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Boudaa Leuldja : Les soupirs d’une Moudjahida

Boudaa Leuldja

Les soupirs d’une Moudjahida

Par Fayçal Charif

Il y a des rencontres qui ne s’oublient pas, des personnes avec qui le temps reste suspendu. Il y a des Femmes qui valent mille Hommes. Aller à la rencontre d’une Moudjahida est un itinéraire émouvant, troublant qui vous laisse sans voix. Quand une Moudjahida raconte, c’est un moment fort qui mène droit vers l’histoire de la révolution algérienne. Le récit est foudroyant de vérités, lourd en événements et riche en enseignements. Avec les terribles histoires de Djamila Bouhired, Djamila Bouazaa, Djamila Boupacha…voici l’histoire d’une autre Djamila de l’Algérie : Leuldja Boudaa.

Elle approche les 80 ans, mais elle reste lucide. Sa mémoire est vivace, et même si le temps a fait son effet sur la mémoire, il suffit qu’elle relate un fait, un événement que tout remonte à la surface avec un détail impressionnant.

Il y a plus de soixante ans cette grande et honorable Dame, a rallié la cause de son peuple et de son pays en devenant militante et Moudjahida lors de la révolution algérienne. Son parcours de combattante pour la liberté de l’Algérie est un livre ouvert sur l’histoire. Une longue histoire qu’elle raconte souvent avec des larmes, du chagrin et de la peine, mais parfois un sourire, et même un rire timide qui surgit de nul part pour faire revenir et faire renaître avec nostalgie une autre époque avec les ami(e)s de la lutte et du combat. « Une autre époque, un autre état d’esprit… » dira-t-elle en soupirant.

Boudaa, née Aoudia Leuldja, a vu le jour le 20 février 1939 à Aomar en Kabylie. Quand à 6 ans elle ouvre ses yeux sur le monde pour le comprendre, la seconde guerre mondiale avait fermé ses portes d’enfer, mais son petit bout de petite fille algérienne lui fait rappeler les massacres de son petit peuple colonisé, à Guelma, Kharrata et Sétif. « Ces événements racontés par mes proches ont toujours été très pesants dans ma vie. Je pense que le tournant de la colonisation de l’Algérie s’est produit lors de ces tragiques massacres », se remémore Leuldja, les yeux plongés dans le vide d’un passé douloureux.

A 17 ans, les filles d’Algérie de l’époque n’avaient pas droit à l’adolescence. Elle deviennent femmes, mûres, engagées et militantes par la force des choses et des événements. A cet à âge précis, en 1956, Leuldja, toute belle et toute rayonnante, est « envoyée » en France en soutien à la révolution algérienne. Elle est agent de liaison permanente à l’échelle zonale « Paris 5ème » et réside rue Saint- Jacques d’avril 1956 à août 1962 date de son retour vers son pays libre et indépendant.

Leuldja se rappelle : « Je travaillais comme infirmière à l’hôpital Cochin, Paris 14ème. Je profitais de ce trajet que j’empruntais tous les jours, de mon domicile à mon lieu de travail, pour porter des médicaments et des instruments chirurgicaux sous ordre du professeur Boudjellab au « dépôt » de Bobigny. J’ai également transporté des armes et de l’argent d’un endroit à un autre selon les instructions et les ordres… ».

En plein Paris, et de par sa fonction, elle apportait ce qu’elle pouvait pour la cause de son pays. Pendant 6 ans, elle était au service de sa patrie. La jeune fille a approché ou était en lien direct ou indirect avec de grandes figures de la révolution. Leuldja, soupire à nouveau : « la première personne qui m’a approchée et par la suite engagée, c’est Moussa Benmoussa, dit « El-Braïdji ». C’est le tout premier qui m’a chargée des transferts d’argent et de mandats pour les moudjahidines. Il m’a également demandé d’être à l’affût de toute information concernant les moudjahidates emprisonnées, telles Zohra Drif, Djamila Bouhierd, Jaqueline Guerroudj et Mina Daniel… ».

Notre Moudjahida a approché de grands noms de la révolution, certains sont connus et même célèbres par leur courage. Avec fierté, elle cite d’autres moudjahidines qui ont apporté beaucoup comme Omar Bou Berry, Biskri, Mohamed Loubia, Omar Skikdi…la voix étouffée et les larmes aux yeux, elle soupire à nouveau.

Arrêtée à plusieurs reprises, Leuldja a été relâchée à chaque fois pour manque de preuve. « J’avais la providence avec moi, peut être la Baraka…je ne sais pas. Mais j’ai souffert des affres de la prison…peu importe, on l’a fait pour la liberté de notre pays et de notre peuple ».

En août 1962, à peine l’Algérie indépendante, on l’invite à rentrer en Algérie. « On a besoin de toi dans ton pays », cette phrase résonne en elle à nos jours. Elle n’a que 23 ans, et son dynamisme et son charisme sont très remarqués. Elle est reçue par Mohand Oulhadj qui lui confie l’encadrement des femmes algériennes dans la grande région de la Kabylie.

Elle restera fidèle à son engagement jusqu’à son retour en France en 1977 pour raisons familiales. « Mon destin m’a reconduit en France, là où j’ai milité pendant des années. La vie nous réserve toujours des surprises… ». Elle a repris son métier d’infirmière et a entamé une autre vie, mais son Algérie est restée dans son coeur.

Des aller-retour entre Paris et Alger, « pour se ressourcer et respirer l’air du bled », jusqu’en 2001 où elle entame une procédure de régularisation de sa situation en tant que membre permanent de l’OCFLN.

Un peu amère, elle avoue : « Je l’ai fait parce que la vie était devenue dure. Mais depuis, mes enfants ont grandi et s’occupent bien de moi et cette histoire de régularisation je l’ai oubliée, je n’y pense plus ».

Même triste et mélancolique, Leuldja trouve ses mots : « Merci de m’avoir écouté, cela m’a fait beaucoup de bien de parler. Embrassez l’Algérie pour moi » et confie « je vais écrire un livre sur mon parcours de moudjahida, ce sera peut-être avec ce titre : Les soupirs d’une moudjahida ».

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Un commentaire

  1. Bonjour,
    Je me permet de poste ce commentaire, car je suis également un AOUDIA et j’ai pu constater que cet femme l’est aussi et que nous sommes issus du même village en kabylie. Peut être serait elle une de mes cousines, une membre de ma famille que je n’ai pas connu ? J’aimerai savoir si je pourrai la contacte ou avoir un moyen de lui parler. Merci

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