Analyse

Hors les hydrocarbures, point de salut pour l’Algérie

Hors les hydrocarbures, point de salut pour l’Algérie

Par : Kharroubi Habib

A Oran où il a effectué sa première visite de travail en tant que Premier ministre, Ahmed Ouyahia a fait des annonces qui vont assurément provoquer un tintamarre de réprobations. Il a en effet soutenu que la loi sur les hydrocarbures n’est pas attractive pour les investissements étrangers et doit être donc amendée, mais aussi qu’il faut lever pour Sonatrach l’interdit qui l’empêche de recourir à l’exploitation des gaz non conventionnels (communément appelés gaz de schiste). Sur ces dossiers dont il mesure parfaitement la teneur explosive, Ouyahia n’a pas fait qu’émettre son point de vue personnel, mais a clairement donné à comprendre que leur réouverture est déjà actée quelles que soient les oppositions que cela suscitera.

Il ne fait aucun doute que les annonces faites par lui ont eu l’approbation préalable du président de la République. La révision des positions de l’Etat aussi bien concernant la loi sur les hydrocarbures que l’exploitation du gaz de schiste est dans le projet de Bouteflika depuis qu’il s’est vu contraint par la pression politique et populaire de faire marche arrière en abrogeant dans le premier cas la « loi Khelil » et en faisant surseoir dans le second à l’exploitation du gaz de schiste dans le pays. Il n’y a pas que les difficultés financières et économiques que vit le pays pour convaincre le Président d’autoriser le gouvernement à remettre sur le tapis les deux dossiers.

C’est un secret de polichinelle que Bouteflika a une conception « jupitérienne » de l’exercice du pouvoir et que par conséquent il a vécu comme un inoubliable et impardonnable crime de « lèse-majesté » d’avoir été forcé à la reculade sur ces dossiers. Il est d’autant disposé à avaliser les révisions annoncées par Ouyahia qu’elles constitueront une manière de réhabilitation de ceux qu’il a été dans l’obligation de désavouer en faisant marche arrière dans les deux cas.

Les polémiques et controverses que vont alimenter l’amendement projeté de la loi sur les hydrocarbures et la levée du moratoire décrété à contrecœur par les autorités sur l’exploitation du gaz de schiste ne doivent pas occulter que le pouvoir est en panne d’une stratégie économique qui soit une alternative réelle au tout hydrocarbure qui a plongé le pays dans le marasme économique et financier aussitôt que les cours pétroliers se sont effondrés. Ouyahia a fait l’aveu de l’inexistence d’une telle stratégie alternative en soutenant que le pétrole reste le moteur de l’économie algérienne et au-delà que l’Algérie en ces moments économiques difficiles reste attachée à l’exploitation de toutes ses ressources énergétiques. L’on ne pouvait mieux que l’a fait Ahmed Ouyahia signifier que le gouvernement n’attend de planche de salut que dans les recettes pétrolières et que l’économie diversifiée qu’il prétend s’être mise en place dans le pays n’est pas pour demain la veille dans ses projections.

Bouteflika et Ahmed Ouyahia partagent la même addiction à la rente pétrolière et les mêmes œillères pour ce qui est de la chose économique. Il ne faut pas s’attendre à ce que l’attelage qu’ils forment ait en tête la politique économique miracle qui sortirait le pays de sa crise, hormis celle qu’est pour eux le divin apport financier que pourrait générer une remontée des cours pétroliers dont ils doivent guetter les prémices dans tous les frémissements des marchés internationaux.

 

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