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France : La réforme des retraites prise en étau entre les motions de censure et la rue

Paris : Ce mardi 3 mars, le 49-3 décidé par Édouard Philippe fait face aux feux de la droite, de la gauche et des syndicats.

France : La réforme des retraites prise en étau entre les motions de censure et la rue

Par : Romain Herreros

Paris : Ce mardi 3 mars, le 49-3 décidé par Édouard Philippe fait face aux feux de la droite, de la gauche et des syndicats.

La colère ne retombe pas. Deux jours après qu’Édouard Philippe a dégainé le (très) controversé article 49-3 sur la réforme des retraites, groupes d’opposition et syndicats font front commun contre ce “coup de force” de l’exécutif. Du côté de l’Assemblée Nationale, le gouvernement fera face à deux motions de censure qui ont été examinées hier mardi 3 mars en fin d’après-midi. 

 L’une, déposée par Les Républicains “moins d’une heure” après le recours à cet article, vise à proposer un contre-projet. Les députés LR y énumèrent leurs propositions, du report de l’âge légal à 65 ans à “l’extinction indispensable” des régimes spéciaux d’ici cinq ans. L’autre, déposée par les socialistes, les communistes et les insoumis, dézingue “la désinvolture inacceptable” de l’exécutif dans son approche du débat parlementaire et s’abstient de faire des contre-propositions politiques.

Deux textes radicalement différents, mais qui ont toutefois un point commun : n’avoir aucune chance d’avoir une issue positive compte tenu de l’effectif des groupes LREM et Modem au Palais Bourbon. De quoi faire de cette séquence une promenade de santé pour le Premier Ministre ? Pas vraiment.

Feux nourris à l’Assemblée

La journée d’Édouard Philippe s’annonce particulièrement longue. L’examen des deux motions de censure se fera aux alentours de 17h30 et, de source parlementaire, les discussions pourront durer jusqu’à minuit. Au-delà du temps passé dans l’hémicycle, le Premier ministre se muera en cible naturelle des flèches qui descendront des bancs de l’opposition. C’est d’ailleurs l’objectif principal de ces motions de censure.

“C’est un acte normal et quasi automatique après un 49-3 pour les oppositions. Ça leur offre une tribune, mais il y a peu de chance que ça prospère”, commentait pour Le HuffPost dans le week-end le Président du groupe MoDem à l’Assemblée, Patrick Mignola.

Reste que le coût politique est réel pour le chef du gouvernement. Y compris dans ses rangs. En 24h, deux élus ont claqué la porte du groupe LREM à l’Assemblée nationale en dénonçant le 49-3. Des départs qui interviennent au lendemain de l’annonce du sénateur des Bouches-du-Rhône Michel Amiel, qui a quitté la République En Marche pour les mêmes raisons. Certaines voix LREM déplorent publiquement un ”échec”, à l’image du député des Deux-Sèvres Aurélien Taché, ou encore sa collègue Martine Wonner, qui invite le gouvernement à “travailler autrement”.

Plus que de faire bondir les oppositions et provoquer le malaise d’une partie du groupe LREM, la carte 49-3 a également réveillé la colère dans la rue.

“Le 49-3 nous renforce”

Dans la foulée de sa décision, la permanence de campagne d’Édouard Philippe a été prise pour cible au Havre. Idem pour celle du ministre de l’Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, candidat à Tourcoing. Dans la nuit de samedi à dimanche, plusieurs rassemblements spontanés ont été observés dans plusieurs grandes villes. Parmi les slogans entendus : “tout le monde déteste Édouard Philippe”.

Ce lundi 2 mars, les syndicats hostiles à la réforme des retraites ont appelé à une mobilisation contre cette “nouvelle preuve” de la volonté de “faire passer en force son projet de régression sociale” de la part du gouvernement. Pour Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT, le recours au 49-3 va “exacerber le mécontentement” à un moment où la mobilisation vivait une “période de creux” due à la longue durée de la séquence retraite.

“On savait que le gouvernement ne veut pas du débat contradictoire et qu’il ferait tout pour imposer son projet. En fin de compte, le 49-3 nous renforce, il donne un nouveau souffle à la mobilisation. Il va nous permettre de mobiliser plus massivement avec, en ligne de mire, la date du 31 mars (date de la prochaine grève interprofessionnelle, ndlr)”, explique-t-elle au HuffPost.

“Le 49-3 a énervé beaucoup de militants, même si ce n’est pas une surprise. Le cadre fixé par le gouvernement pour l’examen du texte à l’Assemblée rendait cette situation inéluctable”, renchérit le porte-parole de Solidaires Éric Bleynel, pour qui l’utilisation de cette ultime arme législative est loin de signer la fin de la mobilisation. “Le projet partira au Sénat avant un retour à l’Assemblée, il n’est pas encore adopté. Et on compte bien mobiliser toutes nos forces jusqu’à son retrait, comme nous le faisons depuis le début”, souligne le responsable syndical.

Au-delà de la rue, les syndicats peuvent également agir sur la Conférence de financement, censée fournir des propositions pour assurer l’équilibre du futur système, lesquelles pourront a posteriori faire l’objet d’ordonnances. Lundi en début de soirée, Force ouvrière a quitté les discussions, considérant que le format “ne permet pas de garantir la liberté de négociation”. Également participante, la CGT a aussi menacé de partir. Un scénario qui n’est pas sans rappeler les longues (et très compliquées) concertations à Matignon en amont de la présentation du projet de loi, lesquelles avaient débouché sur la plus longue période de grève observée ces dernières décennies.

Source : Le HuffPost 03/03/2020

 

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