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Cinq questions sur la maladie, peut-être liée au coronavirus, qui touche des jeunes enfants

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré avoir été informé d'une quinzaine d'enfants atteints dans l'Hexagone, sans aucun décès. Les symptômes de cette maladie ressemblent à ceux d'une pathologie connue, mais très rare : la maladie de Kawasaki.

Cinq questions sur la maladie, peut-être liée au coronavirus, qui touche des jeunes enfants et inquiète plusieurs pays dont la France.

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré avoir été informé d’une quinzaine d’enfants atteints dans l’Hexagone, sans aucun décès. Les symptômes de cette maladie ressemblent à ceux d’une pathologie connue, mais très rare : la maladie de Kawasaki.

Ce ne sont que quelques cas, mais ils donnent des sueurs froides à certains parents. Des médecins de plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni, l’Espagne ou l’Italie, ont signalé ces derniers jours l’apparition de cas d’enfants présentant des pathologies graves pouvant aller jusqu’à la défaillance cardiaque. En France, on en compte « une quinzaine » en région Parisienne, a affirmé le Ministre de la Santé, Olivier Véran, mercredi 29 avril sur franceinfo, affirmant prendre ces signalements « très au sérieux » et appelant à recueillir « le maximum de données possible ».

Les symptômes suggèrent une forme atypique d’une pathologie infantile rare mais connue : la maladie de Kawasaki. Certains de ces enfants ont toutefois été testés positifs au Covid-19 et l’apparition de ces cas en pleine épidémie interroge sur un possible lien entre les symptômes et le coronavirus. Un lien qui n’est cependant pas confirmé, comme de nombreux autres éléments concernant ces enfants malades.

Pourquoi parle-t-on soudainement d’une nouvelle maladie frappant des enfants ?

Le sujet émerge depuis quelques jours, après des alertes simultanées dans plusieurs pays. Au Royaume-Uni, la Société de soins intensifs pédiatriques a révélé (PDF en Anglais), lundi, avoir reçu une alerte des services de santé concernant « une légère hausse du nombre d’enfants malades dans un état critique » présentant « un tableau clinique inhabituel », qui mêle des signes d’un syndrome de choc toxique, d’une forme « atypique » de la maladie de Kawasaki et du Covid-19. Le Ministre de la Santé Britannique, Matt Hancock, s’est dit « très inquiet » et a assuré que les autorités sanitaires se penchaient sur la question.

Ce même jour, l’Association pédiatrique Espagnole (en Espagnol) a informé les pédiatres du pays de l’apparition de cas de « chocs » et de nouveaux types de symptômes chez des enfants, depuis deux semaines. En Italie, une lettre a également été envoyée aux pédiatres, affirme le Corriere della sera (en italien). Un pédiatre urgentiste de Bergame, dans la région la plus touchée par l’épidémie, explique avoir identifié des cas dans son hôpital, le premier étant arrivé le 21 avril. Des cas ont également été rapportés aux Etats-Unis, et des soupçons existent en Belgique et en Australie.

En France, le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé mercredi avoir reçu une alerte « de la part d’équipes Parisiennes » au sujet de symptômes similaires à ceux évoqués outre-Manche. « Je mobilise la communauté soignante, la communauté scientifique en France et à l’international pour avoir le maximum de données possible », a-t-il affirmé. La veille, la professeure Isabelle Koné-Paut, responsable du réseau national de surveillance de la maladie de Kawasaki, confirmait à La Dépêche du Midi et au Point l’existence de cas en France : « Depuis un mois, on reçoit régulièrement des appels de réanimateurs pour des enfants qui présentent un tableau de myocardite sévère et qui ont, en plus, des signes de la maladie de Kawasaki, certains d’entre eux ont été testés positifs au Covid-19 », affirmait-elle au quotidien régional.

Cela concerne-t-il beaucoup d’enfants ?

Non, le nombre de cas signalés est très faible. En France, Olivier Véran a déclaré être informé d’une « quinzaine d’enfants » présentant ces symptômes, et a assuré qu’aucun n’était mort, « à [sa] connaissance ». Isabelle Koné-Paut évoquait, selon La Dépêche du Midi, une vingtaine de cas en Ile-de-France, chez « des enfants qui ont entre 2 et 10 ans, qui n’ont pas d’antécédent notable, et pas de maladie chronique. » 

Au Royaume-Uni, Matt Hancock affirme n’avoir pas non plus connaissance de décès d’enfant liés à ce type de symptômes et assure, sans plus de précision que « le nombre de cas est faible ». L’Association espagnole de pédiatrie assure que « très peu de cas ont été signalés » et appelle les parents « au calme ». En Italie, les autorités n’ont pas présenté de décompte, mais le pédiatre de Bergame interrogé par le Corriere della sera fait état de vingt cas dans son hôpital, et un homologue de Gênes dit en traiter cinq autres.

Ce faible décompte dépasse cependant largement le nombre habituel de cas de la maladie de Kawasaki : à Bergame, l’hôpital Jean-XXIII dit en avoir reçu en un mois autant qu’il en reçoit habituellement en trois ans. En France, moins de 500 cas sont signalés chaque année, explique Le Point.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Les enfants atteints en France « présentent des symptômes de fièvre, digestifs et un syndrome inflammatoire vasculaire assez général qui peut provoquer une défaillance cardiaque », a résumé Olivier Véran. La Société britannique de soins intensifs pédiatriques décrit sensiblement le même tableau, auquel elle ajoute les « douleurs abdominales ». Les symptômes constatés, explique-t-elle, mêlent des signes du Covid-19, d’un choc toxique lié à une infection, et de la maladie de Kawasaki.

Cette dernière se manifeste habituellement par des fièvres, des éruptions cutanées, le gonflement des ganglions et, dans les cas sévères, une inflammation des artères qui mènent au cœur. La maladie de Kawasaki est rare et encore mal connue. Ses causes ne sont pas établies avec certitude, explique à La Dépêche du Midi Alexandre Belot, chercheur à l’Inserm : « Elle pourrait être génétique, mais elle pourrait venir du déclenchement d’une stimulation par un virus. »

Les malades signalés récemment en France ne correspondent par ailleurs pas complètement au profil habituel. « La tranche d’âge concernée par la maladie de Kawasaki, ce sont les moins de 5 ans, ici, les enfants sont un peu plus âgés », explique Isabelle Koné-Paut au Point. Elle note également que cette pathologie provoque normalement « une dilatation des artères coronaires, mais plus rarement une atteinte du muscle cardiaque ». C’est pourtant ce qu’on constate chez certains enfants hospitalisés ces dernières semaines, qui ont dû être admis en réanimation. On ignore, enfin, quels sont les antécédents médicaux des enfants touchés : « Nous aurons les résultats rapidement sur ces enfants, sur leur dossier médical, pour pouvoir explorer » des solutions, a affirmé Olivier Véran.

Quel est le rapport avec l’épidémie de coronavirus ?

L’apparition de ces cas en pleine pandémie pose question. En France, des enfants présentant ces symptômes « se sont révélés porteurs du coronavirus », a expliqué Olivier Véran. Au Royaume-Uni, c’est également le cas, mais certains ont également été testés négatifs, note la Société britannique de soins intensifs pédiatriques. On ignore, pour l’heure, s’il s’agit d’une erreur de test, ou s’ils ont pu développer la maladie de Kawasaki sans être touchés par le Covid-19. Par ailleurs, le fait d’être également porteur du virus ne suffit pas à pouvoir affirmer qu’il est responsable de cette pathologie. Les premiers cas apparaissent alors que l’épidémie dure depuis des mois, et aucun signalement similaire n’a été fait dans des pays très touchés comme la Chine.

En revanche, les symptômes décrits peuvent faire penser aux manifestations des orages de cytokine, ces emballements dangereux du système immunitaire, soupçonnés de jouer un rôle dans l’aggravation de l’état de certains malades du Covid-19. Ce ne serait pas incohérent avec les hypothèses liant le déclenchement de la maladie de Kawasaki à l’infection par des virus. Certains scientifiques ont même, par le passé, soupçonné certains coronavirus. La Société britannique de soins intensifs pédiatriques relève également que les enfants touchés présentent des « paramètres sanguins correspondant à une forme sévère du Covid-19 ».

Existe-t-il un traitement ?

On sait soigner la maladie de Kawasaki, à l’aide d’anticorps, les immunoglobulines. Il n’est toutefois pas certain que ce traitement suffise aux enfants atteints ces dernières semaines : Isabelle Koné-Paut explique qu’il « ne semble pas suffisant pour éviter l’emballement inflammatoire dans les cas signalés. Donc, il faut traiter les symptômes de la défaillance cardiaque. » 

Reste qu’aucun mort n’a été signalé jusqu’ici dans les pays concernés. Au Royaume-Uni, la Société de soins intensifs pédiatriques demande certes à ses membres de faire remonter les cas, mais n’a pas modifié ses consignes aux parents, à qui elle rappelle qu’il reste « très rare » que des enfants développent des complications importantes liées au Covid-19.

Source : franceinfo 29/04/2020

 

 

 

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