Analyse

Les Kurdes à nouveau victimes de la «realpolitik»

Les Kurdes à nouveau victimes de la «realpolitik»

Par : Kharroubi Habib

Entre la Turquie puissance régionale dont ils ne mésestiment pas la pesanteur de son rôle sur leurs calculs géopolitiques au Proche et Moyen-Orient, de surcroît faisant partie de l’Alliance atlantique (OTAN ) et les Kurdes Syriens qu’ils ont enrôlés dans leur coalition anti-Daech, les Occidentaux ont choisi d’abandonner ces derniers qui subissent l’offensive lancée contre eux par les forces armées d’Ankara dans l’enclave Syrienne d’Afrine aux mains de leur milice des «unités de protection du peuple» (YPG). Les platoniques protestations et mises en garde qu’ils ont adressées à la Turquie ne doivent pas faire illusion quant à la réalité de ce choix.

Les Kurdes ont font l’amer constat en étant seuls face au rouleau compresseur de la machine de guerre turque. Ils ont eu beau interpeller ces Occidentaux et quêter des gestes de leur part qui dissuaderaient Ankara de poursuivre son opération militaire, ils n’ont obtenu d’eux en retour que des déclarations dévoilant cyniquement qu’ils n’ont nulle intention de rompre et encore moins d’entrer en confrontation ouverte avec leur allié atlantiste en leur apportant un quelconque soutien. Ce n’est pas en mettant Washington ou toute autre capitale occidentale devant «l’obligation morale» dont ils les estiment tenus de «protéger la démocratie et le système démocratique» pour lesquels ils se battent que les Kurdes syriens obtiendront d’eux ce qu’ils ont désespérément réclamé.

Recep Tayyip Erdogan en est si convaincu qu’il affiche désormais l’intention turque d’élargir l’offensive militaire de son armée en cours dans l’enclave d’Afrine aux autres zones du nord de la Syrie sous contrôle kurde. Et il y est d’autant plus résolu que les Américains dont il a ignoré les pressions ont publiquement admis qu’ils «comprenaient» le droit de la Turquie à protéger sa sécurité nationale. Ce qui en l’occurrence signifie qu’ils admettent comme soutenu par Ankara que les Kurdes syriens constituent une menace pour celle-ci avec leur projet d’établir sous leur autorité une fédération autonome dans le Nord syrien autoproclamée «Rojava».

Washington a fait plus pour ne pas envenimer les rapports américano-turcs qui se sont tendus quand l’administration Trump a paru déterminée d’aider les Kurdes syriens à réaliser ce projet. Les Américains ont en effet annoncé qu’ils mettent fin à l’aide militaire et logistique qu’ils fournissent à ces derniers. Les Kurdes syriens ont eu beau avoir été d’indispensables auxiliaires de la coalition anti-Daech menée par les Etats-Unis, ils sont néanmoins sacrifiés par celle-ci sur l’autel de la «realpolitik» dont le conflit syrien révèle les plus abjects aspects.

Le silence et l’indifférence que les Kurdes syriens récoltent de la part de leurs prétendus protecteurs occidentaux en sont l’un des plus ignobles. Pour ne pas avoir tenu compte des limites que leur impose la «realpolitik» à la base de la conduite des acteurs agissant dans le conflit syrien et le grand jeu géopolitique qui l’a déclenché, les Kurdes syriens comme irakiens en payent à nouveau un lourd prix et voient s’anéantir leur aspiration à la constitution d’un Etat kurde dont les Occidentaux leur font miroiter la possibilité à chaque fois qu’ils s’en prennent à un Etat de la région où leur communauté est présente et brimée dans les droits qu’elle revendique.

KH.H

 

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