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Fatiha Bourouina : Dans la peau d’un…correspondant de presse

Fatiha Bourouina

Dans la peau d’un…correspondant de presse

Par : Fayçal Charif

Un écrit audacieux et très documenté a fait une escale très remarquée au dernier Salon International du Livre en Algérie (SILA). Long comme une étude académique, le titre force la curiosité, il étonne même : « Correspondants étrangers ou projets d’espions. Les Médias étrangers et le pouvoir. De Ben Bella à Abdelaziz Bouteflika ». On a cherché celle qui a écrit ce livre, on a voulu l’approcher pour lui poser cette question : « Pourquoi ce livre  ? ». Elle nous dit tout.

Fatiha Bourouina, est l’auteure de cette recherche écrite en langue arabe, et qui mérite amplement une traduction. Journaliste algérienne depuis 1988, elle a sillonné les médias algériens et a été également correspondante de presse à partir d’Alger. Elle a été notamment productrice à la radio et même rédactrice en chef d’une chaîne de télévision. Membre fondateur du « Club des journalistes écrivains », elle a fait parlé d’elle avec son tout premier roman, « le Veuve » paru en 2009.

Elle revient en cette fin d’année 2016 avec ce livre qui suscite questionnements et débat.  Elle le propose au public et aussi aux professionnels de la plume, de l’audio et de l’image. Le livre peut être expliqué de la sorte : « Les représentants des médias étrangers en Algérie .. quelle relation avec le pouvoir..  »

Pour le choix du sujet, elle insiste que le thème était motivé par le manque de documentation conséquente, voire inexistante, qui traite de la situation des correspondants de médias étrangers en Algérie. Elle explique : « le nombre insignifiant des acteurs de cette frange de journalistes par rapport à celui existant dans la corporation n’aidant pas à constituer un pôle qui organise cette fonction dans notre pays et le peu d’intérêt que leur accordent les autorités algériennes font des correspondants de presse étrangère des journalistes «pseudo clandestins». Bien qu’ils aient des cartes de presse, accrédités par le ministère de la communication, les correspondants de presse étrangère font face à de multiples contraintes que ce livre a tenté de dévoiler ».

Se basant sur la réalité de ces journalistes en Algérie, s’intéressant à leur passé et à leur évolution, leur nationalité algérienne ou étrangère, leur réalité actuelle, les textes qui régissent le fonctionnement de leur métier, l’auteure veut « mettre en évidence les lacunes et carences qui jonchent le parcours de cette fonction dans le but de leur trouver des solutions adéquates qui contribueront même à une meilleure prise en charge ».

Fatiha revient dans le livre sur le rôle joué par le correspondant de la presse étrangère durant la décennie noire. Elle considère qu’« il était plus qu’important ». Elle y recense l’ensemble des problèmes de l’époque et leur nature et se pose des questions : « Y avaient-ils une sorte de lignes rouges que les correspondants étrangers ne pouvaient dépasser ? Qui dressait ses lignes rouges ? Comment était la suite pour ceux qui les dépassaient ? »

Pour ce faire, le livre s’est axé sur les statistiques des autorités algériennes afin de connaître le nombre de correspondants des médias étrangers depuis l’indépendance à nos jours et ainsi faire la lumière sur leur travail et leur influence et leur évolution.

Fatiha dira avoir procédé à des entretiens avec le plus grand nombre de correspondants de médias étrangers avec lesquels nous avions développer les sujets relatifs à leurs conditions de travail en Algérie. Et assure que ses entretiens « ont été renforcés par des questionnaires bien détaillés se rapportant a des sujets liés directement à la nature de leur travail dans un pays en perpétuelle transition politique et sécuritaire surtout lors de la décennie noire qui était bien spécifique à l’Algérie ».

Fatiha plonge dans l’histoire pour faire rappeler qu’à « chaque fois que les dirigeants du pays voulaient faire passer des messages, ils avaient recours aux médias étrangers de grandes envergures. Il faudrait retenir que ces derniers ont, depuis la création de l’Etat Algérien, la primeur des grandes annonces des dirigeants algériens (interviews des Présidents Boumediene, Chadli et Bouteflika à Paul Balta, et Daniel Junqua correspondants permanents du quotidien français « Le Monde », ainsi qu’à Jean Daniel (du Nouvel Observateur) et Pierre El Kabach de la télévision française) ».

Confirmant une vérité déjà vérifiée, elle écrit : « La plupart des correspondants de médias étrangers travaillent en étroite collaboration avec les représentations diplomatiques de leurs pays et jouent le plus souvent le rôle de facilitateur entre celles-ci et les pouvoirs publics. Ce qui fait d’eux des maillons importants en matière de communication vers l’extérieur ». Pour cela Fatiha déduit que « ceci impliquerait que les correspondants de médias étrangers jouiraient d’une place importante dans l’échiquier des tenants des règnes de la maison Algérie, conscients de leur rôle ».

Mais, notant une anomalie, elle  confirme que « paradoxalement, le recours à la clandestinité d’un nombre non négligeable de correspondants des médias étrangers en Algérie, particulièrement de nationalité algérienne, comme seul moyen pour exercer en liberté, crée un climat de non confiance, causant par la même de grandes pertes à l’«image du pays», grand souci des pouvoirs publics ». Cette analyse la pousse à dire que « les conséquences conflictuelles résultant des agissements de ces correspondants qui sortent du cadre de leur profession, en abusant de l’anonymat, n’auraient pas eu lieu d’être posées si leur prise en charge par les pouvoirs publics avait été gérée de manière souple et flexible ».

Fatiha, conclut que l’amélioration des conditions de travail des représentants des médias étrangers, constitue un investissement intéressant et ne pourrait qu’être bénéfique pour redorer le blason de l’image de notre pays dans les médias étrangers.

F.C

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