Analyse

Cessez-le-feu en Syrie: entre l’espoir d’une avancée et la crainte d’une énième déception

Cessez-le-feu en Syrie: entre l’espoir d’une avancée et la crainte d’une énième déception

Par : Kharroubi Habib

Depuis le début du conflit syrien en 2011 plusieurs cessez-le-feu négociés par Moscou et Washington ont rapidement volé en éclats en raison de leurs violations dont chaque camp belligérant en a rejeté la responsabilité sur l’autre. Ces précédents avortés ne pouvaient qu’inciter à accueillir avec circonspection l’annonce la semaine dernière d’un accord de même nature intervenu entre le gouvernement de Damas et six des principales forces armées constitutives de l’opposition au régime présentée comme « modérée » par ses soutiens occidentaux, et sous égide cette fois de Moscou, Ankara et Téhéran. Une lueur d’espoir que ce cessez-le-feu peut réellement tenir s’est fait jour au constat que depuis son entrée en vigueur jeudi 30 décembre à minuit, il est globalement respecté par les belligérants contractants, même s’il a été signalé ici et là des affrontements limités entre leurs forces en présence. Cette lueur d’espoir que l’accord de cessez-le-feu parrainé par les trois capitales en question pourrait effectivement constituer une avancée positive vers la solution du conflit syrien est partagée au sein du Conseil de sécurité de l’ONU qui a voté à l’unanimité une résolution en saluant la conclusion et exprimant le soutien des Nations unies à la démarche qui l’a rendu possible.

Tous les bons augures que l’on peut déceler dans le fait que la trêve des armes est effectivement respectée sur le terrain par les signataires de l’accord sont toutefois à relativiser précautionneusement. Il y a en effet que ce cessez-le-feu est fragile, très même, car des parties sur le terrain et extérieures n’en acceptent pas la conclusion et les perspectives qu’il ouvre à une solution politique négociée du conflit syrien. Certaines de celles qui sont sur le terrain s’estimeront en droit de le remettre en cause, même en l’ayant signé, au prétexte qu’y sont exclues des forces de l’opposition armée étant déclarées terroristes mais avec lesquelles elles font cause commune contre le régime. L’on saura la vérité sur leurs intentions à travers l’attitude qu’elles adopteront dans le face-à-face armé qui va continuer d’opposer les forces armées du régime et les groupes armés exclus du champ d’application de l’accord en raison de leur affiliation à la mouvance terroriste internationale.

Pour ce qui est des parties étrangères impliquées dans le conflit mais ayant été tenues à l’écart de la négociation de l’accord, il faut s’attendre que certaines d’entre elles feront tout pour faire capoter une démarche dont elles craignent qu’elle débouche sur un résultat ruinant les desseins qu’elles nourrissent pour la Syrie et la région du Moyen-Orient dans son ensemble. Le silence qu’elles ont observé à l’annonce de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu est indicateur qu’elles ne sont pas prêtes à contribuer à sa mise en œuvre. Elles ne peuvent apparaître publiquement opposées au cessez-le-feu ayant été accepté par leurs protégés syriens sous l’égide conjointe de la Russie, de la Turquie et de l’Iran après avoir mené un tapage médiatique et diplomatique visant à les présenter favorables à toute initiative allant dans ce sens. Elles font par conséquent le dos rond, mais ne cesseront de jeter de l’huile sur le feu pour faire voler en éclats, comme les précédents, cet accord qui ne s’est pas écrit à leurs conditions.

Celui-ci a néanmoins un tant soit peu clarifié la donne dans le conflit syrien en identifiant clairement ses protagonistes qui se partagent en ceux qui sont pour un règlement négocié et ceux pour la solution militaire excluant même pour raison humanitaire la conclusion d’un cessez-le-feu et son observation si indispensable pour permettre au peuple syrien d’en finir avec l’indicible tragédie qu’est son quotidien.

 

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