux qualifié de « noyau dur de l’esclavagisme » en Mauritanie. Et c’est une méthode qui lui réussit bien car, elle commence à porter ses fruits. C’est ainsi qu’en juin 2014, Birame qui s’était présenté à la Présidentielle face au Président en place a recueilli un peu moins de 10%, un score énorme malgré le manque de transparence avérée de cette élection boycottée par l’opposition radicale. Cette deuxième place à la Présidentielle et le prix offert par l’ONU ont fini par rendre l’homme incontournable. Et le fait qu’il défende une cause juste -l’esclavage est bien là en Mauritanie et ce malgré les dénégations de certains intellectuels et de la classe dirigeante-donne des sueurs froides au régime en place soucieux de perpétuer la domination d’une classe qui serait, quoiqu’il en soit obligé d’être amené un jour ou l’autre à partager le pouvoir avec les autres composantes du peuple mauritanien. Notons qu’en 1989, le pouvoir du Président Taya confronté à des fantasmes diaboliques avait perpétré une tentative de génocide contre les Mauritaniens noirs d’origine Africaine, une entreprise barbare qui avait lamentablement échoué. Les ténors de ce régime dictatorial s’étaient enfin rendu à l’évidence : qu’ils le veuillent ou non, ces Mauritaniens noirs d’origine Africaine avaient leur place ici dans ce pays qui est le leur et il fallait apprendre à composer avec eux. Espérons qu’avec les « haratines », on ne retombera pas dans les mêmes erreurs ! B.G
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