Analyse

L’Algérie, dernière bouée de sauvetage du GNA libyen ?

L’Algérie, dernière bouée de sauvetage du GNA libyen ?

Par : Kharroubi Habib

L’accord politique libyen signé le 17 décembre 2015 à Skhirat (Maroc) sous l’égide de l’ONU, prévoyait la formation d’un Gouvernement d’union nationale (GNA) pour un mandat d’un an renouvelable une seule fois. A s’en tenir à cette disposition, le mandat du GNA, présidé par Fayez Al Sarraj, a théoriquement expiré dimanche. Ce dont s’est prévalu l’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar qui n’a jamais reconnu son autorité pour déclarer le même jour que le camp politique libyen qu’il représente n’est plus tenu par l’accord de Skhirat et cela alors même que jeudi, soit deux jours avant l’expiration théorique du mandat du GNA, le Conseil de sécurité de l’ONU a prévenu que cet accord «demeure le seul cadre viable pour mettre fin à la crise politique en Libye, en attendant la tenue d’élections prévues en 2018». En proclamant la caducité de l’accord politique de Skhirat, auquel il n’a d’ailleurs accordé aucune chance d’être mis en œuvre, Haftar a fait peu cas de la déclaration onusienne ainsi que celle commune des ministres des Affaires étrangères tunisien, égyptien et algérien ayant abondé dans le même sens. Il faut croire que l’homme fort de l’Est libyen qui aspire au règlement par la voie des armes de la crise de son pays, a reçu des assurances qui l’ont conforté et pour considérer qu’il est en situation de prendre le pouvoir et rapidement. La venue à Alger dimanche de Fayez Al Sarraj, qui n’ignore pas que l’expiration théorique du mandat de son gouvernement d’union nationale va servir de prétexte à Haftar pour rompre toute forme de dialogue avec lui, est à interpréter comme destinée à s’assurer le soutien de l’Algérie à son exécutif et pas que diplomatique comme elle le lui a prodigué au cours de ses deux années d’exercice.

Face à la menace qu’est pour elle le reprise des affrontements armés entre camps et clans politiques en Libye, l’Algérie a apparemment donné satisfaction au président du Conseil présidentiel du gouvernement libyen d’union nationale. C’est probablement sous la pression de son ministre des Affaires étrangères, que la rencontre à Tunis sur la Libye l’ayant réuni avec ses homologues tunisien et égyptien a donné lieu à un communiqué «musclé» dans lequel les trois pays ont réaffirmé leur «refus» de toute ingérence étrangère en Libye et toute tentative de n’importe quelle partie libyenne pour dérailler le processus politique libyen».

Pour ce qui la concerne, l’Algérie est, à l’avance, décidée de traduire dans les faits la mise en garde formulée dans le communiqué de Tunis. Haftar qui se prévaut de soutiens étrangers déterminants à ses yeux, aurait tort de mésestimer la détermination algérienne à faire échec au scénario auquel il s’accroche et veut réaliser. L’Algérie ne restera sûrement pas attentive aux menées qu’il pourrait entreprendre, d’autant que si elle reste disponible à favoriser l’exécution de l’accord politique de Skhirat et à plaider pour son amendement qui donnerait satisfaction sur les revendications formulées par lui et le camp libyen dont il est l’homme fort, elle ne souscrira nullement à une prise du pouvoir par eux par la force des armes qui ne fera qu’ajouter du chaos au chaos dans lequel se trouve la Libye et qui aurait pour elle des incidences inacceptables pour sa sécurité nationale et sa stabilité.

 

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