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Covid-19/Sahel : attaques terroristes et conflits, une « trêve sanitaire » au second plan

BAMAKO - La "trêve sanitaire" face au Coronavirus (Covd-19) ne semble pas avoir lieu dans la région du Sahel, en proie à des attaques terroristes, conflits intercommunautaires et enlèvements ayant touché notamment le Mali et le Tchad ces derniers jours, rapportent les médias maliens citant des analystes.

Covid-19/Sahel : attaques terroristes et conflits, une « trêve sanitaire » au second plan

BAMAKO – La « trêve sanitaire » face au Coronavirus (Covd-19) ne semble pas avoir lieu dans la région du Sahel, en proie à des attaques terroristes, conflits intercommunautaires et enlèvements ayant touché notamment le Mali et le Tchad ces derniers jours, rapportent les médias maliens citant des analystes.

 « Attaques contre des bases militaires, conflits entre communautés, enlèvements de candidats aux élections législatives, les derniers événements dans le Sahel mettent en lumière la déliquescence de la région. Les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les pays occidentaux pourraient rebattre les cartes », analyse Leslie Varenne, de l’Institut de veille et d’étude des relations internationales et stratégiques (IVERIS).

Le Sahel est-il en train de se « Somaliser » ? Comparaison n’est pas raison, les contextes historique et politique sont différents. Mais dans les faits, le compte y est : armées nationales « en déroute, économie de prébendes, et forces internationales impuissantes malgré un déploiement de forces impressionnant et populations livrées à elles-mêmes », relèvent les analystes.

Des armées nationales durement touchées

Le 19 mars, l’armée Malienne a, de nouveau, été la cible d’une attaque terroriste contre le poste militaire de Tarkint, situé au nord de Gao dans le nord du Mali. Au moins 30 soldats ont été tués.

Le 23 mars, plus de 100 militaires Tchadiens ont été tués lors d’une attaque du groupe terroriste Nigérian, Boko Haram, à Boma dans la province du Lac.

La zone du Lac Tchad est déclarée « zone d’opération », a annoncé jeudi le Ministre d’Etat et Secrétaire Général de la Présidence Tchadienne, Kalzeubé Payimi Deubet, trois jours après cette attaque.

De par sa capacité à agir dans le désert, de par ses techniques de combat et le courage de ses soldats, l’armée Tchadienne est toujours considérée comme la « meilleure » des pays du G5. Si elle subit aussi les affres des groupes armés terroristes, cela risque de « démoraliser » les troupes Africaines. Cela affaiblit également la stratégie de l’opération Berkhane pour le Sahel, souligne-t-on de mêmes sources.

Dans ce cadre, il était d’ailleurs prévu qu’un bataillon de 500 soldats Tchadiens se déploie prochainement dans la zone des Trois frontières (Mali, Burkina Faso et Niger).

Combats intercommunautaires

Mais au Sahel, les combats les plus meurtriers ont lieu entre des communautés qui jusqu’en 2015 cohabitaient pacifiquement. Après les nombreux massacres commis par des milices contre les Peuls, ces derniers ont décidé de se « venger ».

Depuis quelques mois, un cycle d’attaques/représailles s’est installé : Peuls contre Mossis au Burkina Faso, Peuls contre Dogons au Mali. Au Mali, dans le cercle de Bankass (centre) précisément, ces violences atteignent leur paroxysme. Le 22 mars dernier, des hommes vêtus d’uniformes militaires ont attaqué trois villages peuls, à Yira, Dien et Dissa à 80 km de la ville de Bankass, tuant 19 Peuls. Ces derniers ne sont pas en reste, au cours des dix premiers jours du mois de mars, toujours dans le cercle de Bankass, 15 villages dogons ont été rayés de la carte.

Selon un membre Malien de la communauté peule, très au fait de la situation, par ces attaques, les Peuls cherchent à créer des « rapports de force afin de pouvoir signer des accords de paix locaux ». Certains Dogons y seraient favorables, d’autres s’y refuseraient. Dans certaines localités, les premiers s’allieraient avec les Peuls pour faire plier les Dogons récalcitrants, rendant ainsi la situation aussi complexe qu’illisible, soulignent les analystes.

Toutes ces exactions – »tueries, villages incendiés, bétails volés », commises par l’une ou l’autre des parties– font fuir les populations qui viennent ainsi grossir les rangs des déplacés internes. Face à l’ampleur des attaques terroristes et autres violences, le gouvernement malien et la Mission de maintien de la paix de l’ONU (Minusma), dont une des principales missions, faut-il le rappeler, consiste à protéger la population, peinent à assurer la sécurité des populations.

Au Mali, les terroristes s’affrontent aussi

Dans la région de Mopti et dans une partie de celle de Ségou, les éléments du groupe terroriste (JNIM), affilié à Al Qaida, combattent ceux de l’organisation terroriste autoproclamée Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS).

Lors de derniers affrontements qui ont eu lieu récemment dans les environs de Nampala, les pertes dans les rangs de l’EIGS auraient été nombreuses. L’enjeu de cette « guerre » serait, selon un observateur malien, d’obtenir une « répartition claire du territoire, le JNIM souhaitant rester seul maître de la rive gauche du fleuve Niger ».

Ces groupes terroristes ont pu prospérer sur un terrain favorable fourni par la sécheresse et des rivalités historiques entre agriculteurs et éleveurs. La région est également riche en trafics, relève-t-on.

« Dans certains cas comme le trafic de drogue, les terroristes laissent faire en prélevant des taxes », relate Baba Dakono de l’Institut d’études de sécurité de Dakar.

Le tableau ne serait pas complet sans faire état de tous les morts et blessés par l’explosion des IED (engins explosifs improvisés). Au cours de ces derniers jours, deux soldats maliens ont été tués et deux Casques bleus de la (Minusma) grièvement blessés.

Et comme si la situation n’était pas assez délétère, le chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé et sa délégation en campagne pour les élections législatives qui doivent se tenir ce dimanche ont été enlevés dans la circonscription de Niafunké. La semaine dernière déjà, un candidat du parti RPM et ses accompagnateurs avaient été « retenus » pendant 48 heures

Les violences terroristes, souvent entremêlées à des conflits intercommunautaires, ont fait quelque 4000 morts en 2019 au Burkina Faso, au Mali et au Niger, selon l’ONU.  Et la « trêve sanitaire » au Sahel, comme ailleurs dans d’autres pays en conflits, n’a pas lieu, soulignent encore les analystes.

Aps

 

 

 

 

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