Analyse

La fin du multipartisme peuplé de Pim Pam Poum

La fin du multipartisme peuplé de Pim Pam Poum

Par : Kharroubi Habib

Dans le sillage de la révolte populaire d’octobre 88, le pouvoir a instauré le multipartisme mais en prenant la machiavélique précaution de le dévoyer pour qu’il donne naissance à un paysage politico partisan doté d’une foultitude de formations n’ayant en majorité pour réelle consistance que la poignée de leurs fondateurs et les sigles dont ceux-ci les ont affublées. L’avantage pour le pouvoir de cette situation a été qu’elle lui a permis par la prévarication de manipuler et instrumentaliser cette « majorité » contre ses véritables opposants dont les voix sont devenues inaudibles dans la cacophonie s’élevant du champ politico-médiatiques et ont eu de ce fait à subir la désaffection populaire.

Une loi qui mette un terme au multipartisme dévoyé que connaît l’Algérie depuis l’ère Chadli n’est pas à dénoncer de prime abord. Ce que semble viser l’avant-projet de texte de loi sur les élections qui a été examiné et approuvé mercredi par le Conseil des ministres. Ce texte dispose, en effet, que pour prendre part aux élections à venir, les partis doivent avoir obtenu au moins 5% aux trois derniers scrutins ou, à défaut, collecter autant de parrainages. L’application de cette disposition présage que sans qu’il ait été besoin de mettre fin administrativement à l’existence des partis dans l’impossibilité de remplir le critère, leur mort est prévisible. De tels partis ne survivent, en effet, que par leur participation factice aux scrutins qui leur permettent d’obtenir des subsides publics souvent gonflés de manière occulte pour qu’ils apparaissent des acteurs politiques de quelque influence.

Il ne semble pas que dans l’opposition (celle qui prétend à un ancrage populaire) l’on a pris à mal cet avant-projet de loi qui aura pour conséquence dans le paysage politico-partisan de séparer le bon grain de « l’ivraie ». Autant cette opposition a formulé de doute et de scepticisme sur l’avant-projet de texte de loi portant mise en place de la haute instance indépendante de suivi des élections, autant elle est discrète sur celui ayant trait à la participation des partis aux élections. La seule voix s’étant élevé contre est celle du parti « Jil Jadid » de Soufiane Djillali, dont le chargé de la communication a déclaré que ce projet de loi démontre qu’il y a de la part de ses promoteurs « une volonté délibérée et inavouée d’étouffer le multipartisme et de retourner à l’ère du parti unique ». Ce qui n’est pas sans fondement.

Pour que la recomposition qui va s’opérer dans le champs partisan ne soit pas ce que redoute le parti « Jil el Jadid », il faut, bien entendu, qu’il y ait totale liberté pour l’exercice de la politique et que le processus électoral soit d’un bout à l’autre à l’abri des manigances de l’administration et des officines occultes du pouvoir.

Ce préalable est bien intériorisé par l’opposition qui s’est montrée plus que soupçonneuse sur la sincérité du pouvoir à mettre en place les mécanismes qui protégeraient le processus électoral de telles manigances. Cohérent dans sa critique des avant-projets de loi sur les élections, le parti « Jil Jadid » a claqué la porte de l’instance de l’opposition CNLTD en lui faisant grief qu’en ne dénonçant pas avec la même radicalité des avant-projets de loi à finalité identique, à savoir qu’ils confortent la tentation du pouvoir à retourner à l’ère du parti unique et à reconduire l’usage de la fraude aux élections. Elle émet le signal qu’elle est prête à passer compromis avec le pouvoir. De fait, au cas plus que probable où le pouvoir mettra en place l’instance de suivi électoral dans les conditions prévues par l’avant-projet de loi, l’opposition aura du mal à justifier que bien que cette instance n’ait pas exaucé sa revendication quant à l’indépendance qu’elle a voulue pour elle, elle en vienne à prôner la participation aux élections. Il n’y a pas de doute qu’il faut s’attendre à de chauds débats sur la question au sein de l’opposition qui mettront à rude épreuve sa fragile unité qui lui a permis d’entamer le mur de méfiance sur lequel elle a longtemps buté dans sa quête du soutien populaire.

 

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