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Louisette Ighilahriz : ” Je démissionne…”

Louisette Ighilahriz. Moudjahida, membre démissionnaire du tiers présidentiel du Conseil de la nation : « Le Président est pris en otage par un groupe »

Louisette Ighilahriz. Moudjahida, membre démissionnaire du tiers présidentiel du Conseil de la nation : « Le Président est pris en otage par un groupe »

El Watan

Vous avez décidé de démissionner de votre poste de sénatrice du tiers présidentiel en protestation contre le 5e mandat. Qu’est-ce qui motive cette décision ?

Je ne suis pas convaincue de ce mandat, et donc je suis contre. Une chose est claire : ce n’est pas le Président qui parle, c’est un groupe qui parle en son nom. Je me réfère à trois déclarations : la sienne quand il a dit à Sétif : «Tab Dj’nana» (Nous sommes fatigués). Il y a eu celle de sa sœur  après son AVC : «Wach rakoum ta3amlou fi khoya» (Qu’est-ce que vous faites à mon frère), il y a aussi les propos de ses frères : «On n’est pas d’accord avec ce qui se passe à la Présidence»…
Après ma désignation dans le tiers, j’ai essayé du mieux que j’ai pu de régler des problèmes. Mais la situation est tellement délétère… Je suis fatiguée. Je garde toutes mes facultés, mais je ne peux pas voter pour quelqu’un d’invisible. Le Président est pris en otage. J’ai tout perdu, mais il me reste ma dignité et les principes que m’ont inculqués mes parents. Je ne peux pas me mentir. Et je ne peux pas défendre ce mensonge. Au moins qu’il sorte et nous dise : «Votez pour moi !»
Le Président ne se manifeste publiquement qu’une ou deux fois par an et pour de très courtes apparitions de trois minutes. Le 4e mandat finit très mal, avec l’affaire de la cocaïne, la «chkara», la mise sous mandat de dépôt des généraux-majors et la présence à nos portes du FMI (Fonds monétaire international) parce que les réserves de change ont fondu…
A ceux qui nous parlent des réalisations, nous disons que vous ne nous dites pas toute la vérité. Il y a eu certes quelques réalisations. Mais nous savons que l’argent est parti à l’étranger, à Paris, en Espagne, à Abu Dhabi, dans des banques en Italie…

Quand allez-vous formaliser votre décision ?
Mentalement, je l’ai prise il y a six mois. Je la concrétise aujourd’hui. Mon problème est que je ne sais pas à qui je dois la remettre. A celui qui ma nommée ou à celui qui m’«emploie», c’est-à-dire la présidence du Conseil ? Moi, en tout cas, je suis démissionnaire à partir d’aujourd’hui (hier). Ma déclaration est écrite et je la remettrai tout à l’heure (en fin de matinée d’hier, ndlr).

Vous avez été désignée, en février 2016, au titre du tiers présidentiel. Que gardez-vous de cette expérience ?
J’ai fait ma toute petite expérience au Conseil de la nation. J’ai cru bien faire mon travail en réglant quelques problèmes sociaux. Mais dans ce Conseil, nous sommes, comme a dit l’autre, des soldats de plomb. J’approuve ce constat. Il nous est demandé de marcher sans trop nous poser de question.

Quels sont les problèmes que vous avez dénoncés ?
Rien n’est fait, par exemple, pour faciliter l’investissement. Qu’ils nous disent pourquoi ils refusent qu’Issad Rebrab s’installe en Algérie. On lui ferme toutes les portes. Est-il un harki ? A-t-il volé ?… A côté, la «chkara» a pris de l’ampleur. Nos services de sécurité doivent agir. Ils ont les moyens, ils peuvent mener à bien leur travail. Je les en félicite. Qu’ils continuent à le faire.

Comment réagissez-vous à la situation de blocage dans l’autre Chambre, l’APN, suite à la décision de certains députés de la majorité présidentielle de destituer le président de l’Assemblée, Saïd Bouhadja ?
L’opération est illégale et anticonstitutionnelle. Il faut se rappeler que deux mois auparavant, ces mêmes députés ont applaudi leur adversaire d’aujourd’hui. Bouhadja est un vrai moudjahid. C’est lui qui a placé tous ces individus qui s’en prennent aujourd’hui à lui. Moi, je lui apporte tout mon soutien. Il faut cesser cette mascarade !

Que dites-vous à vos collègues du Sénat ?
J’ai envie de dire qu’il y a des gens bien dans ce Conseil. Quelques-uns ont des valeurs intellectuelles et morales. Ce sont des gens propres, probes et purs. Et je leur rends un hommage appuyé. Ce n’est pas le cas de la majorité. Moi, j’ai pris ma décision. J’ai tout perdu. Mais je garde toujours ma dignité et je tiens à la préserver.

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