Arabie Saoudite : Les sangsues et la purge

Arabie Saoudite

Les sangsues et la purge

Par : Abdelkader DJEBBAR

Quand il y a des sangsues, la purge est infaillible. En Arabie Saoudite, on ne va pas avec le dos de la cuillère pour assainir. C’est la grande purge au Palais Royal Saoudien. Depuis samedi soir, une vague sans précédent d’arrestations touche des Princes, d’actuels et d’anciens Ministres et même des chefs militaires. Ils sont tous accusés de corruption et de détournement de deniers publics.

Un véritable séisme en Arabie Saoudite. Pour corruption, 4 Ministres en poste, 38 anciens Ministres ainsi que 11 princes sont sous les verrous.

Les interpellations ont débuté immédiatement après l’installation d’un comité de lutte contre la corruption présidé par le Prince héritier Mohammed Bin Salman. Ce comité est doté de pouvoirs exceptionnels dont celui de lancer des mandats d’arrêt, de tracer les fonds, de geler et de dévoiler les comptes bancaires, de bloquer le transfert d’argent en dehors du pays, d’interdire le voyage à l’étranger et de « prendre toutes les décisions qui vont dans le sens de l’intérêt général et de la protection de l’argent public ».

Selon l’agence de presse Saoudienne SPA, le comité peut également prendre toutes les mesures conservatoires comme celles de rapatrier les capitaux transférés à l’étranger et de saisir tous les biens détournés pour les reverser à l’État. « Le comité peut faire appel à des équipes d’investigation à tout moment en leur déléguant ses pouvoirs. À la fin de cette mission, le comité élabore un rapport détaillé à remettre au Roi », est-il précisé dans la décision royale.

Plusieurs hauts responsables ont été démis de leurs fonctions. Le milliardaire Walid Bin Talal, qui a commencé à adopter un ton critique ces derniers mois sur la conduite des affaires du Royaume et qui est l’un des principaux actionnaires de la chaîne américaine Fox News, d’Apple et de Citigroup, aurait été également mis aux arrêts dans la nuit de samedi dans des conditions encore imprécises. Il en est de même pour l’ancien Ministre de l’Économie, Ibrahim Al Assaf.

Des avions privés auraient été empêchés de décoller des aéroports de Riyad et de Djeddah dans la nuit de samedi, selon plusieurs sites d’informations arabes.

Le Roi Salman Bin Abdelaziz Al Saoud a donc donné carte blanche à l’ambitieux Mohammed Bin Salman, 31 ans, pour lancer la grande lessive dans le Royaume alors que le pays enregistre un effondrement des recettes pétrolières en raison de la chute des prix du baril du pétrole et un début de contestation sociale et politique.

Cette purge montre également que le régime compte s’atteler sérieusement au changement de son « business model », miné par une corruption à grande échelle, alors que la prospérité et la stabilité de ce royaume d’environ 30 millions d’habitants, première économie de la région avec un PIB de 650 milliards de dollars, sont menacées par le bas niveau des cours du pétrole. L’or noir fournit la quasi-totalité de ses recettes d’exportation et « MBS » a lancé l’an dernier un plan très ambitieux de diversification qui passe par l’attrait d’investisseurs étrangers.

A.D

 

 

 

 

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