Analyse

Après La Celle-Saint-Cloud, conciliabules à Tripoli et Benghazi

Après La Celle-Saint-Cloud, conciliabules à Tripoli et Benghazi

Par : Kharroubi Habib

La rencontre de La Celle-Saint-Cloud (France) du 25 juillet dernier sous le parrainage d’Emmanuel Macron entre Fayez Serradj, le président du conseil présidentiel du gouvernement libyen d’entente nationale (CNA) et son contestataire compétiteur le maréchal Khalifa Hafter, avait été présentée par l’Elysée comme une initiative française en «plein appui de la mission du nouveau représentant spécial du S.G de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, et visant à contribuer à l’élaboration d’une solution politique et à aider les Libyens à renforcer l’accord inter-libyen de Skhirat pour le rendre plus opérationnel et inclusif».

Malgré ces justifications élyséennes, l’initiative française avait eu mauvais accueil dans certaines capitales ayant une sensibilité à fleur de peau pour tout ce qui touche à la crise libyenne et s’estimant partie prenante au traitement pour y remédier. D’aucuns l’ont franchement décriée comme une manœuvre ayant pour objectif de substituer un plan français pour la crise libyenne à celui dont l’ONU a la conduite et bénéficie de l’onction de la communauté internationale. Substitution qui, selon leur point de vue, a pour finalité d’imposer une solution favorable aux intérêts français en Libye. Il ne fallait pas attendre que ces mêmes capitales accueillent sans soupçon la brève visite effectuée jeudi en Libye par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian durant laquelle il a eu des entretiens séparés avec Fayez Serradj et Khalifa Hafter d’autant qu’elle est intervenue à un moment où le représentant spécial du SG de l’ONU a réaffirmé la primauté sur tout autre du cadre tracé par le plan de paix onusien à une solution pour la crise libyenne.

L’activisme dont fait montre la diplomatie française sur le dossier libyen suscite la méfiance par le côté cavalier seul que celle-ci imprime à ses initiatives. Paris donne en effet l’impression de cacher aux autres parties qui contribuent à la recherche d’une solution politique à la crise libyenne ce qu’elle attend de ses protagonistes locaux ou voudrait qu’il fassent. Impression que conforte son louvoiement à l’égard de ces derniers. Se traduisant en une reconnaissance accordée du bout des lèvres au gouvernement d’entente nationale (GNA) présidé par Fayez Serradj se doublant d’un discret appui militaire mais néanmoins réel à ses compétiteurs dont l’homme fort est Khalifa Hafter.

Si la France veut véritablement se dédouaner du soupçon d’être dans une manœuvre ayant pour but de court-circuiter les efforts que consentent d’autres parties en vue de convaincre les factions libyennes à ne pas sortir du cadre tracé par le plan onusien, elle doit impérativement clarifier sa position à l’égard du maréchal Khalifa Hafter qui, reniant ses engagements pris notamment à la rencontre de La Celle-Saint-Cloud, a carrément déclaré la semaine dernière caduc l’accord de Skhirat qui a constitué l’avancée la plus probante de ce plan. Il ne semble pas que Jean-Yves Le Drian ait fait une menace de la sorte à l’arrogant maréchal. En maintenant le secret sur ce qu’il est parti délivrer à ses interlocuteurs libyens, Le Drian n’a fait qu’alourdir le climat de suspicion qui entoure les interventions françaises sur le dossier libyen.

Ce n’est en tout cas pas à Alger que Paris trouvera compréhension pour son cavalier seul qui apparaît ici comme révélateur que la France poursuit des objectifs en Libye dont il n’y a rien à attendre de positif pour un dénouement acceptable pour tous de la crise de ce pays et pour la stabilité régionale.
KH.H

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