Analyse

Boycott et abstention, la hantise du pouvoir

Boycott et abstention, la hantise du pouvoir

Par : Kharroubi Habib

Dans le point de presse qu’il a animé à l’issue de la réunion du comité central de son parti Talai El Houriat qui a voté à une très large majorité le boycott des élections législatives, Ali Benflis a déclaré s’attendre à ce que sa formation subisse des harcèlements administratifs et autres qui viseront à la bâillonner et à l’empêcher d’aller au devant des citoyens pour leur expliciter le bien-fondé de sa position. En attendant de vérifier si ce que le président de Talai El Houriat prête comme intention à l’égard de sa formation de la part du pouvoir va se concrétiser, l’on peut néanmoins avancer que sa décision de boycotter les élections législatives est mal prise par ce dernier et qu’il semble en avoir pris prétexte pour faire revoir en les durcissant les sanctions qu’encourent les partis boycotteurs prévues dans le nouveau code des partis en cours d’élaboration. C’est en tout cas ce qu’a laissé entrevoir le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales lors de la visite dans la wilaya de Oued Souf.

Le boycott électoral dont Talai El Houriat est partisan et l’abstention citoyenne envisagée comme allant être massive inquiètent incontestablement les tenants du pouvoir. Ce que Noureddine Bedoui n’a pas scellé en avouant « nous ne serons pas à l’aise face au boycott des partis politiques et l’abstention des citoyens ». Si les milieux au nom desquels s’est exprimé le ministre de l’Intérieur vont comme le pense Ali Benflis être tentés d’intimider et de museler les partis boycotteurs, ils sont en revanche franchement en manque de solution qui prémunirait le scrutin contre l’abstention citoyenne massive qui est reconnue par Noureddine Bedoui comme étant une forme de sanction. Les boycotteurs partisans et les citoyens abstentionnistes ont en commun le refus de cautionner des élections qu’ils estiment ne servant qu’à entretenir l’illusion d’une vie et de pratiques démocratiques et de nullement croire que le nouveau code électoral concocté par le pouvoir a apporté des garanties qui vont assurer leur transparence et régularité. Peut-être que la politique de la chaise vide adoptée par Talai El Houriat et d’autres formations de l’opposition ainsi que l’abstention citoyenne ne sont pas la « bonne » solution comme l’a prétendu Noureddine Bedoui. Mais c’est la seule par laquelle ils peuvent exprimer leur refus d’une « cuisine » électorale vouée à pérenniser un régime ayant failli en tout ce qu’il a entrepris et devenu de ce fait le problème qui hypothèque toute solution pour la sortie du pays de la crise multidimensionnelle dans laquelle il se débat.

Les partis d’opposition ayant pour une raison ou une autre fait option de ne pas pratiquer la politique de la chaise vide et vont ainsi contribuer à la parodie démocratique qu’ils dénoncent pourtant comme allant se produire ont pris le risque de se voir partageant la même sanction électorale que sera la désertion des urnes par l’électorat.

 

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