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Financement Libyen de 2007 : la cour d’appel de Paris rejette les recours de Nicolas Sarkozy et de ses proches

Quels sont les éléments précis dont dispose la justice ? Qui sont les témoins décisifs ? Récapitulatif des différentes étapes de "l'affaire Libyenne" quatre jours après la mise en examen de l'ancien Président de la République.

Financement Libyen de 2007 : la cour d’appel de Paris rejette les recours de Nicolas Sarkozy et de ses proches

Quels sont les éléments précis dont dispose la justice ? Qui sont les témoins décisifs ? Récapitulatif des différentes étapes de « l’affaire Libyenne » quatre jours après la mise en examen de l’ancien Président de la République.

Après deux jours de garde à vue, le 21 mars, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de fonds publics libyens ». L’ancien chef de l’État est également placé sous contrôle judiciaire, une première sous la Ve République. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir été destinataire de fonds Libyens pour financer sa campagne Présidentielle en 2007.

Les documents Libyens

Cette mise en examen est le résultat de cinq années d’investigations. L’enquête a connu une notable accélération après l’arrestation à Londres en janvier 2018 de l’homme d’affaires et « intermédiaire » financier Alexandre Djouhri. Les trois juges d’instruction en charge de l’affaire estiment avoir désormais entre les mains suffisamment d’indices « graves et concordants » au sujet de Nicolas Sarkozy. Ces soupçons sont vivement contestés par l’ancien chef de l’État.

Avril 2012. Tout commence avec une note du régime Libyen publiée par le site Mediapart en 2012 (article payant), entre les deux tours de la Présidentielle Française. Ce document, attribué à Moussa Koussa, ex-chef des services de renseignement libyens, accrédite un financement de la campagne Présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros. Un faux, selon Sarkozy, qui dépose plainte contre le journal en ligne. Cinq ans plus tard la justice n’a toujours pas conclu qu’il s’agissait d’un montage. Débouté, l’ancien chef de l’État s’est pourvu en cassation en 2017.

Septembre 2012. Un homme clé du régime Libyen, Abdallah Senoussi, ancien chef du renseignement militaire – condamné en France par contumace à la perpétuité pour avoir commandité l’attentat du DC10 d’UTA en 1989 qui a coûté la vie à 170 personnes – accuse Nicolas Sarkozy d’avoir touché de l’argent libyen pour financer sa campagne. « Cinq millions d’euros ont été versés pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2006-2007, affirme Abdallah Senoussi. Il était Ministre de l’Intérieur. J’ai personnellement supervisé le transfert de cette somme via Claude Guéant, son directeur de cabinet. » L’ex-chef du renseignement militaire poursuit son accusation : « Il y avait aussi un second intermédiaire, le nommé Takieddine. Cette somme a bien été réceptionnée par Sarkozy. »

Ziad Takieddine, le porteur de valises

L’argent serait donc passé par un homme de l’ombre, Ziad Takieddine, un Franco-Libanais très proche de la droite française, qui a négocié la signature de gros contrats pour l’État Français : vente de frégates à l’Arabie Saoudite, vente de sous-marins au Pakistan avec en toile de fond l’affaire Karachi (L’Express).

Dans l’affaire libyenne, l’homme d’affaires a d’abord « préparé le terrain libyen » aux équipes de Nicolas Sarkozy, avec pour objectif la conclusion de gros contrats en Libye. Mais surtout, il affirme avoir joué les porteurs de valises entre la Libye et la France. Il parle de 5 millions d’euros au total, livrés dans des valises marronnes en cuir souple. Selon Ziad Takieddine, deux mallettes de billets ont ainsi été réceptionnées par Claude Guéant, et une troisième par Nicolas Sarkozy en personne, au Ministère de l’Intérieur.

Ce témoignage est cependant à prendre avec précaution, l’homme ayant souvent varié dans ses déclarations. Mais ces accusations, répétées sur procès-verbal, le mettent pénalement en cause. Nicolas Sarkozy quant à lui parle d’un « mensonge » et explique n’avoir jamais rencontré Ziad Takieddine.

Carnets de Ghanem et accusations de Kadhafi

Autre document au contenu explosif dont disposent les enquêteurs, les carnets de Choukri Ghanem, ancien ministre du pétrole libyen, où il notait tout scrupuleusement jour après jour. Le 29 avril 2007, par exemple, il écrit noir sur blanc dans son carnet que Kadhafi a financé le candidat de l’UMP à hauteur de 4 millions et demi d’euros. Et ajoute son commentaire personnel : « J’ignore s’ils croient vraiment qu’ils peuvent changer la politique de la France moyennant cet argent. D’abord, les montants qu’ils engagent sont dérisoires à l’échelle de l’Europe. Et puis d’autres pays paient bien plus. » Des accusations d’autant plus intéressantes pour les enquêteurs qu’elles sont inscrites sur le papier en avril 2007… alors que Nicolas Sarkozy n’est même pas encore à l’Élysée, et que rien n’accrédite alors un tel soupçon.

Choukri Ghanem ne pourra jamais être entendu par les enquêteurs. Son corps est repêché dans le Danube à Vienne, en Autriche, le 29 avril 2012 alors que le soupçon de financement occulte s’invite dans campagne la présidentielle française. Pour les services secrets Américains, la mort de l’ancien Ministre de Kadhafi est qualifiée d’« hautement suspecte ». Une troublante disparition.

Le 16 mars 2011, juste avant le début de l’intervention militaire en Libye, le colonel Kadhafi donne une interview à la journaliste Delphine Minoui : « Mon cher ami Nicolas Sarkozy a un désordre mental, dit alors le dictateur. Il m’a demandé un soutien financier, et on l’a soutenu financièrement. Il a gagné les élections. Pour nous, en tant que Libyens, c’était vraiment un gain. »

À la recherche de l’argent liquide

Les policiers chargés de l’enquête Libyenne ont établi que d’importantes sommes d’argent liquide ont circulé en 2007 pendant la campagne Présidentielle de Nicolas Sarkozy. Cet argent n’a pas été déclaré dans ses comptes de campagne.

À quoi servaient ces liquidités ? À rémunérer les « petites mains » de la campagne électorale à l’UMP. Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy, raconte ce qui ressemblait à une pratique habituelle au sein de l’UMP : « Un cadre du parti est venu me réclamer de l’argent. Il m’a dit qu’en 2007 ils avaient tous reçu une prime en liquide ». Dérouté par cette demande, Jérôme Lavrilleux comprend alors « que certains [nous] suspectaient d’avoir gardé l’argent. »

Source : franceinfo 24/09/2020

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