Analyse

Fraude généralisée ou simples incidents regrettables ?

Fraude généralisée ou simples incidents regrettables ?

Par : Kharroubi Habib

Ne pouvant nier comme elles s’empressaient de le faire en d’autres temps que le scrutin du 23 novembre a été émaillé d’incidents et de débordements dont pour certains d’une gravité qui a mérité la saisine de l’institution judiciaire, les autorités ont tenté d’en minimiser l’incidence sur le déroulement du vote citoyen. Interpellé sur ces incidents, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales a en effet prétendu qu’ils n’ont en rien entaché la transparence et la régularité du scrutin et a fermement écarté que leur survenance soit imputable à l’administration, tel qu’affirmé par certains acteurs politiques en course dans les élections. Bedoui a réduit les incidents et débordements intervenus à de fâcheux comportements comme il s’en produit dans toutes chaudes compétitions électorales et a estimé exagéré et relevant du dépit que l’on puisse y voir les révélateurs d’une fraude généralisée, qui plus est aurait pour instigateur les autorités de l’Etat.

C’est bien pourtant ce que persistent à dénoncer ces acteurs politiques qui maintiennent que les comportements frauduleux et attentatoires aux droits des concurrents qu’ils ont portés à la connaissance des autorités en charge du déroulement des opérations électorales et de l’opinion publique confirment qu’un hold-up électoral a été froidement décidé et réalisé.

Confrontée à ces deux versions contradictoires du déroulements du scrutin, l’instance «indépendante» du suivi des élections parait avoir penché en faveur de celle défendue par Noureddine Bedoui. Ce qui n’est pas pour établir la réputation d’indépendance réaffirmée avec insistance par son président Abdelwahab Derbal. En niant tout aussi fermement que l’a fait le ministre de l’Intérieur que les incidents et débordements qui se sont produits n’ont pas eu d’influence notable sur les résultats des urnes, elle a en effet avalisé sa présentation et explication des faits. N’est-ce pas pourtant ce même Derbal qui, tirant les enseignements du scrutin des législatives que son institution tout nouvellement créée et composée a eu à superviser, avait considéré qu’il serait utopique de parler d’élections honnêtes et transparentes en Algérie tant que l’institution qu’il préside n’aura pas de prérogatives plus larges en terme de contrôle du processus électoral et de décisions contraignantes à l’égard des contrevenants aux règles qui balisent son bon déroulement ?

Il avait même préconisé la révision des lois électorales en vigueur, car il les jugeait à ce moment-là inadaptées pour des élections propres et régulières. Or Derbal et l’instance de suivi des élections n’ont obtenu satisfaction ni sur l’une ni sur l’autre. Comment peuvent-ils alors s’aventurer à récuser l’accusation de fraude électorale généralisée au scrutin du 23 novembre que clament à l’unisson nombre d’acteurs politiques, alors que leur intervention s’est trouvée bridée par les mêmes insuffisances dont ils ont en vain demandé la correction ?

En allant dans le sens de la position officielle qui consiste à proclamer que le scrutin a été une «fête» de la démocratie, l’instance en charge du suivi et contrôle des élections ne contribuera certainement pas à faire évoluer positivement celle des citoyens sur les élections dans le pays. A tort ou à raison, malgré la mise en place de cette instance dont le mode de désignation les a ulcérés, ils n’en persisteront pas moins à considérer que les scrutins à la Naegelen ont encore de beaux jours devant eux.

 

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