Analyse

La CPI placée entre soumission ou la menace d’une mort programmée

La CPI placée entre soumission ou la menace d’une mort programmée

Par : Kharroubi Habib

Parce qu’ils placent leur justice nationale au-dessus de toute autre, les Etats-Unis n’ont pas ratifié le Statut de Rome qui a donné naissance à la Cour pénale internationale (CPI). Cependant tant que celle-ci s’est cantonnée à faire prévaloir sa juridiction sur les affaires de crimes de guerre et contre l’humanité aux Etats et ressortissants de pays que Donald Trump a grossièrement qualifiés de «pays de m…», ils ont mis une sourdine à leur prévention contre elle et ont même défendu ses initiatives.

Leur bienveillance à son égard s’est muée en implacable hostilité dès lors qu’elle a admis en son sein l’Autorité palestinienne et que sa présidente Fatou Bensouda a demandé l’ouverture d’une enquête sur des crimes de guerre présumés commis dans le cadre du conflit afghan notamment par l’armée américaine. Ce changement américain à l’égard de la CPI, John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain, l’a fait savoir en s’en prenant avec une violence inouïe à cette institution judiciaire et à ses juges. Ce proche de Donald Trump a en effet traité la première «d’illégitime» mais aussi «inefficace, irresponsable et carrément dangereuse» et mis en garde ses juges qu’ils encourront des sanctions américaines s’ils s’avisent de procéder à l’ouverture d’enquêtes visant des citoyens états-uniens et même ceux d’Etats amis de l’Amérique.

Pour avoir émis la velléité d’entreprendre cela, la CPI a été déclarée par le conseiller de la Maison Blanche condamnée à mourir de sa belle mort. Ce qui pourrait bien être son sort si elle venait à renoncer aux enquêtes qu’elle a projeté d’ouvrir sur des crimes de guerre supposés ayant eu pour théâtre l’Afghanistan et la Palestine occupée. Sa légitimité déjà contestée par les Etats qui lui font grief d’avoir une justice à géométrie variable, partiale selon le poids international qu’elle accorde aux uns et aux autres, sera définitivement récusée si après avoir été prise à partie par Washington elle abdique sur son intention de considérer les Américains et les Israéliens des justiciables comme les autres.

Cela va se vérifier sur le traitement qu’elle fera des plaintes introduites devant elle par l’Autorité palestinienne concernant les tueries dont a été coupable l’armée sioniste contre les manifestants pacifiques palestiniens qui ont réclamé la reconnaissance de leur droit à un Etat national et le retour pour leurs compatriotes réfugiés sur leurs terres spoliées par l’occupant et colonisateur sioniste. Evidemment, il ne sera pas possible à la CPI de contraindre Washington ou Tel-Aviv d’accepter sa justice. Mais il est pour le moins attendu de sa part qu’elle authentifie la réalité des crimes dont les Etats-Unis et Israël sont présumés coupables et s’en prennent à elle pour la dissuader de le faire. Sinon comment pourrait-elle ouvrir d’autres enquêtes sur des crimes similaires visant des coupables qui ne peuvent leur faire échec car étant ressortissants de ces «pays de m…» pour qui Donald Trump et son administration n’ont que mépris et indifférence ?

En mettant la CPI dans le collimateur de son administration, Donald Trump confirme qu’il accentue le désengagement des Etats-Unis de tous les accords internationaux et institutions qui font obstacle à son ambition de faire prévaloir l’unilatéralisme arrogant et décomplexé par lequel il entend régenter les relations et les affaires internationales.

KH.H

 

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