Analyse

Indépendance et tutelle ne riment pas

Indépendance et tutelle ne riment pas

Par : Kharroubi Habib

Lors de ses réponses aux députés jeudi, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a annoncé qu’il allait être créé par décret présidentiel une instance indépendante qui sera chargée du contrôle et du suivi du financement non conventionnel auquel les autorités ont décidé de recourir pour conforter les capacités de financement de l’Etat. Ce mécanisme est censé être la réponse à ceux qui sans s’être positionnés contre ce choix de financement ont émis la crainte que les autorités y recourent de manière abusive avec pour conséquences une inflation et une dévaluation du dinar catastrophiques par leurs effets sur l’économie du pays et au plan social.

En principe donc, l’instance «indépendante» qui va voir le jour a pour mission de veiller à ce que le processus de financement interne non conventionnel ne donne pas lieu à dépassement par le gouvernement dans le recours à la planche à billets et que la masse monétaire qu’il procurera soit injectée dans l’investissement productif et non servir à couvrir les dépenses de fonctionnement de l’Etat.

Dans la pratique, sa mission de contrôle et de suivi de ce processus se réduira en réalité à avaliser et à cautionner ce que feront les autorités en la matière. Quelle indépendance aura-t-elle en effet sachant qu’ainsi qu’annoncée par le ministre des Finances elle sera placée sous la tutelle de son département ? Quand ont sait ce que «tutelle» veut dire en Algérie, il n’y a assurément aucune illusion à se faire sur ce que l’autorité qui a décidé la mise en place de l’instance entend par son «indépendance».

Il y a lieu de craindre que les dirigeants du pays ont opté pour faire fonctionner la planche à billets sans avoir à compter avec un contrôle tatillon exercé par des experts ou des acteurs dont les compétences s’alliant à leur esprit critique mettraient à nu les dépassements et usages abusifs qu’ils pourraient ordonner. Destinée à convaincre que le gouvernement a opté pour faire marcher la planche à billets en soumettant l’opération à un contrôle «externe» rigoureux, l’instance indépendante telle qu’elle va être placée n’aura pour rôle que celui d’alibi. Autant la mise en place d’un mécanisme de contrôle du financement non conventionnel qui va intervenir a été unanimement considérée comme indispensable, autant l’initiative gouvernementale dans ce sens déçoit car se réduisant à un tour de passe-passe ayant visé à faire taire les milieux qui soupçonnent les autorités d’incapacité à faire usage de ce moyen avec clairvoyance et sans causer encore plus de dégâts à la situation économico-financière et sociale du pays que ceux auxquels elle est déjà confrontée du fait d’une gouvernance n’ayant eu pour résultat que des échecs renouvelés qui ont conduit à l’impasse dans laquelle est le pays.

Ce n’est pas une instance de contrôle sous leur tutelle qui pourrait faire office de garde-fou et siffler le holà au constat qu’elles se servent inconsidérément de la planche à billets à des fins qui contredisent leurs promesses d’appliquer une politique financière vouée à faire surmonter sans cesse sa crise au pays.

 

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