Analyse

Attentat d’Ankara : un empressement douteux à imputer le crime

Attentat d’Ankara : un empressement douteux à imputer le crime

Par : Kharroubi Habib

Pour les autorités turques, ce sont le PKK et une milice kurde de Syrie qui sont dernière l’effroyable attentat à la voiture piégée qui a visé, selon l’état-major de l’armée, un convoi de bus militaires arrêté à un carrefour en plein cœur de la capitale Ankara, faisant vingt huit morts (civils et militaires) et plus de soixante blessés.

L’imputation officielle turque a été aussitôt démentie par le chef de la principale formation kurde en Syrie le PYD de même que par le PKK. A l’appui de leur accusation contre les factions kurdes qu’elles ont présentées comme ayant planifié et organisé l’attentat, les autorités d’Ankara ont affirmé que leur police scientifique a identifié son auteur. Il s’agirait d’un Syrien récemment entré en Turquie comme réfugié qui aurait été « proche » des YPG, les milices combattantes du PYD lui-même en connivence avec le PKK.

Les assertions d’Ankara impliquant les organisations kurdes en question sont sujettes à caution car il n’est nullement de l’intérêt de celles-ci d’opérer une action du genre de celle dont Ankara a été le théâtre, à un moment où internationalement sera dessine un réel et important mouvement de soutien à leurs combats respectifs. Car elle aurait pour conséquence de confirmer la nature « terroriste » que leur attribuent les autorités turques. L’empressement des responsables d’Ankara à les pointer du doigt est lui compréhensible. Celles-ci veulent en effet avoir le prétexte justifiant qu’elles poursuivent la répression qu’elles exercent sur les militants et sympathisants du PKK et qu’elles lancent une opération militaire en Syrie pour tenter d’annihiler l’avancée à la frontière syro-turque des combattants du Parti de l’union démocratique (PYD) allié naturel de ce PKK.

Même si la piste kurde n’est pas à exclure totalement dans cette affaire de l’attentat terroriste d’Ankara, il faut se garder de considérer la responsabilité du PKK et des milices kurdes de Syrie comme avérée ainsi que le clament les autorités d’Ankara. Il faut d’autant éviter de prendre pour argent comptant ce qu’en disent ces autorités que cet attentat est advenu à un moment où les agissements d’Ankara tant à l’égard de la minorité kurde en Turquie que dans le conflit syrien lui valent d’être confronté à l’intérieur du pays à un fort mouvement de désapprobation et internationalement de fermes condamnations.

Il est clair qu’Erdogan qui est de ce fait dans une passe difficile cherche à capitaliser l’émotion légitime suscitée par l’effroyable attentat terroriste et à rebâtir l’union nationale turque au détriment des Kurdes de son pays et syriens dont il considère la revendication autonomiste comme la menace prioritaire à laquelle l’Etat qu’il préside est confronté. Peu lui importe par conséquent qui a véritablement organisé l’attentat d’Ankara, du moment qu’il lui permet d’en rendre responsables les organisations kurdes et de déchaîner contre elles la puissance militaire turque sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce qui à ses yeux lui vaudra la compréhension internationale.

 

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