L'édito

L’Edito de Fayçal Charif : Commémoration du 19 mars 1962. Quand une date rattrape l’histoire

L’Edito de Fayçal Charif

Commémoration du 19 mars 1962. Quand une date rattrape l’histoire 

Le 19 Mars 1962, le 19 mars 2016. Les années ont passées, mais les choses semblent figées, à l’arrêt… historiquement, politiquement et même socialement. 54 années après le cessez-le feu décrété après de longues et difficiles négociations, les relations entre l’Algérie et la France sont toujours tendues, même si des éclaircies diplomatiques, économiques et même des échanges culturels et touristiques peuvent donner espoir aux générations futures.
Elle est terrible cette histoire entre l’Algérie et la France. Elle est tumultueuse, déchirante et même sanglante. A chaque occasion qui fait rappeler l’histoire entre les deux pays, ici et là en France et en Algérie, des voix se font entendre pour dire des choses sensées, apaisantes et objectives et qui oeuvrent pour imaginer « une paix historique ». Mais d’autres voix, généralement en France, montent sur les toits et crient à qui veulent entendre leur mépris à l’histoire commune de deux pays, des deux nations et des deux peuples.

Ces voix qui enfoncent le clou, et remuent le couteau dans la plaie, empêchent tout apaisement et tout regard responsable à ce qui s’est passé durant 132 longues années de l’autre côté de la rive, l’Algérie.
En Algérie, à chaque occasion qui fait référence à cette tragique, douloureuse et sanglante histoire de la colonisation française, les algériens ne demandent qu’une seule chose : Que la France reconnaisse son tort et tout le mal qu’elle a fait pendant un siècle et demi à tout un peuple.

Comme aujourd’hui, le 19 mars, l’Algérie célèbre le jour de la victoire en pensant à ses martyrs durant toutes ces années du colonialisme et non pas seulement ceux qui sont tombés aux champs d’honneur pendant la terrible guerre d’Algérie. Par ailleurs, en France on célèbre aussi ce jour, mais différemment de la célébration algérienne et de manière controversé, à tel point qu’on ne sait pas pourquoi on commémore cet anniversaire.

Les discordances des politiques français ont toujours été de mise depuis des années par rapport à cette date, par rapport aussi à l’identification de la guerre d’Algérie et par rapport à cette colonisation qui ne peut en aucun cas être un bienfait de l’histoire. Certains, commémorent cette journée en se rappelant les victimes françaises de la guerre d’Algérie, d’autres le font pour dire : tant mieux que la guerre ait pris fin.

Il y a également ceux qui célèbrent ce jour comme une victoire de la France dans une guerre nommée « insurrection » et bizarrement, il y a ceux qui refusent catégoriquement cette commémoration, ceux là même qui considèrent toujours l’Algérie comme un territoire français et pour eux ce jour est un jour de défaite de l’armée française dans la guerre d’Algérie, et un souvenir d’abandon de l’état français du « territoire Algérie ».

Comme quoi, cette journée aux résonances historiques, qui en Algérie rassemble et permet la communion de tout un peuple autour d’une date de l’histoire qui a vu l’Algérie devenir libre et indépendante, est une journée qui fâche et qui divise en France. Elle est même utilisée dans la politique, qu’elle soit diplomatique, électorale et ouvre même les portes de la politique politicienne.

La date du 8 mars 1962 devrait être significative pour les deux peuples. Une date qui a mis un terme à une guerre atroce qui a duré 7 ans et demi et mis fin à une colonisation qui a perduré 132 longues et pénibles années. C’est ce que l’histoire retient.

Mais cette histoire est racontée différemment. C’est évident, parce que le récit de la victime ne peut ressembler en aucun cas au récit de l’agresseur qui croit avoir agressée pour le bien d’un autre peuple. Les deux états se sont toujours tournés le dos dès qu’il est question de la guerre d’Algérie et de de la colonisation. Un état d’esprit toujours vivace en 2016.

Les historiens courageux, les analystes audacieux et les politiciens vrais et authentiques, qui sont loin de la langue de bois, de la surenchère historique et de la récupération politique, sont unanimes pour dire avec insistance que pour dépasser l’atroce réalité de l’histoire et dépassionner les débats de ses 132 ans d’histoire commune entre l’Algérie et de la France, il est nécessaire de se regarder en face et de se dire la vérité historique pour le bien des deux pays, des deux peuples et pour le salut des générations futures des deux nations.

Mais pour cela, qui fera le premier pas ? L’agresseur ou l’agressé ? le bourreau ou la victime ? Le tortionnaire ou le torturé ? Si la France a le courage – qui deviendra mérite -, d’ouvrir en toute sincérité cette page noire du (son) colonialisme et reconnaître avec responsabilité et bravoure les torts de la colonisation et les affres de la guerre, l’Algérie saura sans nul doute tourner cette page douloureuse de l’histoire de son peuple. C’est dans cette approche seulement qu’une ère nouvelle pour les deux pays peut se voir à l’horizon.

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