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Lakoom-info :  Interview  de Monsieur Said BOUKHLIFA Expert en Tourisme et Président de l’association des Agences de Voyages et du Tourisme .  Alger

Lakoom-info : 

Interview  de Monsieur Said BOUKHLIFA

Expert en Tourisme et Président de l’association des Agences de Voyages et du Tourisme .  Alger

1 – Quel constat faites-vous de la réalité du tourisme en Algérie ?

Le constat est amer, dire le contraire serait desservir la destination. En 2016, le ministre Nourri Abdelouahab, a eu la lucidité de dire, juste après sa nomination « J’ai hérité d’un secteur dont la situation est catastrophique, nous n’avons pas plus de 100.000 lits pour recevoir des touristes « Tout est résumé dans ces propos. L’Algérie a subi un immense retard, dont l’origine remonte à mai 1980, par la prise de décision gouvernementale malheureuse et irréfléchie. Qui était celle de mettre en « veilleuse « le tourisme international »(Réceptif) et de nous occuper du tourisme domestique, dit social et familial, au profit des nationaux. C »était l’époque du socialisme. Alors que nous étions en pleine ascension, grâce aux merveilleuses années 70.Période, qui plaçait la destination Algérie, parmi les plus prisées au niveau du bassin méditerranéen. Nous étions au diapason de la Tunisie et du Maroc .Et mieux que la Turquie qui s’est envolée depuis les années 90.Tous ces pays nous dépassent largement.;

2- A votre avis, pourquoi ce secteur est resté inerte toutes ces années ?

Ce secteur est resté inerte depuis de longues années, à cause de « la malédiction de l’or noir », les recettes énormes en devises ont ébloui et « aveuglé nos décideurs, qui ont négligé puis abandonné ce secteur touristique  doté d’une richesse dormante. Ainsi la volonté politique s’effilochait avec le temps, pour devenir inexistante de nos jours. Je tiens à souligner qu’en 1982, les petits états des Emirats arabes, Dubaï, le Qatar, sont mis à la recherche de nouveaux créneaux économiques porteurs Ils ont cherché à faire diversifier leurs recettes hors hydrocarbures. Et ils ont opté pour le tourisme. Au bout de vingt ans, ils ont émerveillé le monde par leurs réalisations hôtelières pharaoniques. Ils avaient beaucoup  misé sur les ressources humaines en envoyant tout azimuts en formation des jeunes aux USA, en Grande-Bretagne, apprendre le tourisme, l’hôtellerie et le management.

Le paradoxe et le drame pour nous. Nous avions abandonné le tourisme réceptif international, mais on n’a pas construit notre tourisme domestique. Qui était resté au niveau des vœux pieux et d’une sémantique reuse et verbeuse.

3 – L’Algérie a t-elle perdu du temps et se voit dépassée par le monde du tourisme ?

Effectivement nous avons perdu beaucoup de temps. Un temps irrécupérable car nous avançons par tâtonnements et atermoiements, sans conviction, ni motivation de reconstruire notre tourisme, afin de parvenir à lui faire restituer ses lettres de noblesses, celles de jadis, les années 70.De nos échecs répétés, nous ne voulons pas apprendre et en tirer des enseignements.

On ne sait ou on veut pas protéger notre merveilleuse côte.(1600 Km).Des ZET(Zones d’expansions touristiques) sont détournées, atrophiées, ou grignotées au profit de particuliers et de constructions « d’utilité publique » par des walis manquant de culture touristique.

4- En tant qu’expert, que préconisez-vous comme approche pour lancer ce secteur ?

La seule approche ou issue se trouve dans le SDAT, Schéma directeur d’aménagement touristique, horizon 2030. Un document  précieux, notre boussole de 250 pages en cinq fascicules .Car auparavant, on naviguait à vue et on évoluait par actions sporadiques, ponctuelles, sans lendemain. On a perdu 10 années depuis son approbation par les assisses nationales de février 2008, organisées sous l’égide de Chérif Rahmani, qui est le géniteur de ce SDAT, négligé, presque abandonné, après son départ Il nous avait coûté des milliards de centimes et beaucoup de dépenses d’énergie, pour les études, es analyses, le diagnostic et les projections. Le seul salut se trouve dans cette œuvre magistrale. Léguée par Chérif Rahmani .Il faut aller chercher les compétences nationales, nombreuses, marginalisées, intra-muros et extra-muros (diaspora Algérienne), pour sa mise en application effective, pragmatique, rationnelle. La mise en tourisme  des territoires de la destination et leur  touristification, se trouvent dans cette monumentale œuvre. Des compétences avérées, de la motivation et de la conviction chez les uns et les autres Et l’Algérie redeviendra, cette grande destination du passé .Et ce passé fut florissant.

5- Quelle politique touristique faut-il pour lancer réellement le tourisme en Algérie ?

-Une politique d’investissements  hôteliers de qualité. Ils ont été nombreux ces dernières années mais sans recherche urbanistique et architecturale attrayante qui les mettraient dans la catégorie des hôtels « new génération », observée au Maroc, en Tunisie, en Turquie (Antalya), Egypte (Sharm echeikh)

-Un politique de formation moderne adaptée aux exigences et aux désidératas de la clientèle internationale, plus et mieux informée grâce au marketing touristique digital.et à la numérisation touristique.

-Une politique de communication institutionnelle plus pointue, mieux pensée et structurée. Et digitalisée.car de nos jours, elle manque de lisibilité et de visibilité.

6-Quels sont nos atouts pour réussir ?

Ils sont concentrés dans deux formes de tourisme, à pendre en charge et à développer:

-Le Saharien (Hoggar, Tassili, M’zab, Ghardaïa, Gourara-Timimoun, Saoura-Taghit-béni Abbes, Souf-El oued, etc.

Dans l’imaginaire des prescripteurs et voyagistes occidentaux, l’Algérie demeure une destination à forte teneur saharienne.

-Le Culturel, avec ses 22 sites de vestiges romains dont la majorité demeure méconnue, l’Algérie est la deuxième destination mondiale en termes de ruines romaines, après l’antique Rome, l’Italie.

-Le tourisme Balnéaire, produit très attractif durant les seventies (1970-1980), est boycotté par les tour-opérateurs  étrangers depuis les années 90;Les derniers à avoir séjourné, ce sont les italiens de Travel club Milano, à la Corne d’or de Tipasa (1989-1990).Les nationaux fuient notre balnéaire et déguerpissent en Tunisie, Turquie, Maroc et Egypte, chaque été .Le reste subit, résigné, les affres d’une prestation de services médiocres.

La concrétisation du SDAT, horizon 2040(nous avons perdu dix années), qui implique un schéma mental des nationaux, réfractaires au tourisme réceptif, à revoir grâce à une pédagogie touristique à leur faire inculquer, à la base, sur le moyen et long terme.

Enfin, qui ne croit pas à la destination Algérie, ne croit pas à l’Algérie tout court !

Lakoom-info

 

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