Sport

Foot et immigration, 100 ans d’histoire commune Les rappels judicieux d’Eric Contona

Youcef ZIREM 

Le football nous apprend toujours des choses. Albert Camus ne se trompait quand il avouait qu’une bonne partie de ce qu’il avait assimilé sur la vie, il l’avait glané sur les terrains de football. Le film que vient de réaliser l’ancien footballeur, Eric Contana, intitulé, « Foot et immigration, 100 ans d’histoire commune », confirme les propos de l’auteur inspiré du texte poétique, Noces. Le mérite de ce documentaire c’est celui de nous expliquer les problèmes actuels par une belle plongée dans l’Histoire. Oui, l’immigration a beaucoup apporté à la France ; oui, on a toujours stigmatisé cette immigration qui réussit, dans bien des cas, la prouesse de se surpasser pour exister. De Raymond Kopa à Mamadou Sakho, tant de footballeurs d’origine étrangère ont porté le maillot tricolore, souvent avec bonheur. Naturalisé à 21 ans, le Polonais Kopaszewski a beaucoup contribué à l’obtention de la troisième place de la France durant la coupe du monde 1958. Les footballeurs algériens avaient raté de peu cette coupe du monde ; ils avaient rejoint, peu auparavant, l’équipe du FLN. En 1954, l’algérien Bentifour avait joué le mondial avec l’équipe de France ; il était dans l’équipe de France qui avait battu à Genève, le 19 juin 1954, le Mexique 3 à 2. Kopa avait, comme les siens, même travaillé à la mine avant de devenir un grand footballeur qui a marqué l’histoire de ce sport. Roger Pantioni, un autre héros de la coupe du monde 1958, lui, est né dans la Meuse ; ses parents viennent d’Italie, comme Michel Platini. Italiens et Polonais ont souvent joué au football dans les cités pour passer le temps, nous explique le film. Jean Tigana, né au Mali, construit un discours impressionnant dans ce documentaire : tout en revenant sur une longue histoire familiale, il pointe le doigt sur tout ce qui ne marche pas aujourd’hui. Luis Fernandez raconte avec émotion et humour, ses origines espagnoles et son amour de la France. Zineddine Zidane se souvient des ses entraîneurs généreux qui l’avaient aidé à devenir une idole. Pour lui, les racines sont importantes. Mais c’est surtout son père Smail qui sait trouver les mots justes pour aller à l’essentiel. Après avoir travaillé près de dix ans, à Saint Denis, dans la région parisienne, Smail Zidane avait décidé de rentrer en Algérie durant l’été 1962. Mais à Marseille, il devait attendre trois jours avant le départ du bateau. Et c’est là qu’il rencontre la femme de sa vie ; il reste donc à Marseille et fonde une famille. Smail Zidane insiste beaucoup dans ce documentaire sur l’importance de la Kabylie, de l’Algérie. Témoignage extraordinaire, la mère d’Eric Cantona, dit en pleurs, l’histoire de sa famille de résistants à la dictature en Espagne ; ainsi est racontée, avec lucidité, cette tragédie des camps installés en France pour les nombreux réfugiés espagnols. Autrefois, on ne chantait pas l’hymne national ; le film nous apprend que chanter l’hymne national sur un terrain de football est une pratique toute récente. Pendant 90 minutes, Eric Contana, dont le père vient de Sardaigne, nous fait voyager ; son documentaire est une ode au partage, au vivre-ensemble, aux valeurs humaines qui arrivent toujours à vaincre la haine.

Montrer plus

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer
Fermer
%d blogueurs aiment cette page :