Brahim Tayeb : Le style dans le son et le sens

Brahim Tayeb
Le style dans le son et le sens

Par Fayçal Charif

Le chanteur à la voix douce et mélodieuse, aux textes profonds et troublants et au sourire fraternel et éternel était de retour il y a quelques semaines avec un nouvel album intitulé « Sigh-ed itran-ik ». Cet artiste né, un peu ignoré, un peu oublié a forcé le destin, son destin, à prendre une autre trajectoire. L’écouter chanter, c’est comme écouter un philosophe conter !!

C’est lui, Brahim Tayeb, un chanteur unique, hors-pair, hors-norme, presque inclassable, mais sa grande classe artistique est reconnue. Nous avons approché l’artiste et l’homme qui nous a confirmé sa présence ce mardi 30 janvier à la librairie de l’ANEP, pour une rencontre avec son public, suivie d’une vente-dédicace de son dernier opus. Une nouvelle recherche dans le texte et dans la musicologie qui a donné un produit profond, émouvant qui fait vibrer.

Cet artiste engagé, décidé et surtout déterminé, s’est frayé un chemin dans la cité de l’art musical algérien en empruntant les sentiers de la belle musique kabyle. Ceux qui maîtrisent le kabyle sont envoutés par ses textes, ceux qui ne comprennent pas cette langue, sont subjugués par la musique qui leur traduit tout.

Le chanteur est resté fidèle à son style dans ce nouvel album qui a déjà fait le tour de l’Algérie. Six belles chansons qui abordent « différents sujets du vécu, notre malaises et nos maux » explique-t-il. « C’est un travail de recherche qui a duré plus d’une année et j’ai voulu apporter un plus en mariant ma voix à des voix de chanteurs algériens comme Hassiba Amrouche avec qui j’ai chanté en duo la chanson phare de l’album ». Ce nouvel album de Brahim Tayeb est également un hommage rendu au Grand Maître Cherif kheddam « amctuh deg fenanen ».

Comme à son habitude, Brahim Tayeb reste « exigeant et perfectionniste » dans le son et dans le sens. En écoutant, on est porté dans un monde musical en symbiose. Tout y est, du châabi-flamenco, des notes orientales, des vibrations de jazz ou de Blues. Des genres confectionnés pour faire le style Brahim Tayeb.

Cet artiste grand amoureux de « la musique algérienne, fan de Mohamed Abdelouaheb comme de Jacques Brel et accro aux musiques du monde », compte à son actif sept albums. Sa carrière artistique avait débuté dans les années 80.

Né le 16 mars 1966 à Larbaa Nath Irathen, Brahim Tayeb a débuté sa scolarité à l’Ecole des aveugles d’El Achour. Au lycée et à l’université d’Alger pour des études d’interprétariat, il n’avait jamais laissé de côté sa grande passion, la musique. « C’était ma véritable passion, ma raison d’être » avoue-t-il.

Quand il produit, à la fin des années 80, la célèbre « ussan nni » (ces jours-là), sa côte est montée sans jamais redescendre. Il est sollicité partout en Algérie et même à l’étranger en participant à des festivités et journées culturelles, notamment la France. Il est reconnu aussi pour être un excellent guitariste et luthiste (Oud). Avec le Oud, il joue avec son coeur. Les sons, les tons et les genres, il les apprivoise avec tendresse et les met en forme pour sa musique. Il est également auteur, compositeur et interprète. Tout cela fait que Brahim Tayeb n’est pas un chanteur quelconque, bien au contraire, c’est un artiste complet qu’on ne croise pas souvent dans le monde de la musique. « Je cherche toujours le beau, mais il faut bien le trouver. Je vais au delà de mes limites, mais je n’abdique jamais. Je ne triche pas, d’ailleurs, je ne sais pas et n’aime pas le faire… ».

Brahim Tayeb est un artiste. Plus que ça, un grand artiste. Le rencontrer est un plaisir, échanger avec lui est enrichissant, non seulement sur le plan musical et artistique, mais aussi, sur le plan des valeurs humaines. A la fin d’un long échange, on comprend bien l’étendue de ses textes et la finesse de ses écrits.

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