Analyse

Erdogan a trop et peu dit

Lors de sa très attendue prise de parole au Parlement turc devant les élus de son parti, le Président Erdogan a réfuté la version de Ryad présentant la mort du journaliste Jamal Khashoggi à l'intérieur du consulat Saoudien à Istanbul comme ayant résulté d'une rixe qui a mal tourné.

Erdogan a trop et peu dit

Par : Kharroubi Habib

Lors de sa très attendue prise de parole au Parlement turc devant les élus de son parti, le Président Erdogan a réfuté la version de Ryad présentant la mort du journaliste Jamal Khashoggi à l’intérieur du consulat Saoudien à Istanbul comme ayant résulté d’une rixe qui a mal tourné. S’appuyant sur des faits mis au jour par l’enquête que mènent les services de son pays, il a en effet affirmé que ce qui est arrivé au journaliste est un assassinat politique qui a été planifié des jours à l’avance. Hormis d’avoir officiellement contredit la présentation saoudienne réduisant l’assassinat de Khashoggi à une regrettable erreur provoquée par des éléments «incontrôlés», le président turc n’a pas fait les «fracassantes» révélations qu’ont attendues de lui les médias et l’opinion internationale en se fiant à sa promesse de porter à leur connaissance tout ce que dévoilera l’enquête ordonnée par lui.

Cela constaté, se pose la question de savoir si Erdogan a délibérément opté pour ne pas rendre public ce que cette enquête a établi conduisant aux auteurs de la préméditation qu’il a présentée comme avérée. Pour tous les médias qui enquêtent en parallèle sur l’affaire et pour qui tous les indices qu’ils sont parvenus à réunir pointent la responsabilité du haut sommet de l’Etat saoudien dans la préméditation de la mort du journaliste, il ne fait aucun doute qu’Erdogan s’est adonné à l’exercice de ne pas enfoncer les dirigeants de Ryad. Il leur apparaît clair que le maître d’Ankara est tout aussi soucieux que Donald Trump et les autres dirigeants des grandes puissances occidentales de ménager la famille régnante saoudienne en ne lui imputant pas d’être l’instigatrice de la préméditation, mais tout aussi clair qu’il détient sur elle de quoi la contraindre à changer ses positions politiques à l’égard des ambitions régionales qu’il a assignées à la Turquie.

Ce qui transparaît dans l’affirmation qu’il a martelée que son pays continuera à exiger que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de Khashoggi et que seront punies «toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires». Parmi ces derniers le président turc n’exclut apparemment pas le prince Mohamed Ben Salmane dont il s’est gardé de dire croire en la sincérité alors qu’il a attesté de celle de son père le roi régnant. Sa subtile distinction a donné à comprendre qu’Erdogan a transmis à Ryad le message qu’il lui faut composer avec Ankara en lui accordant gain de cause pour ses demandes liées à l’affaire Khashoggi mais aussi à conforter le partenariat économique qui les lie et que leur rivalité diplomatique sur des dossiers régionaux était en train de saper. En s’astreignant à la modération dans ces accusations à charge contre la monarchie saoudienne, Erdogan a voulu également se présenter sous l’aspect d’un homme d’Etat qui ne se précipite pas à tirer de conclusions hâtives dont les répercussions susciteraient d’inévitables et dangereuses tensions avec un pays lui-même puissance régionale avec lequel la Turquie a des relations déjà complexes.

KH.H

 

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