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L’artiste photographe Stéphane Couturier : « Alger, la ville par excellence » Le Nouvel Observateur

L’artiste photographe Stéphane Couturier  : « Alger, la ville par excellence » Le Nouvel Observateur

Propos recueillis par : Sylvie Duyck 
« Paris Photo » a ouvert ses portes du 10 au 13 novembre sous la verrière du Grand Palais. Loccasion de rencontrer une des figures de la photographie plasticienne Française, Stéphane Couturier, qui présente une partie de son travail sur le quartier algérois de Bab El Oued. Interview.

 Que montrez-vous à « Paris Photo » ?

La galerie particulière avec laquelle je travaille depuis un an me consacre une sorte de one-man-show. Nous montrons des extraits de mes séries sur Alger, une ville que je photographie depuis 2011, et qui est pour moi la ville par excellence, où les strates de l’histoire sont encore visibles. Les images que j’expose ici ont toutes pour point commun le quartier de Bab El Oued, ce quartier populaire d’Alger qui s’est construit à la fin du 19e siècle par l’apport de populations diverses, autochtones et Européennes.

Ces lieux exercent sur moi une véritable fascination. Par leur beauté un peu défraîchie, mais aussi parce qu’ils concentrent tout ce que j’explore dans mon travail : l’architecture, l’histoire, l’humain. Je m’intéresse à la façon dont les habitants se sont appropriés cette architecture.

Certains bâtiments qui datent des années 1920 ont une esthétique post-haussmannienne. On pourrait se croire à Marseille. D’autres, comme la cité Climat de France, ont été construits dans les années 1950 par l’architecte français Fernand Pouillon.

Qu’est-ce qui vous frappe dans ces lieux et que vous souhaitez restituer  ?

– Quand vous êtes dans ces rues, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il y a énormément de monde. On est saisi par le bruit, les parfums d’épices, de kebab, les couleurs. Sur les façades, les rideaux, les fenêtres closes ou non, le linge accroché aux balcons, forment un jeu de pleins et de vides aux variations infinies. C’est ce foisonnement qu’il m’importe de restituer, ainsi que le télescopage visuel et culturel, entre le mode de vie contemporain algérois et l’architecture venue d’un autre univers et d’un autre temps.

De quelle manière parvenez-vous à exprimer ce foisonnement  ?

– J’ai adopté, pour certaines séries, comme « Melting Point », un procédé de fusion d’images qui me permet de rendre compte de cette complexité. J’utilise les outils de la photographie numérique en additionnant une deuxième image de façade à la première, qui vient s’y superposer comme un calque, la plus proche possible visuellement, prise dans la même rue ou le même quartier. Cela crée un trouble qui interroge et crée une saturation d’informations, proche de l’impression ressentie sur place.

La série « Melting Point » a été pour moi une des réponses à l’arrivée du numérique qui a été une révolution dans le domaine de l’image. Je me suis dit qu’il ne fallait pas se contenter d’une photo statique, mais parvenir à une fluidité, une hybridité, qui correspond aussi au monde dans lequel on vit. On ne fait pas une chose après l’autre mais plusieurs choses à la fois. On regarde la télé en regardant son téléphone, sur l’écran, des bandeaux en haut en bas, apportent encore d’autres informations. Je joue avec cette capacité du regard contemporain à voir les choses différemment. Ce que je montre est purement documentaire, mais l’addition d’une deuxième image fait naître une interrogation sur ce qu’on regarde. Comme si la photo était un peu augmentée.

C’est pourquoi on vous présente plutôt comme un photographe plasticien que comme un photographe ?

– Je suis photographe mais je suis aussi beaucoup lié aux arts plastiques. Je m’interroge sur la façon dont on regarde une photo, ce qu’on regarde. Une œuvre, ce n’est pas forcément une photo encadrée. Je présente par exemple une installation faite à partir des photos de ma série « Climat de France ». J’ai extrait des fragments des photos de cette façade par bandes rectangulaires de 250 sur 16 cm que je présente sur des supports verticaux en relief, des supports que l’on peut combiner entre eux de différentes manières. C’est quelque chose qui se construit à fur et à mesure et qui va s’adapter au contexte de l’exposition.

Maintenant, il me semble que tout le monde est photographe, ça ne veut plus rien dire être photographe. Un enfant de 5 ans peut faire des photos très correctes. Avec notre téléphone portable on fait des photos, on fait tous de la photo. Je ne sais plus comment il faut se désigner. On peut dire que je suis photographe plasticien, mais je fais aussi de la vidéo, alors je suis vidéaste ? Ou auteur ? Quoiqu’il en soit, ce qui m’intéresse, c’est d’être au carrefour de différentes pratiques.

Les images de la série « Titanic » ont-elles également subi un traitement numérique ?

Non, ici les façades sont très simples et il n’y a aucune intervention, même si ça m’intéresse qu’on se pose la question. « Titanic », c’est le nom donné par ses habitants à cet énorme bâtiment comme un vaisseau un peu laissé à l’abandon, une barre d’immeubles construite dans les années 1950 par un groupe d’architectes français. Ici, je souligne la répétition d’un motif aux infimes variations, comme une partition musicale à la manière du all-over [terme utilisé pour désigner une peinture dont tous les éléments sont traités sur le même plan, parfois sur le mode de la répétition, comme si la toile pouvait se poursuivre à l’infini. Une technique notamment utilisée par les peintres de lexpressionnisme abstrait américain, tels que Jackson Pollock, NDLR].

 Comment se déroule une séance de prises de vues ?

– Il y a d’abord un long travail d’immersion puis de repérage. Les quartiers que je photographie sont des lieux sensibles où l’on ne sort pas un appareil photo sans avoir été accepté et reconnu au préalable. Mais ça reste assez compliqué. La dernière fois que j’y suis allé, au mois d’avril, j’étais en train de faire une vidéo quand un projectile a éclaté le pare-brise de la voiture. Les repérages pour obtenir la bonne lumière, la bonne ombre portée, prennent énormément de temps. C’est pourquoi ce travail entamé en 2011 est toujours en cours. Parfois, je trouve le bâtiment adéquat mais je ne peux accéder à l’appartement qui lui fait face. Si une femme est présente, il faut trouver le mari, le frère ou un voisin pour intercéder. Je compense ces difficultés grâce à la souplesse du numérique. Il arrive qu’il faille redresser les lignes de fuites en post-production.

 « Paris Photo » fête cette année son vingtième anniversaire, que représente cette foire pour vous ?

C’est un moment extrêmement important pour les artistes comme moi. C’est vraiment LE rendez-vous annuel pour la photographie au niveau mondial. Pendant une semaine, c’est le lieu où vont converger galéristes, artistes, conservateurs, collectionneurs, amateurs. Je le vois davantage comme ce lieu de rencontres internationales que comme la possibilité de découvrir de nouveaux talents. La réalité économique est telle, le prix des stands si élevés, que les galeries prendraient trop de risques en montrant des talents émergents. La photo contemporaine n’est pas forcément la plus présente.

S.D

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