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Mauritanie – Droits de l’homme  :  Des esclaves battus à mort par leurs maîtres

Une nouvelle affaire d’esclavage défraie la chronique en Mauritanie où dans la localité de Modibougou, situé dans la région du Hodh Charghi, à l’Est du pays, sur la frontière Malienne, des esclaves ont été attaqués dans leurs maisons et passés à tabac par des bandes de jeunes à la solde de leurs prétendus maîtres.

Mauritanie – Droits de l’homme   

Des esclaves battus à mort par leurs maîtres

Nouakchott par : Bakari Guèye  

Une nouvelle affaire d’esclavage défraie la chronique en Mauritanie où dans la localité de Modibougou, situé dans la région du Hodh Charghi, à l’Est du pays, sur la frontière Malienne, des esclaves ont été attaqués dans leurs maisons et passés à tabac par des bandes de jeunes à la solde de leurs prétendus maîtres.

Tout a commencé avec le passage à tabac du vieux F.C qui venait de débarquer fraîchement de la France pour venir au chevet de sa sœur malade.

Le vieil homme accusé de rébellion contre le statut de ses parents esclaves a été pris à parti par des jeunes en furie et lynché sauvagement.

L’affaire avait été réglé à l’amiable sur intervention de la tribu voisine des Oulad Nasser mais le village de Modibougou connaîtra une autre attaque plus violente encore menée par des bandes organisées qui se sont attaquées aux femmes, aux enfants, aux vieux et aux jeunes, dévastant tout sur leur passage et semant la peur et la désolation chez des villageois abandonnés à leur triste sort.

Monsieur Baliou Coulibaly, Président d’un collectif de lutte contre l’esclavage en milieu soninké, s’inquiète de la lenteur de la justice et de l’indifférence des autorités locales qui tardent à prendre les mesures qui s’imposent pour voler au secours de ces paisibles citoyens qui vivent un danger permanent et qui peuvent être attaquées à tout moment.

Pour Mr Coulibaly, les coupables doivent être arrêtés et sévèrement punis.

Notons qu’au cours de la dernière attaque menée, la police a arrêté cinq assaillants en plus de deux autres personnes jugées innocentes, des victimes en fait, une manière pour les autorités d’étouffer l’affaire en la présentant comme une banale bagarre, s’insurge Mr Coulibaly.

Ce dernier invite les « féodaux » à lâcher du lest en dépassant le statut-quo et dénonce l’attitude complice des intellectuels « soninkés » (une des quatre communautés présentes en Mauritanie) face à cette barbarie, « une attitude dit-il qui est contradictoire par rapport à la religion et aux lois en vigueur dans le pays ».

Un arsenal juridique pas encore dissuasif

Officiellement l’esclavage n’existe pas en Mauritanie. Il a été aboli en 1981 et ce pays a pratiquement ratifié toutes les lois et conventions internationales concernant l’esclavage et les droits de l’Homme. Seulement sur le terrain la réalité semble être toute autre. Parmi les mesures prises par les autorités Mauritaniennes pour éradiquer ce qu’elles appellent les séquelles de l’esclavage, on peut citer :

  • Le décret instituant les trois tribunaux spéciaux pour réprimer les crimes d’esclavage à Néma, Nouakchott et Nouadhibou,

  • La loi 031/2015 portant criminalisation de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes à 20 ans de prison au lieu de 10 ans précédemment

  • La loi 048/2007 criminalisant l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes,

  • L’ordonnance 81-23 portant abolition de l’esclavage et indemnisation des maitres d’esclaves,

  • La Constitution de 1961 qui déclare que tous les Mauritaniens naissent égaux en droits et devoirs

  • La Feuille de route des 29 points des Nations Unies de mai 2014,

 

  • Les Conventions internationales de 1926 et de 1936 signées et ratifiées par la Mauritanie par lesquelles elle s’engage à mettre fin définitivement à l’esclavage et aux pratiques esclavagistes.

Et en 2007, on a assisté à la promulgation de la loi 048/2007 criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes.

Puis, en 2015, la loi 031/2015 déclara l’esclavage comme un «crime contre l’humanité ».Cette loi porta les peines d’emprisonnement de 10 (dix) ans au minimum et de 20 (vingt) ans au maximum.

C’est cette loi qui instaura les tribunaux spéciaux chargés de juger les crimes d’esclavage. Et jusque-là malgré un début d’opérationnalisation très timide, ces tribunaux tardent à sévir contre les auteurs d’actes d’esclavage.

Toujours en 2015, le Conseil des Ministres a pris une décision le 2 avril. Il s’agit de l’examen et l’adoption du projet de loi abrogeant et remplaçant la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

Ladite loi a été remise au goût du jour en tenant compte des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie.

La même année il y a eu la fameuse fatwa décrétée le 31 mars par l’Association des oulémas de Mauritanie, qui est étroitement amarrée au pouvoir en place.

Cette fatwa stipule que : « A dater de ce jour, mardi 31 mars, l’esclavage en Mauritanie n’a plus aucun fondement légal au regard de la charia. »

Notons qu’en prélude à cette fatwa, l’érudit Hademine Ould Salek, imam de la mosquée Ibn Abbas de Nouakchott avait déclaré en février de la même année lors d’une conférence sur le sujet qu’au vu de la loi islamique (charia), il n’existe aujourd’hui aucun esclave en Mauritanie. Et l’imam de préciser : « Nous devons savoir que nous sommes tous libres et égaux devant Dieu et devant la loi. Celui qui réduit aujourd’hui un homme en esclavage doit savoir qu’il exploite un homme libre comme lui, et il doit se repentir pour laver cet énorme péché. »

La mise en place de cet important arsenal juridique est certes une bonne chose, reste à savoir si toutes ces lois ne vont pas continué à rester lettre morte.

Ainsi, la question de l’esclavage continue à déchaîner les passions en Mauritanie où ce fléau des siècles obscurs a encore droit de cité.

Le phénomène qui plonge ses racines dans la société mauritanienne touche majoritairement la frange harratine, une composante importante de la société maure. Longtemps étouffée, la question de l’esclavage est aujourd’hui propulsée au-devant de la scène, et ce, grâce à l’activisme de certaines associations de la société civile et notamment le mouvement IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie) dont le leader, Birame Ould Dah Abeid croupit actuellement en prison.

Face à une pression devenue de plus en plus insoutenable, le gouvernement Mauritanien s’est vu obligé de lâcher du lest.

C’est ce qui explique la batterie de mesures prises ces dernières années pour essayer de parer au plus pressé.

Le processus de toilettage des textes vient compléter la feuille de route élaborée par le gouvernement en étroite collaboration avec les instances spécialisées de l’ONU. Cette feuille de route qui tient lieu de stratégie de lutte contre l’esclavage engage le gouvernement mauritanien à inverser la tendance en permettant aux personnes victimes d’esclavage ou de ses séquelles de s’arrimer au reste de la société avec tout ce que cela implique comme droits (éducation, santé, accès à l’eau potable…)

Notons que le Président Américain a décider récemment de retirer la Mauritanie de l’initiative AGOA à compter du 1er janvier 2019.

Mr Trump justifie sa décision en ces termes : « la Mauritanie n’a pas suffisamment progressé dans la lutte contre le travail forcé, en particulier le fléau de l’esclavage héréditaire ».

B.G

 

 

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