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Kamel Aziz : Devant la porte de la cour des grands !

Kamel Aziz
Chanteur et interprète de l’andalou et châabi
Devant la porte de la cour des grands !


Par Fayçal Charif
Il est déjà sur un trône, celui de la maîtrise du verbe, du rythme et de l’instrument. Certains osent dire de lui qu’il est le digne représentant du Châabi après la disparition du dernier grand Maître Amar Ezzahi il y a moins de deux ans. D’autres restent dans l’expectative et préfèrent voir comment il va gérer sa fulgurante montée en puissance dans l’univers musical du châabi et de l’andalou. Mais il y a ceux qui le voient seulement comme un imitateur et qu’il n’a pas encore son style. Lui, il écoute et avance à une cadence qui perturbe les critiques.

Kamel Aziz, le nom résonne avec insistance et pertinence depuis plus d’une dizaine d’années déjà. Il a défrayé la chronique au point de devenir presque un phénomène artistique. Entre spectacles, représentations et fêtes, il raconte et chante à sa manière le châabi. Une présence sur scène qui ne passe pas inaperçue et qui ne laisse pas indifférent, une maîtrise de l’instrument proche de la perfection de l’avis même des connaisseurs et un étalage de répertoire d’une grande richesse qu’il offre avec générosité.

Kamel intrique par l’image qu’il donne de lui de prime abord. Il paraît distant, le regard timide, le sourire discret. Mais une fois sur scène, l’appréhension disparaît. Sa voix d’or qui charme, qui berce, qui envoûte et qui fait voyager dans les beaux textes du Malhoun prend le relais et fait découvrir un autre Kamel Aziz.

Ce chanteur qui interprète la musique populaire algérienne (le Châabi) s’est révélé au public lors du concours de la chanson châabi en 2006 où il décrochait le 3ème prix. Depuis, sa percée est fulgurante, spectaculaire même. Elle fait de lui aujourd’hui l’un des espoirs de cette musique qui renaît de ses cendres grâce à lui et grâce à d’autres jeunes talents, même s’ils ne sont pas nombreux. Cette nouvelle vague de jeunes veut sauvegarder ce patrimoine musical populaire surtout après la disparition des Maîtres incontestés de cette musique du tiroir.

De par sa son sérieux, sa ténacité et persévérance, Kamel Aziz  a pu gagner l’estime et la reconnaissance d’un public exigent. Il est aujourd’hui adopté et on reconnaît en lui sa grande maîtrise de cet art. Il est suivi et aimé par des jeunes et moins jeunes, mais aussi par les vieux mélomanes, qui couvent ce « génie « de la voix, du rythme et de l’instrument.

Caressant son mandole avec brio, kamel touche également de façon magistrale et avec une maîtrise imparable le violent, le piano, le Qanoûn, ou encore le r’bab. C’est surtout son passage dans les écoles de musique andalouse, telles l’association « Founoune El Djamila », ou encore la célèbre El Fakhardjiya, qui a été pour beaucoup dans sa maîtrise des instruments et de ce genre de musique. Sur scène, il est aussi bon dans le châabi que dans l’andalou.

Kamel Aziz, connu également par le surnom « errougi » (le rouquin) a entamé la trentaine. C’est un artiste distant et très réservé, ce que certains « n’aiment pas en lui ». On lui reproche même de « vouloir imiter Amar Ezzahi dans tout ». Il s’en défend : « Amar Ezzahi est mon Maître. C’est un grand Maître et il m’a inspiré. C’est un honneur et une fierté pour moi d’être l’un de ses élèves. Je ne me suis jamais approprié Amar Ezzahi, mais je resterai fidèle à sa mémoire pour toujours. Je suis comme je suis, et si je n’ai pas voulu de par le passé être présent sur la scène médiatique, ce que me reprochent certains, ce n’est pas pour faire comme notre Cheikh, mais c’était plus par respect à stature ». Et de poursuivre presque agacé : « Qui suis-je moi pour venir parler de notre Châabi, de venir me mesurer aux Maîtres. Je ne suis qu’un jeune qui a approché « les chouyoukh », qui a appris d’eux et qui apprend toujours. Amar Ezzahi est un monument, tout comme les autres Maîtres. De son vivant, je me suis juré de ne pas parler à la presse par respect personnel pour lui et par respect à son rang et à son art. Mon grand respect aux chouyoukh se traduit dans les hommages que je leur rends lors de mes spectacle. Cela va de Amar Ezzahi à Dahmane El Harrachi en passant tous les grands Maîtres de notre belle musique populaire, le Châabi ».

En effet, lui qui a vécu au milieu d’une famille de musiciens, il ne laisse pas passer une occasion pour rendre hommage aux maîtres de cette musique. A chaque montée sur scène, il n’oublie jamais de reprendre leur répertoire et chanter pour eux. Kamel, reste patient et modeste dans le but de gagner l’estime des connaisseurs et des mélomanes de cette musique. Ceux là mêmes qui sont intransigeants précisent que Kamel Aziz « n’est que devant la porte du temple Châabi ». Ils rappellent « Le Châabi est une école, celui qui ne respecte pas les Chouyoukh sortira par la petite porte et finira oublié ». Ils prédisent pour lui « une carrière de Maître dans la cour des grands… »

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