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Entretien : Kamel Daoud : « L’Algérien a le droit d’être le centre du monde »

L’écrivain Algérien, Kamel Daoud, a bien voulu répondre aux questions de Littérature-Algérienne pour la parution de son nouveau livre, Le Peintre dévorant la femme, aux Editions Barzakh en Algérie et aux éditions Stock en France.

Entretien : Kamel Daoud

« L’Algérien a le droit d’être le centre du monde »

Littérature Algérienne / L’écrivain algérien, Kamel Daoud, a bien voulu répondre aux questions de Littérature-Algérienne pour la parution de son nouveau livre, Le Peintre dévorant la femme, aux Editions Barzakh en Algérie et aux éditions Stock en France.

Vous venez de publier un essai, Le Peintre dévorant la femme, votre récit d’une nuit passée au Musée national Picasso, à Paris. Comment vous est venue cette idée et pourquoi avoir choisi cet exercice littéraire ?

C’est une proposition qui m’a été faite par mon amie et directrice de la collection aux Editions Stock : passer une nuit dans le Musée Picasso et écrire ce que je veux. J’ai accepté pour quelques raisons : c’est un exercice nouveau pour moi, les textes algériens sur la peinture et l’érotisme sont rares, et cela me permet de penser mon rapport à l’image qui, tragiquement se trouve au nœud de nos douleurs de représentations, d’acceptation de l’image et de l’image de soi, de nos dénis et imaginaires. Le choix de l’exposition dépendant cependant de moi, de ma présence à Paris ou pas.

L’actualité nationale récente donne échos à votre livre, avec le débat ayant entouré la nouvelle tentative de vandalisme sur la statue d’Ain El Fouara de Sétif nous renseigne sur notre rapport compliqué au corps de la femme, qu’avez-vous pensez de tout cela ?

Ce que j’en ai pensé, je l’ai justement écrit. Ou essayé d’écrire. Le sort fait à cette statue est le résumé de nos misères : elle est femme, elle est art, elle est corps, elle est nue. C’est le contraire de l’obscur, de l’obtus, du virilisme, de l’identitaire renfermé sur soi et sa souche et ses croyances, elle est le contraire de l’effacement, de l’inhumain, de ce qui est refusé par nos consciences. Curieusement, comme l’a remarqué un algérien, on n’attaque pas les statues d’hommes ou d’animaux. On aura beau essayer de « déculpabiliser » les auteurs, à chaque fois, par la presse islamiste, évoquant un problème de logement ou des soucis psychiatriques, ce n’est pas vrai. Pas entièrement. L’homme au marteau n’attaque pas une daïra ou un commissariat, mais la statue de Aïn Fouara. Il y a une matrice derrière ce faux fait divers. La théorie de l’acte isolé est une vieille méthode pour se laver les mains. Ce n’est pas l’homme au marteau qui est malade, c’est nous tous. On peut le nier, crier à la haine de soi quand je le dis, mais c’est la réalité de nos désastres en culture, en humain, en altérité et en acceptation de l’autre et du désir du monde.

Vous venez de remporter la 33ème édition du Prix Méditerranée pour votre deuxième roman, Zabor, ou les psaumes, paru aux éditions Barzakh, une nouvelle distinction dans votre jeune carrière de romancier. Qu’est ce que cette réussite vous apporte-elle dans votre vie d’écrivain ?

Un prix est une reconnaissance. Une solidarité, pas une récupération. C’est un hommage, pas la preuve d’une théorie du complot. L’Algérien a le droit d’être le centre du monde, de raconter l’universel et d’être honoré pour cela. Je rêve de moments ou les algériens, partout, remporteront le maximum de prix dans le monde. Cela nous guérira de notre manque de confiance en nous-mêmes et nous offrira le monde, en quelque sorte. Dans ma vie d’écrivain, la reconnaissance est importante, elle est venue avec les miens et, aujourd’hui, avec des pays pour qui j’éprouve une passion culturelle et j’espère continuer.

Le Salon international du livre d’Alger est l’événement culturel majeure du pays, saurais-vous présent cette année à la 23ème édition ?

Oui, bien sûr et comme chaque année presque.

Vous avez déclaré dans un de vos récents tweets que la tombe de votre défunt père a été détruite, le jour de l’anniversaire de sa mort, et cela en compagnie d’autres tombes dans votre village natal, un commentaire ?

Non. C’est une douleur intime, pas un spectacle. C’est un fait grave qui nous implique tous. Nous concerne tous.

Si je vous dis littérature algérienne, vous me répondez…

Conquête du monde, marcher sur la lune, raconter, affirmer, soutenir, défendre et partager, réussir, creuser, construire du sens, parricide et infanticide, hommage et refus.

 Merci de nous avoir consacré du temps, un dernier mot ?

J’espère que non. Un dernier mot est la pire formule trouvée : on le demande à un mourant, pas au vivant qui espère. Il faut écrire, arrêter de juger les écrivains algériens, les pendre et les lapider, il faut les soutenir et les lire. Arrêter d’en fabriquer des traitres ou leur demander ce qu’on n’ose pas faire soi-même ou les accuser de nos propres défauts. Le livre algérien a besoin d’aide, les éditeurs aussi, les libraires, le lecteur. Il faut arrêter de gémir, et écrire et lire, acheter et fabriquer du livre. Il faut rêver et pas de l’au-delà.

Littérature Algérienne

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