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Atalanta-PSG : pourquoi Bergame attend encore plus ce match que Paris

Ce quart de finale de Ligue des Champions offre un peu de bonheur à l'Atalanta et ses supporters, plus soudés que jamais après l'épreuve traversée au printemps à cause du Covid-19.

Atalanta-PSG : pourquoi Bergame attend encore plus ce match que Paris

Par : Vincent Gibert

Ce quart de finale de Ligue des Champions offre un peu de bonheur à l’Atalanta et ses supporters, plus soudés que jamais après l’épreuve traversée au printemps à cause du Covid-19.

LIGUE DES CHAMPIONS – Avec la tournure inédite prise par cette Ligue des champions 2019-2020 à cause de la pandémie de Covid-19, le PSG n’a jamais été aussi proche de ramener le trophée européen pour la première fois de son histoire. Opposé ce mercredi 12 août (21h) à l’Atalanta Bergame en quart de finale pour l’ouverture du “Final 8” à Lisbonne, il n’est plus qu’à trois matches du sacre, chaque tour étant désormais disputé sur une rencontre sèche.

Si bien que ce match au cœur de ce brûlant mois d’août est particulièrement attendu par les supporters parisiens, peut-être encore plus que pour un quart de finale “classique” (match aller-retour) en temps normal.

Mais quand on mesure les épreuves vécues par les joueurs adverses ces six derniers mois à cause de la crise sanitaire, et plus largement par les supporters et les 120.000 habitants de la ville de Bergame, on se demande si ce ne sont finalement pas les Bergamasques qui attendent bien plus de ce match de gala que les Parisiens.

Pour comprendre cela, il faut revenir plusieurs mois en arrière, au moment où la pandémie commence à exploser en Europe. Fin février, le premier gros foyer continental se situe dans la cité lombarde (et ses alentours), qui va rapidement devenir la ville la plus touchée au monde par le Covid-19.

Le taux de mortalité y devient chaque jour un peu plus affolant. Entre mars et avril, la Lombardie enregistre près de 7800 morts, contre 1700 pour la même période en 2019. À la mi-mai, sur les 32.000 morts recensés en Italie, 5000 sont comptabilisés à Bergame.

Malgré un confinement très strict dès le 8 mars, les hôpitaux, cimetières et crématoriums de la ville sont rapidement surchargés. L’armée doit même intervenir pour évacuer des corps vers d’autres communes. La ville vit alors des heures très douloureuses, alors que l’épidémie se répand peu à peu en Espagne et en France.

Le “match zéro” contre Valence

Au 10 août, la Lombardie a enregistré un total de 17.000 morts, soit la moitié des décès de toute l’Italie. Son épicentre, Bergame, apparaît au fil des semaines comme une ville martyre, dont le lien avec son équipe de foot ne s’est jamais rompu pendant ces mois humainement très douloureux. Au contraire, il s’est même renforcé alors que l’Atalanta, avant l’arrêt de la Série A mi-mars, réalisait la deuxième meilleure saison de son histoire.

Il a tout d’abord fallu aux Bergamasques traîner le boulet d’avoir engendré le “match zéro”, le 19 février lors de la réception du Valence CF en Ligue des champions. Ce jour-là, 45.000 supporters assistent à cette rencontre délocalisée à Milan, créant très vraisemblablement un foyer épidémique majeur de la propagation du virus dans tout le reste du pays.

Puis le confinement s’est installé, et contrairement à de nombreux joueurs d’autres clubs en Europe qui ont sauté dans un avion pour retrouver leur pays ou région d’origine, ceux de l’Atalanta Bergame sont tous restés sur place. Une solidarité avec la ville qui avait été affichée dès le 10 mars, soir de qualification en quart de finale de la Ligue des champions sur le terrain de Valence.

Les supporters bergamasques sont eux aussi à l’initiative de plusieurs actions. Ils ont ainsi renoncé au remboursement des places qu’ils avaient achetées pour ce match à Valence (finalement disputé à huis clos) et demandé que la somme -60.000 euros- soit versée à l’hôpital Jean XXIII de Bergame, où furent soignés de nombreux malades du coronavirus. Ils ont aussi participé à la construction d’un hôpital éphémère dans la ville.

Les Bergamasques ne voulaient pas rejouer

À Bergame, à une heure de route de Milan et ses deux prestigieux voisins (AC et Inter), l’Atalanta occupe une place vitale dans le cœur des supporters, différents du reste de la Botte, comme l’explique au Parisien Marco Dell’Oro, rédacteur en chef adjoint au journal régional L’Eco di Bergamo: “La place du football est énorme (ici). Il y a toujours eu une grande identité entre la ville et l’équipe. Normalement, en Italie, 50% des habitants sont pour le club local et 50% pour un grand comme la Juventus, l’Inter ou l’AC Milan. À Bergame, il y a plus de 80% de tifosis de l’Atalanta.”

Mi-mai, alors que le football reprend déjà en Allemagne et que le “restart” est en discussion en Italie, des voix s’élèvent parmi des supporters et des joueurs de la Dea (le surnom du club), gênés et pas encore prêts à renouer avec le football alors que les morts liés au Covid-19 sont toujours nombreux.

L’appel du terrain finit par l’emporter avec une reprise le 21 juin, alors que le club lombard pointe à la quatrième place. Treize matches, dont neuf victoires plus tard, l’Atalanta confirme sa belle saison d’avant le confinement, terminant pour la deuxième fois de suite à la troisième place synonyme de qualification directe en Ligue des champions.

“L’Atalanta aide à apaiser les douleurs”

Ce mercredi soir face au PSG, l’Atalanta, qui n’a remporté qu’une Coupe d’Italie en 1963, dispute le match le plus prestigieux de ses 113 ans d’existence. “J’ai 61 ans et je suis supporteur de l’Atalanta depuis cinquante-six ans, mais je n’ai jamais vécu une telle période. Je ne réalise pas que mon club s’apprête à disputer un quart de finale de Ligue des champions”, confie Gigi Riva, grand reporter et romancier, interviewé par Le Monde.

“L’Atalanta aide à apaiser les douleurs. D’où qu’ils viennent, les joueurs donnent plus que la normale sur le terrain. Ils savent qu’ils transmettent du bonheur”, résume-lui auprès du Parisien Arturo Zambaldo, président du club des amis de l’Atalanta qui compte plus de 6000 membres dans le monde.

Avec l’aspect historique de ce match pour le club, la qualité de jeu produite par son équipe cette saison (118 buts inscrits toutes compétitions confondues) et le contexte exceptionnel lié à la crise sanitaire de ces derniers mois, du bonheur, c’est toute une ville qui en attend ce mercredi soir. Pas sûr que Paris puisse en dire autant.

Source : HuffPost 12/08/2020

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